‹ Charles de MarillacChapitre 105 sur 200 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

taster pour voir s'il vouldroÿt entrer en jeu, ou bien y faire entrer son filz ». Si le représentant du Roi était bien accueilli chez le Landgrave, «il passeroit alors jusques chez le duc Auguste », et, sous le prétexte de prendre part au chagrin de ces deux princes, le Roi pourrait peut-être réussir à connaître leursintentions. «Le hérault Piedmont, ajoutait Marillac, expérimenté au faict de la Germanye et qui est icy avecques moy remplirait bien honorablement cest office, si le Roy consentait à luy envoyer des lettres de créance”. »

Nous savons que Henry IE suivit les conseils de Marillac. Le 6 août 1553, 1l écrivait à ses ambassadeurs à Metz : «Je trouve bon d'envoyer le hérault Piedmont jusques vers mon cousin le Landgrave de Hesse pour se condouloir avecques luy de la perte de son beau-filz et, suivant ung petit mémoire que j'en ay faict dresser, sonder son intention, pour, s'il la trouve bonne, l’informer de ce que ledict mémoire contient. » Piémont devait de à « passer jusques vers le duc Auguste », s'il entendait que ce dernier fût bien disposé & à se ressentir du tort qui avoit esté faict à son frère ». Henry Il chargeait MM. de Vannes et Vieilleville « de depescher ledict hérault par delà le plus tost et le mieux instruict qu'il seroyt possible ? ».

À la lettre du Roi était joint le & mémoire des propoz qu'il falloit tenir ». Piémont devait exprimer au Landgrave la douleur qu'avait ressentie Henry de la mort de l'Électeur Maurice et « qu'il n’en estoit pas moins fasché et dolent que s'il eust esté son propre frère, pour les grandes vertus dont Nostre Seigneur l’avoit accompli et l'espérance qui estoit en luy de le veoir ung jour le plus grant prince

2. Du Roi à MM. de Marillac et de Vieilleville, 6 août 1553. (lbid., p. 100.)

qui ayt jamais esté en sa race ». « L’ayde et faveur » du roi de France ne lui eussent certes pas été épargnées ; elles ne le seront jamais du reste en Allemagne, « pour le bien et advancement de ceulx que Sa Majesté ayme et congnoit dignes de si grandes choses qui estoient dans le Duc Morice ». Le Prince s’est en effet immolé et sacrifié pour la hberté de la Germanie. Et à ce propos, Piémont, dit le mémoire, «louchera au Duc le plus avant qu'il pourra et comme de luy mesme les injures et dommages que ledict Duc a receues de l'Empereur et la grande playe que l'Empereur a faicte en sa maison, luy ayant perdu et faict tuer ung tel gendre, ... mettant peyne ledict hérault de sentir du Landgrave comme il le prendra ». € S'il congnoit que le Prince morde en ce morceau », et à cette condition seulement, il pourra lui dire que le roi de France, lui aussi, s'inquiète de l'ambition impériale, «qu'il ne veult abandonner les Estatz d'Allemagne qui congnoissent ce danger commun, ... mais au contraire embrasser leur protection... les pryant regarder ce qu’ilz vouldroyent de luy * ».

Le 10 août, Marillac et Vieilleville écrivaient au Roi qu'ils avaient reçu ses instructions et fait partir le héraut Piémont. Mais cependant, malgré l'habileté avec laquelle la cour de France, sur les conseils de ses représentants à Metz, menait les négociations, 1l paraissait de jour en jour moins probable qu'on püût en arriver à une union avec les princes d'Allemagne. Un nouveau grief était maintenant mis en avant par eux contre nous: c'étaient les persécutions ordonnées en France contre l’hérésie luthérienne. QIL y a beaucoup de babillards, écrivait à Montmorency le comte

4. « Mémoire envoyé de la Court au hérault Piedmont, le 6e aoust 1553. » (/bid., p. 102-104, passim.)

de Mansfeld, ... qui usent icy de calomnies malheureusement trouvées. Ilz allèguent la mort de quelques ungs de Berne, lesquelz on dit avoir esté bruslez en France pour avoir faict confession à nostre foy et relligion, lequel bruyct, encores que j'estime qu'il soyt faulx, si suis-je merveilleusement marry qu'il soyt escloz en ce temps-ci1, car l’on ne scauroyt dire combien cella a rendu le nom du Roy odieux envers tout le monde”. »

IIT.

Cependant la France n’avait plus à rechercher bien longtemps les causes de la froideur inquiétante que lui témoignaient les Princes de l'Empire. Vers le milieu d'août, en effet, des nouvelles imprévues vinrent éclairer décidément la situation où depuis plus de trois mois s'agitait l'Allemagne et dont nous n'avions pu réussir encore à percer l'obscurité.

