Tbrd., fol. 10 vo
2, De MM. de Marillac et Saint-Laurens au Roi, 11 mars 1554. (/bid. fol. 9 ro.)
3. Du Connétable à MM. de Marillac, Bassefontaine et Saint-Laurens, 24 mars 1554. (Zbid., fol. 14 vo.)
%. Berlin ?
ment, estans ses collonelz tous de bonne volonté de bien le servir, voulant aussy lediet seigneur Marquis asseurément satisfaire à ce que J'ay proposé au Roy‘. » Raïd confirmait la nouvelle transmise par la cour de France : le duc d’Aumale se trouvait chez le vieux Rhingrave. L'ambassadeur proposait donc aux nôtres d'ouvrir de nouveau leurs conférences à Soleure. Il se préparait à les y rejoindre sans retard. Cette offre ayant été acceptée, Raïd arriva à Soleure accompagné du docteur Boyer, et les discussions recommencèrent.
« Dès l'entrée », Raid aflicha des prétentions extraordinaires. Son maître était, dit1l, instamment & recherché » par l'Empereur, qui lui faisait les plus engageantes promesses pour le déterminer à abandonner le parti du Roi. Charles, Raid l'assurait du moins, avait fait consigner en lieu sûr € grosse somme de deniers », qui devait être remise au Marquis aussitôt qu'il se serait déclaré. Le représentant d'Albert exagérait, d'autre part, les ressources dont disposait son maître. À l'entendre, les forces de celuici étaient considérables. Il avait 3,000 chevaux, « tous ceux de sa maison lui assisloient jusques à l'Électeur de l'Empire Joachim... et il feroit si beau feu en tous lieux où ses ennemis seroyent qu'ilz se repentiroyent de l'avoir irrité ? ».
Tous ces € beaux propos », les nôtres le comprirent aussitôt, n'avaient qu'un but: décider la France à payer au plus haut prix les services du Marquis. Et en eflet, & aprez avoir ainsy enchéri sa marchandise », Raïd se crut autorisé à poser impérieusement ses conditions. La rançon du due
1. « Translat de la lettre escripte à M. de Bassefontaine par le député du marquis Albert de Brandebourg, » 26 mars 1554. (/bid., fol. 143 r°.) |
2. « Discours de la négociation. » (Michaud, op. cit., p. 224.)
d’'Aumale avait été fixée, l’on s’en souvient, à 60,000 écus. L’ambassadeur en réclama 100,000, affirmant que son instruction le lui prescrivait et qu'au reste cette somme avait été promise par Henry IL: 60,000 écus devaient lui être comptés aussitôt après la libération du Duc; le reste, soit 40,000 écus, serait versé & aux termes qui seroyent advisez ! ».
Nos députés se firent répéter une pareille réclamation. Cent mille écus, ils le reconnurent, avaient été promis au Marquis, mais non pour la seule rançon de M. d'Aumale. Cette rançon avait été fixée à 60,000 écus, et rien de plus. Quant aux 40,000 écus, 1l avait été convenu qu'ils seraient le prix d’un tout autre service: ils devaient être versés à Albert au moment où 1l serait libre de venir aux Pays-Bas secourir la France contre l'Empereur. Et le Roi était très décidé à ne point compter cette somme avant qu'Albert pût entrer effectivement en campagne. En eflet, les troubles d'Allemagne menaçant de se prolonger, l’expédition du Marquis aux Pays-Bas pouvait être retardée assez longtemps encore, ou même indéfiniment renvoyée, et la cour de France ne voulait à aucun prix que la subvention promise au margrave de Brandebourg, pour faire la guerre à Charles, servit à entretenir les hostilités en Germanie. Pour conclure, nos représentants se déclarèrent prêts à verser 60,000 écus, € aussitost qu'ilz auroient veu le Duc d’Aumale, ou seroient asseurez de luy ». Ils acceptaient d'autre part, suivant leurs instructions, de négocier, sans plus de retard, un traité d'alliance entre Albert et le roi de France, mais un traité d'alliance conditionnelle, qui ne recevrait exécution et ne serait sanctionné par le versement de 40,000 écus, que lorsque la paix serait rétablie
LuTLid p224-225.
en Allemagne, et qu’Albert serait prêt à offrir ses services contre Charles-Quint".
