‹ Charles de MarillacChapitre 110 sur 200 · Jbid · texte numérisé non relu

Jbid

2. Ibid. — Lettre de Marillac, Bassefontaine et Saint-Laurens au Connétable, 11 mars 1554 (Zbid., fol. 9 vo.)

3. Des mêmes au mûme, 1er mars 1554. ({bid., fol. 5 r0.) 4. {bid., fol. 6 r°.

C'était très probablement Albert, qui avait fait parvenir lui-même ces différentes pièces à Bruxelles. En dévoilant son projet d'alliance avec la France, 1l espérait sans doute que, pour l’éloigner d'Henry IF, l'Empereur n’hésiterait point à lui faire des offres plus avantageuses. & Il nous semble, Sire, écrivait Marillac, que ce Marquis est en telle practique de ce cousté de Bruxelles, qu'il ne veut se déclarer de vostre cousté sans avoir plus tost sceu ce qu'il pourroit urer de l’aultre, affin de se donner aprez au plus offrant! .»

D'autres raisons pouvaient faire d’ailleurs considérer comme de plus en plus improbable l'alliance du roi de Franceet d'Albert. Cette alliance était subordonnée avant tout, nous l'avons vu, au rétablissement de la paix en Allemagne. Or, ni le Margrave, ni ses adversaires ne semblaient disposés à renoncer de sitôt aux hostilités. Le part de la conciliation n'avait encore obtenu aucun succès. « Nous avons adviz, disent Marillac et Saint-Laurens, que la journée de Rottembourg, où 1l y avoit, depuis six sepmaines en Çà, assemblée grande pour adviser entre aultres choses de faire une paix entre le Marquis et ses ennemis, estoit dissolue et rompue et partant les deux hors d’espérance d'accord”. » Aux environs de Constance et de Strasbourg s’opéraient de continuelles recrues, que l’on disait faites au nom du roi des Romains. Et d'autre part, l’on tenait pour cerlain que (le Marquis se trouvoit bien fort armé, ayant assistance de tous ceux de son nom et famille de Brandebourg, du duc de Mecklembourg, du comte d'Oldenbourg et des villes maritimes * ». L'on ne pouvait

1. Des mêmes au même, 11 mars 1554. (Zbid., fol. 9 ro.) 2. Des mêmes au même, 1er mars 1554. (/bid., fol. 6 r°.) — Sur la Diète de Rotenbourg, cf.: Voigt, t. Il, p. 172-175.

3. Des mêmes au Connétable de Montmorency, 15 mars 1554. (Bibl. Nate 1210112707)

donc espérer qu'Albert fût bientôt libre de nous porter secours aux Pays-Bas et dès lors l'intérêt des négociations de Suisse se trouvait au moins singulièrement diminué. Nos ambassadeurs exposèrent en détail la situation à leur gouvernement, dans une dépêche où se révèle toute leur sagacité de diplomates. De l'agitation qui règne en Allemagne, écrivaient-ils, € on peult aysément inférer que tant de gens entrant en mesme Jeu ont proposé de poursuivre quelque desseing particulier, concernant leur propre faict et aultre que celluy qui touche le Roy ou l'Empereur, comme pourroit estre de conspirer contre les evesques et tascher de s'appliquer les eveschez et bien des catholiques, ou telle aultre entreprise, auquel cas 1l seroyl bien malaisé de ürer de ce cousté là la chose qui pust tourner au bien de nos affaires, attendu qu'ilz ne laisseront point leur propre querelle pour espouser la nostre ny tourneront les armes allieurs qu'ilz n’ayent premièrement pour le moings osté l’empeschement qui est donné aux places du Marquis, qui sont assiégées, et asseuré son païs, ce que ne se peut faire sans difficulté veu les ennemys qu'ilz trouveront en teste, comme le Roy des Romains et aultres de sa ligue et pour le moings il faudra tant de temps que l’esté coullera. Dont il s'ensuit que les choses estant en ces termes l’on en peult peu espérer pour le regard du Roy”. »