L'on reçut tout d’abord au sujet d'Albert des informations beaucoup plus exactes. Le 16 août, Marillac apprenait à son gouvernement que le Marquis était loin de posséder les forces et les ressources que l’on avait dites : & Et à la vérité, Sire, ajoutait l'ambassadeur, il estoit mal croyable que ledict Marquis estant rompu eust trouvé incontinent moyen de se remettre”. » En réalité il n’a ni artillerie ni argent. Les villes maritimes et la mère du duc Erich de Brunswick lui avaient, affirmait-on, prêté d’énormes sommes. On est certain aujourd’hui que ce sont là de fausses nouvelles. En revanche l’armée des alliés a repris

4. Du comte de Mansfeld au Connétable, 16 août 1553. ({bid., p. 139.) 2. De Marillacet Vieilleville au Roi, 46 août 1553. (CCE 116-117.)

très énergiquement l'offensive et le roi des Romains, après avoir fait son union avec les troupes de Nüremberg et celles des évêques de Bamberg et de Würzbourg, s’est emparé de quelques-unes des places les plus importantes d'Albert‘.

La cour de France apprenait en même temps que le Marquis n’était plus depuis longtemps « serviteur » de l'Empereur, que celui-ci l'avait décidément abandonné ?, et que c'était seulement dans le but d’effrayer la France que Charles annonçait l’arrivée du Brandebourg aux Pays- Bas. QIL contient ses gens aux Païs-Bas, écrit Marillac, soubz l'espérance du renfort que ce Marquis lui doibt amener, mais en mesme temps 1l faict tous ses effortz pour se nettoyer de la mauvaise oppinion qu'il a donnée de luy aux Allemans d’avoir soubtenu le Prince Albert *. » Charles s'était en effet séparé définitivement du Margrave. Il était en somme arrivé à ses fins, c’est-à-dire à se rendre la Germanie & bien peu redoutable » et il n'avait plus besoin du Brandebourg pour y semer l'agitation. « Les troubles, écrivait Marillac à la fin du mois d'août 1553, sont en Allemaigne aussy grans qu'ilz furent oncques, soit pour le regard de la succession du feu Duc Morice, qui est chose mal aysée à composer, d’aultant que le Duc Jehan Frédéric demande beaucoup et le Duc Auguste ne veult riens diminuer ; soit pour le regard du Marquis Albert et des evesques, où le feu est plus eschauflé que jamais ; soit pour le Duc de Brunswick, qui poursuit la vengeance de

4. « Adviz contenus en la lettre escripte à l'evesque de Vannes, du 120 aoust 1553. » (Jbid., p. 119-120.)

2. Albert avait envoyé le duc Erich de Brunswick demander l'appui de Charles-Quint ; celui-ci avait refusé. (Cf. Voigt, t. II, p. 109-111.)

3. De MM. de Vannes et de Vieilleville au Roi, 12 septembre 1553. (Bibl. Nat., fr. 3100, p. 156.)

ses enfans ! et au contraire des aultres seigneurs qui le veulent destruire ; soit pour la division de la relligion, qui produit tous les jours nouveaux troubles et baille coulleur aux ungs de faire la guerre aux catholicques et à tous ensemble de s’y tenir armez”. »

Aussi l'Empereur, maintenant que ses odieux projets avaient réussi, s’efforçait-il plus que jamais de paraître innocent de tout ce qui s’était passé. Il se déclarait ouvertement contre le Marquis. Nos chargés d’affaires en Allemagne communiquaient même à la cour de France des nouvelles plus circonstanciées. Non content d’abandonner le Marquis, l'Empereur se proposait & de faire contre luy ligue avecques le Duc Auguste et le Duc Henry de Brunswick... et de tirer ensuite aux Païs-Bas l’armée desdits Ducs * ». En transmettant cette nouvelle au Roi, Chélius, notre représentant à Strasbourg, prétendait la tenir d’une source très sûre. D'autre part, le comte de Mansfeld signalait à la France la présence dans l’Empire de Lazare de Schwendi «homme fin et malicieux, disait-1l, que l'Empereur fait tournoyer en divers lieux non pas à mon aviz pour mettre paix, mais pour y semer plus tost nouvelles dissensions * ». Quoi qu'il en fùt de ces suppositions, un fait restait certain: Albert était devenu l'ennemi de Charles-Quint.

La cour de France reconnut alors que, depuis Sievershausen, elle avait été presque continuellement abusée par de fausses nouvelles. Et les avis, qu'elle venait de recevoir, lui expliquaient clairement pourquoi les princes d'Allemagne accueillaient plus froidement que jamais ses

Tués tous les deux à Sievershausen.

De Marillac au Roi, 28 août 1553. (Zbid., p. 135.)

Lettre de Chélius au Connétable du 25 août 1553:(Jbid., p. 137-138.) . Du comte de Mansfeld au Connétable, 16 août 1553. ({bid., p. 140.)

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