‹ Charles de MarillacChapitre 106 sur 200 · EE © D · texte numérisé non relu

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avances. [ls avaient bonne espérance de triompher du Marquis sans le secours de l'étranger ; et d’autre part la nouvelle attitude de Charles-Quint venait de faire disparaître la principale raison, qu'ils eussent pu avoir, de s'unir contre lui à la France. L'Empereur se séparait du Margrave, promettait son aide pour le combattre ; la paix ne pouvait tarder à être rétablie en Allemagne, maintenant que & le larron » n'aurait plus l’appui impérial. C'était là tout ce que désirait la Germanie. Il était, 1l est vrai, bien peu probable que les princes confédérés fussent, comme on le disait, pour prêter contre nous secours à l'Empereur après avoir triomphé du Marquis. Mais il n’était pas moins certain qu'à ce moment leurs sympathies n'iraient pas davantage à la France.

Ces suppositions furent d’ailleurs confirmées bientôt par les nouvelles que le héraut Piémont rapporta d’Allemagne. Le Landgrave et le duc Auguste l’avaient bien reçu, mas sans lui faire la moindre proposition, ni la moindre avance. Notre envoyé rejoignit le 20 septembre à Bar-le-Duc M. de Marillac, qui avait quitté Metz le 18, et tous deux regagnèrent la Cour’.

1. De Marillac au Roi, 20 septembre 1553. (/bid., p. 168-169.)

L'intervention française en Allemagne : les négociations de la France avec le margrave Albert de Brandebourg.

Cependant les hostilités menaçaient de se prolonger entre la France et l'Empereur. Après avoir échoué devant Metz, Charles avait transporté la guerre aux Pays-Bas et nos troupes épuisées commençaient à soutenir avec peine l'effort de l’armée impériale. Nous avions perdu Thérouanne au mois de juin: au mois de juillet, Hesdin capitula. € Mes ennemis estant devant Hesdin, écrivait alors le Roi à Marillac, ont faict tel et si furieux effort de batterye et tellement miné et sappé le rempart que finalement 1lz ont contrainct mes gens ...…. de venir à compo- SitiON. Et encore que ce fust une place, qui n’est pas de grant compte, comme chascung scait, toutesfoys, je ne puys dire que je n’en aye grant regret” ».

Et ce qui effrayait surtout la cour de France, c’est qu'elle se trouvait à ce moment sans un allié. Pendant que l'Allemagne refusait de participer à une lutte nouvelle contre Charles-Quint, l'Angleterre s'était, elle aussi, séparée de Henry EL. Édouard VI était mort sans enfants

1. Du Roi à Marillac, 22 juillet 1553. (Michaud, op. cit., p. 204.)

et l'Empereur avait aussitôt résolu de faire donner la couronne à sa cousine Marie Tudor’. Il avait, il est vrai, échoué dans sa première tentative et Jane Grey était devenue malgré lui reine d'Angleterre. « L'Empereur, écrivait le connétable de Montmorency à Marillac, pressentant de longtemps et prévoyant la mort du Roy d’Angleterre, — je ne scais s’il a des espies en l’aultre monde, — avoit pieçà faict de grandes praticques pour faire tumber ceste couronne ez mains de sa cousine Madame Marie et la marier à son plaisir pour aprez se servir du Royaulme comme il a faict des aultres où 1l meit lerpied=re" Mais les seigneurs du Conseil ont appelé à ladicte couronne la fille aisnée de la Duchesse de Suffort er comme la plus apte d'appréhender cette succession, ayant ladicte Dame Marie esté cy-devant et pieçà déclarée illégitime *. » Malheureusement le règne de Jane Grey ne dura que dix Jours, et le 27 juillet 1553, Henry IT informait Marillac de l'accession au trône de Marie Tudor. Les partisans de Jane Grey et & ses plus grans amys, écrit le Roi, ont tourné leurs robbes et appelé ladicte Dame Marie, icelle approuvée et proclamée pour leur Royne, de sorte qu'elle l’est paisible et sans difficulté * ». L'Empereur comptait faire épouser à la nouvelle souveraine son fils Philippe, et, dans ces conditions, nous pouvions considérer l'alliance anglaise comme aussi bien perdue pour nous que celle de l'Allemagne.

Telle était la situation des affaires, lorsqu'à la fin de 1553, le Roi apprit indirectement qu'Albert de Brande-

Le

1. Papiers d'État de Granvelle, t. IV, p. 17, 38-39. ‘2, Du Connétable à MM. de Vannes et Vieilleville, 43 juillet 1553. (Bibl. Nat., fr. 3100, p. 37.)