Enfin, et c'était là pour la France un dernier et très grave sujet d'inquiétude, les relations du Roi avec Albert étaient maintenant connues en Allemagne et y excitaient, comme on pouvait le prévoir, les plus sérieux soupçons. En dépit des précautions prises pour dissimuler nos rapports avec le Marquis, la négociation était « éventée »

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par tout le monde. Et malgré l'intention très ferme de notre gouvernement de n’intervenir à aucun prix contre l’Empire en faveur du Margrave, le bruit courait que nous ne tarderions point à l'aider contre les princes allés. Si bien que nos ambassadeurs estimèrent inutile de dissimuler plus longtemps. Mieux valait avouer nettement quels étaient nos desseins. Depuis ses dernières ambassades, Marillac avait conservé, on le sait, en Allemagne, de nombreux correspondants. C’est à eux qu'il s’adressa pour les prier de détruire les allégations malveillantes répandues contre nous dans l'Empire. € Pour aultant, Sire, écrivait-il au Roi, pour aultant que nostre assemblée et séjour baille beaucoup à penser à touz les Princes et Estatz de la Germanie, et que la venue dudict Marquis Albert pourroit croistre et augmenter le soubçon, nous avons advisé d’escripre et envoyer lettres latines en divers lieux à ceulx de nostre congnoissance, — scachant bien qu'elles seront veues partout, — contenant en substance que nous n'avons ici riens à traicter qui ne touche le bien de la Germanie et la dignité de l'Empire.., et que nous n’entendons riens faire avecques ce Marquis que les armes qui troublent l'Allemagne ne soient ostées'. » Le seul ennemi du Roi est l'Empereur ; c’est contre lui qu'est dirigée l'alliance du Marquis et de la France. Et le résultat de cette alliance ne peut qu'être favorable à l'Allemagne. En décidant Albert à entrer en campagne contre Charles-Quint, le Roi doit l’attirer hors de Germanie et en délivrer ainsi l'Empire, & qui sera dez lors réduict au repos et à la tranquillité qu'il peult souhaiter. Et nous avons adjousté en nos lettres que si ce bien se

1. De MM. de Marillac, Bassefontaine et Saint-Laurens au Roi, 6 mars 1S54 Abd ol Aro)

peult obtenir, nous aurons saisfaict à nosire charge et à l'intention de vous, Sire ! ».

MM. de Marillac et de Saint-Laurens arrivèrent à Bâle le 13 mars. Ils s’informèrent du Margrave : mais ils ne purent avoir aucun renseignement précis. « Le secrétaire des Seigneurs de la ville » leur affirma seulement que l'abbé de Saint-Blase, près Bâle, avait reçu quelques jours auparavant une lettre de menaces d'Albert. « Le Marquis linvitoit à luy prester et faire tenir quelque somme de deniers », et ajoutait, qu’en cas de refus, Q il trouveroyt le moyen d’en avoir davantaige» qu'il n’en demandait. Ce fait tendait à prouver qu’Albert n’était point très éloigné de Bâle et qu’il ne pouvait beaucoup tarder à se trouver en Suisse”.

Dès leur arrivée à Bâle, nos ambassadeurs rencontrèrent le docteur Boyer et l'interprète de Silvestre Raid qui les avaient devancés. Le jour même où MM. de Marillac et de Saint-Laurens avaient quitté Bade, trois gentilshommes, serviteurs du Marquis, étaient arrivés de Schweinfurt. Ils avaient conféré longuement avec les représentants de leur maître, et finalement l'on avait décidé que le docteur Boyer et l'interprète de Raid se rendraient au plus tôt auprès du comte Georges de Wirtemberg. Ce prince leur donnerait peut-être des renseignements satisfaisants au sujet du Marquis et du duc d’Aumale. Au cas contraire, l'interprète devait pousser jusque chez le due Frédéric de Simmern, beau-frère d'Albert, &« ez confins ou environs de Lorraine où l’on pensoit que M. d’Aumale estoit ». Les deux envoyés affirmèrent à MM. de Marillac et de Saint-Laurens qu'avant peu ils seraient fixés, « d’aul-

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