Malgré ces observations si justes, Raïd s’obstina dans ses prétentions. Il voulait 100,000 écus pour la seule rançon du duc d'Aumale. Et il déclara que si on ne lui donnait point satisfaction, il quitterait Soleure, €y adjoustant en se levant de table que l'Empereur n’estoit pas encore mort et que son maistre n’auroit point faulte de parti, ce disant en telle fierté et arrogance, qu'il méritoit bien de rapporter une bien aspre responce ». Marillac lui fit pourtant simplement observer que «le Marquis se reliant avecques l'Empereur n'en rapporteroit aulcung fruict que une telle repentance qu'il en avoyt sentie l’an passé, où 1l expérimenta combien l’on pouvoit mettre d'espérance et asseurance aux promesses dudict Empereur * ».
Les députés français ne laissaient pas pourtant que d’être fortinquiets de l’obstination de Silvestre Raid. Pour ne point paraître abandonner la négociation et ne point jeter Albert entre les bras de Charles-Quint, ils rédigèrent finalement une note où étaient exposées en détail leurs dernières résolutions. Ils prièrent le docteur Boyer de la communiquer à Raid. Dans cette note, ils maintenaient leur intention de ne verser que 60,000 écus lors de la mise en liberté du duc d'Aumale, et sur ce point ils ne transigeraient jamais. Les 40,000 écus ne seraient comptés au Marquis que plus lard et en récompense d’autres services. En revanche, nos représentants faisaient briller aux yeux de Raïd les avantages qui attendaient son maître en France, si la négociation se poursuivait. Aussitôt qu'Albert commencerait les hostilités contre l'Empereur, il re-
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MISSION DE M. DE MARILLAC EN SUISSE a |
cevrait une subvention mensuelle de 3,000 écus et une pension annuelle de 6,000 *.
Les docteur Boyer remit « ces articles» à Raid qui, ayant pensé plus sérieusement à son faict, et aprez avoir veu et examiné lesdicts articles, vint déclairer qu'il les trouvoit raisonnables si ce n’est en troys poincts sur lesquels il faisoit encor difficulté ». Il demandait d’abord 4,000 écus par mois au lieu de 3,000, et exigeait ensuite que, lorsque son maître entrerait en campagne aux Pays- Bas, trois mois lui fussent payés d'avance. Enfin, il voulait faire porter le chiffre de la pension annuelle de 6,000 à 8,000 écus *.
Les nôtres répondirent qu'en faisant droit à ces demandes, ils excéderaient les termes de leur instruction, et qu'il leur était nécessaire d'obtenir l'approbation du Roi. Es offraient à Raid de lui rendre une réponse dans les quinze jours.
Raid demanda à réfléchir. & Il revint vers nous deux heures aprez, écrivent nos ambassadeurs, ayant comme il est vraisemblable trop bu ou bien estant entré en merveilleuse défiance, et sans cause nous dict ouvertement qu'il vouloit traicter et conclure immédiatement en la sorte qu'il requéroit, aultrement qu'il vouloit dez lors et sans plus s’arrester 1cy monter à cheval pour s’en aller *. » Il ajouta qu'en présence des mauvaises dispositions de la France, 1l se repentait amèrement d’avoir indiqué le lieu où se trouvait M. d’Aumale, mais qu'on préviendrait un enlèvement en transportant aussitôt le duc en un autre endroit.
En présence de ces soupçons injurieux et de cette « façon
4. 1bid., p. 226. — Le texte dit: 30,000 écus par mois. Mais il semble bien qu'il y ait erreur et qu'il ne s'agisse que de 3,000 écus. 2. Ibid.