3. Du Roi à MM. de Vannes et de Vieilleville, 27 juillet 1553. (/bid.,

bourg, devenu l'ennemi de l'Empereur, serait heureux d'entrer à son service. Le duc de Mecklembourg était chargé par le Margrave de transmettre ce désir à Henry I. Un ambassadeur nommé Spes vint à Paris entamer la négociation. Le prétexte de ces avances avait été aisé à trouver. Albert offrait au Roi de traiter de la délivrance du. duc d’Aumale qu'il retenait captif depuis le siège de Metz‘. A la suite des pourparlers, que nécessiterait cette affaire, «l’on pourroit mettre en avant quelque propoz d’une union contre l'Empereur ». Albert prétendait en effet tirer une éclatante vengeance de ce qu'il appelait la trahison de Charles-Quint.

Quant aux conditions de l'alliance projetée, elles étaient très nettement posées : pour que le Marquis fût libre de nous prêter secours contre Charles-Quint, il fallait avant tout que ses affaires fussent rétablies dans l’Empire. li réclamait donc comme prix de ses prochains services l’aide de la France contre ses ennemis d'Allemagne *.

Une telle demande n'avait, on le comprend, aucune chance d’être agréée par Henry Il. Le Roi ne voulait sous aucun prétexte encourir la haine de la Germanie, en soutenant contre elle «le pillard et le larron » qui la désolait. Le bruit courait, nous l'avons vu, que quelquesuns des princes confédérés s’uniraient peut-être contre nous à l'Empereur, une fois € la guerre du Marquis » terminée. N’était-ce pas les y encourager que de soutenir leur

1. Sur la prise et la captivité de d'Aumale, voir Bouillé, Les Ducs de Guise, t. I, p. 280-281.

2. Sur l'intervention du duc de Mecklembourg, sur la mission de Spes (ou Spée), voir le « Discours de la négociation passée entre messieurs de Vannes, Bassefontaine et Saint-Laurens, ambassadeurs du Row et le sieur Silvestre Raid, député de monsieur le marquis le jeune Albert de Brandebourg à Solleure le sixiesme jour d'avril 1554 » et le .« Traité mentionné dans le précédent discours. » (Michaud, Op. ct, p. 223-229, passim.) — Voigt, Markeraf Albrecht, t. WI, D1198:

MISSION DE M. DE MARILLAC EN SUISSE 295 pire ennemi? Dès qu'il avait appris qu'Albert était décidément abandonné par l'Empereur, bien avant les propositions du duc de Mecklembourg, Marillac avait entrevu la possibilité d’une entente entre le Marquis et la France. & Il seroyt aysé, disait l'ambassadeur, de retirer ledict Marquis dans le Royaulme ». Mais il faudrait, ajoutait-il, que le Roi consentit & à perdre par ce moyen l’amyté et réputation qu'il a acquises en Germanie! ».

Malgré tout, les offres d’Albert tentaient singulièrement Henry II. Aucune alliance n’était à dédaigner en ce moment, et le Roi entrevoyait dans la proposition qui lui était faite une compensation à la déconvenue, que ses récentes négociations auprès de la Ligue des princes lui avaient causée. [Il crut pouvoir finalement concilier les intérêts généraux de la politique française avec les avantages que présentait l'alliance du Brandebourg. Pour assurer la position du Marquis en Allemagne et lui permettre de nous fournir ensuite assistance aux Pays-Bas, la France avait mieux à fire, pensait le Roï, que d’intervenir dans l’Empire les armes à la main en faveur d'Albert. N’était-1l pas préférable d'amener un accord entre le prince et ses ennemis ? La maison de Brandebourg, atteinte dans un de ses membres par les dernières défaites du Margrave, tentait, le Roi le savait, de jouer entre les partis le rôle de concihiatrice. Henry IT résolut de joindre ses efforts à ceux de cette fanulle, et d’insister en même temps auprès d'Albert pour le décider à mettre bas les armes. L'on devait faire briller à ses yeux, pour l’y déterminer, « le bon accueil et bon traitement » qu'il recevrait en France, aussitôt que la guerre serait terminée en Allemagne. Et en

1. De Marillac au Connétable, 20 septembre 1553. (Bibl. Nat., fr. 3100, p. 169 et 170.)

effet, à ce moment, rien ne pourrait nous empêcher d’accepter ses services : nous n’aurions plus à craindre le ressentiment des princes de l'Empire. Leur reconnaissance devait même nous être acquise, si, grâce à nos efforts, le Brandebourg était € tiré » hors de Germanie, et le pays délivré d’une guerre désastreuse ‘. Un nouvel ambassadeur d'Albert, Silvestre Raid, venait d'arriver à Paris. Le Roi lui exposa ses projets et en reçut une réponse satisfaisante. Raïd croyait pouvoir affirmer que son maître désirait lui aussi la paix. À son avis, le Marquis devait accepter volontiers des princes confédérés d’honorables conditions d’accord. Et la proposition faite par le Roi de subordonner au rétablissement de l’ordre en Allemagne une entente entre la France et le Margrave n'était pas pour déplaire à ce dernier”.

