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Maurice ne laissait en effet qu'une fille

point le gouvernement français. Elles le décidèrent à persévérer dans sa politique. Si la guerre se terminait brusquement par le triomphe d'Albert ou par une convention à l’amiable entre les belligérants, le redoutable serviteur de Charles pourrait accomplir ses promesses : il porterait aussitôt aux Pays-Bas secours contre nous à l'Empereur. Le seul moyen de parer à celte éventualité était d’encourager les hostilités et de faire accepter à l'Allemagne le secours de nos armes pour écraser plus sûrement le Marquis.

Il semblait d'ailleurs qu'à ce moment notre intervention eût de nouveau des chances sérieuses d’être bien accueillie en Germanie. En présence du grave danger qui les menaÇait, les princes pouvaient mieux apprécier qu'auparavant les avantages de notre alliance. Dans la situation critique où ils se trouvaient, ne devaientals point faire taire leurs répugnances et leurs antipathies? La proposition que leur avait faite Henry Il d'attaquer l'Empereur en même temps que le Marquis, leur avait tout d’abord singulièrement déplu. N’avait-elle pas maintenant de quoi les séduire ? Le péril de plus en plus grand qu’Albert faisait courir à l'Allemagne devait exciter chaque jour davantage contre Charles-Quint la haine des confédérés, et 1l n’était plus impossible qu'ils consentissent à s'unir à nous contre le chef de la Maison d'Autriche. L'alliance franco-allemande serait alors reconstituée suivant les désirs du roi de France.

Notre diplomatie se remit donc aussitôt à l’œuvre qu'avait interrompue la mort de l'Électeur de Saxe. « Il me semble estre fort nécessaire, écrivait le connétable de Montmorency à Marillac, de faire conforter les Princes, qui sont de l'alliance du feu Duc Morice, et de les assurer que le Roy n’est point pour les abandonner, mais au contraire

pour embrasser leur protection et la conservation de la liberté germanique plus estroictement qu'il n’a faict par le passé". »

Quelques jours après la nouvelle de la mort du duc Maurice, Marillac avait demandé son rappel. Q Il y a bien peu d'apparence pour le présent, écrivait-il au Connétable, qu’il se présente quelque chose où l’on puisse négocier par deçà, n’estoit que quelqu'un qui auroyt reprins le lieu du feu Due Morice voulust rechercher la protection du Roy et qu'on voulust dextrement l'entretenir pour s’en servir, sellon que les affaires le requerroient”. » Or, à ce moment «quelqu'un » venait Q de reprendre le lieu du feu Duc Morice ». C'était le duc Auguste, son frère, qui lui succédait dans l’Électorat de Saxe. Il était revenu heureusement de Danemark. Le nouvel Électeur, il est vrai, ne recherchait nullement la protection de Henry IT. Celui-ci résolut néanmoins « de l’entretenir pour s’en servir ». Il ordonna donc à Marillac de demeurer à Metz et de s'informer soigneusement des affaires d'Allemagne. « Je ne veux oublyer à vous dire, M. de Vannes, écrivait le Roi à son ambassadeur, que j'ay entendu que vostre séjour par delà n’a pas esté inutile à mon service, ... qui me fait désirer, congnoissant que vous m y pouvez beaucoup servir pour les choses de la Germanye, que vous n’en bougiez encore, dont je vous prye bien fort *. » A cette lettre était joint un billet du cardinal de Lorraine. Serait-il hors de propos, demandait le prélat à Marillac, serait-1l hors de propos « d'envoyer devers le Duc Auguste... pour le conforter à

1. Du Connétable à Marillac, le 4 août 1558. (Bibl. Nat., fr. 3100, 2. De Marillac au Connétable, 27 juillet 1553. (Zbid., p. 57.)

3. Du Roi à MM. de Vannes et de Vieilleville, 27 juillet 1553. (/bid., Pr 094)

suivre les erremens de son frère et en venger l’injure et par là tenir les choses de delà en la confusion qui nous est utile ! ».

Marillac ne fut point d’avis d'aller si vite en besogne. Il était dangereux, d’après lui, de faire des propositions formelles à tel ou tel prince, sans être fixé par avance sur ses intentions. Avant que la situation se soit éclaircie, écrivait Marillac, «il pourroyt, Sire, à l’advanture aultant nuyre à vostre service que prouflicter d'envoyer en la Germanye personnaige de vostre part pour conforter et induyre quelques ungs de ces princes à reprendre les armes: car au lieu de graüffier l’ung, l’on pourroyt offenser l’aultre qui peut estre seroyt plus à vostre service? ». Le Comte Palatin, ajoute l'ambassadeur, est, paraît-il, bien disposé à faire service au Roi, et Q1l est expérimenté et cault ». — & Mais aussy pour estre réputé fort inconstant, variable et de peu d’arrest il y auroyt danger qu'il ne communiquast le tout à l'Empereur, ... joinct aussy que, estant vieil et son païs sans aulcune forteresse, au moindre bruyct qu'il auroyt de la prospérité dudict Empereur 1l seroyt pour tourner sa robbe, comme il est coustumier de faire à tous vens”. » Toute démarche immédiate et décisive en Allemagne était donc imprudente. D’après l’évèque de Vannes, il n'y avait pour le moment que deux choses à faire: agir auprès du Turc, le décider à prolonger la trêve qu'il avait avec Ferdinand et s’attirer ainsi la reconnaissance du roi des Romains : envoyer un personnage de la Cour vers le landgrave de Hesse, beau-père de Maurice, « pour se condouloir avecques luy » de la perte de son gendre et « le

1. Du cardinal de Lorraine à MM. de Vannes et de Vieilleville, 27 juillet 1553. (/bid.)

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