Un point était donc gagné. Après les déclarations de Raid, l’on pouvait, semblait-1l, considérer comme arrêtée au moins en principe notre alliance avec Albert. Mais une question restait à discuter. Cette alliance, à quel moment devait-on en débattre les conditions et en régler les détils? Atiendrait-on, pour entamer les négociations, que les hostilités fussent terminées entre le Marquis et les Princes? Ou bien & en viendrait-on immédiatement à la conclusion », sauf à mettre au traité la réserve expresse

1. Les desseins de la France ressortent clairement d'un grand nombre de lettres des correspondances qui vont être utilisées ci-après. Voir notamment les lettres : de Marillac, Bassefontaine et Saint-Laurens au Roi du 6 mars 155%. (Bibl. Nat., fr. 3121, fol. 7 r°); des mêmes au même, 11 mars 1554. (/bid., fol. 8 vo et 9 ro.) — Cf.: « Discours de la négociation », 6 avril 1554. (Michaud, op. cit., p, 226.). — Ribier, t. II, p. 538-539.

2. Sur la mission de Raïd, voir : Bucholtz, OpNCtE, AN IL Mn 150 AR — Janssen, Geschichte des deutschen Volkes (trad. fr. par Paris), t. IN, p. 758. — Ilest fait allusion à cette mission dans la lettre de S. Raid à M. de Bassefontaine du 26 mars 1554. (Bibl. Nat., fr. 3121, fol. 13 ro.)

qu'il serait seulement valable et définitif après la pacification de l’Empire?

Cette alternative avait pour la France plus de portée qu'il ne peut le paraître au premier abord. Chacun des deux partis offrait un danger.

Entrer immédiatement en relations avec Albert, avant même la fin de la & guerre de Germanie », c'était exciter les défiances de l'Allemagne. Nous devions être aussitôt soupçonnés de préparer de concert avec le Marquis quelque entreprise contre l’Empire. Nous pourrions bien protester sans doute de la loyauté de nos intentions, afhirmer que notre union avec Albert était seulement conditionnelle et subordonnée aux événements d'Allemagne. Mais 1l ne fallait point se le dissimuler, les apparences seraient contre nous.

En différant d'autre part de traiter avec le Brandebourg, nous risquions de perdre la seule alliance qui nous fût offerte. L'humeur changeante et variable du prince pouvait l’entraîner loin de nous. Et serait-il toujours disposé à nous vendre ses services au moment où, l'Empire pacifié, nous jugerions opportun de conclure ?

Le Roi estima que cette dernière considération devait passer avant toute autre et il offrit au Marquis d'entrer, sans plus de retard, en pourparlers. Cette politique n’était certes point sans danger. Elle éveillerait, l'on n'en pouvait douter, bien des méfiances en Allemagne. Mais elle semblait nécessaire.

Une autre raison que la crainte d’une rétractation possible de la part du Margrave encourageait d’ailleurs Henry II dans ses projets. La cour de France était impatiente d'obtenir la mise en liberté du duc d’Aumale, retenu prisonnier par Albert depuis plus d’un an et dont on n'aurait point vu sans peine se prolonger la captivité.

M. l'abbé de Saint-Laurens fut chargé d'aller soumettre au Marquis les dernières résolutions du Roi. Le prince se trouvait alors dans la capitale de ses États de Franconie à Schweinfurt'. Les propositions, qui lui étaient faites, durent lui agréer, car 1l fut convenu que vers le milieu de février 1554, les députés de la France et ceux du Margrave se réuniraient «aux cartiers de Schaflouze, au pays des Ligues » pour y négocier la délivrance du duc d'Aumale et y jeter les premières bases d’un traité d'alliance, qui serait ratifié ultérieurement et prendrait date du jour où la paix serait rétablie en Germanie. Aussitôt après la libéraüon du duc, 60,000 écus devaient être comptés au Marquis, qui s’engagerait à accompagner en personne son prisonnier jusqu'en Suisse; 40,000 lui seraient ensuite versés, au moment où 1l serait libre de marcher contre l'Empereur. Dès lors 1l entrerait au service de la France et en serait largement récompensé par d’autres faveurs”.

La Suisse était choisie à dessein comme lieu d’assemblée des ambassadeurs. Les pourparlers devaient passer À plus inaperçus qu’en France et notre politique comptait ainsi mieux dissimuler à l'Allemagne ses relations avec Albert.

M. de Marillac et l'abbé de Saint-Laurens furent chargés à cette occasion de représenter les intérêts de la France. Ils devaient rejoindre à Soleure M. de Bassefontaine”, notre ambassadeur ordinaire en Suisse, et agir de concert avec lui. Curieux retour de la polhtüque, M. de Marillac allait traiter au nom de son gouvernement avec « ce

1. [est fait allusion à cette ambassade de Saint-Laurens en Allemagne dans la lettre de MM. de Marillac et Saint-Laurens au Roi, du 47 mars 1554. (Bibl. Nat:, fr. 3121, fol. 6 ro.)

2. « Discours de la négociation ». (Michaud, op. cit., p. 225.) — Moïgt,t..[1, p.198-199°

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