Ibid
Marquis congnust davantaige la bonne intention dudict seigneur Roy envers luy, et qu'il pust plus aysément supporter les fraiz, qu'il lui conviendroit faire durant le temps de l'exécution de l’entreprise aux Païs-Bas », on lui accordait : 1° une indemnité de 4,000 écus par mois, 2° le payement de trois mois d'avance. 3° une pension annuelle de 8,000 écus. Si d'ailleurs la campagne contre Charles- Quint était heureuse, d’autres avantages devaient « en advenir » à Albert. Il était entendu « qu'il seroit impatronisé de la Duché de Gueldres », par où commencerait l'attaque, et &« qu'il en demoureroit seigneur comme de son vray conquest et héritaige » : le pillage et le butin fait sur l’ennemi lui devaient appartenir € pour en faire et disposer ainsy que bon lui sembleroit » ; sur les pays héréditaires de l'Empereur @ il pourroit prendre soit par rançonnements, exactions et aultres moyens qu'il adviseroit jusques à la somme de 50,000 escus » ; enfin le Roi s'engageait à refuser toute paix ou trêve avec l'Empereur, si le Marquis n'y était pas compris.
Au cas, d'autre part, où la fortune serait défavorable aux alliés, et où Albert serait contraint « d'abandonner et perdre sa demeure en Allemagne », 1l recevrait très honorable accueil en France et serait pourvu dans le Royaume « d’une telle seigneurie maison et retraite, qu'il pourroit honnestement et suivant sa condition y vivre et s’entretenir ».
Mais en regard de ces promesses, les obligations du Margrave étaient très nettement stipulées. Tout d’abord il prenait un engagement formel au sujet du duc d'Aumale: une fois mis en liberté et sa rançon de 60,000 écus payée, ledit duc devait & pouvoir s’en aller franchement devers Sa Majesté sans qu'on luy pust demander ou quereller à l’advenir auculne chose pour le regart de sa prinse et
détention ». En second lieu, nos ambassadeurs insistaient formellement sur un point capital : il fallait qu'Albert fit sans tarder la paix avec ses ennemis d'Allemagne. Il est en effet nécessaire, disait le traité, & pour l'exécution de l'entreprinse, que la guerre, que le Marquis a à présent à l'encontre des évesques, de ceux de Nüremberg, du duc de Brunswick et aultres, .. cesse ... et que la paix, avant que d'entrer dans tout ce qui dessus est dict, soyÿt traitée et conclue, ou bien quelque bonne et longue trefve ». Le Roi espérait d’ailleurs qu’Albert € auroit plus de respect à la si louable et si digne œuvre », qui se préparait contre l'Empereur, € qu’à sa propre vindicte ». Et nos représentants, dans leur rédaction du traité, faisaient ressortir la grandeur du dessein, auquel allaient travailler en commun le Roi et le Marquis. C'était une nouvelle revanche de l'Europe asservie qui s’organisait contre l'Empereur, c'élait Qà l'extirpation du tyran de la Germanie » qu'allaient s’employer les eflorts de la France et d’Albert. Projet glorieux, périlleux aussi, qu'entreprenait le Roi ! Mais chacun savait qu'il avait toujours « préposé » le bien et la liberté de la Germanie aux affaires de son propre Royaume. Et dans ces lignes se révélaient bien les manœuvres de la diplomatie française s’efforçant toujours et quand même de représenter l'alliance du Roi et du Brandebourg comme un service rendu à l’Empire et de voiler ainsi Ce que pouvait avoir d'étrange et d’inquiétant pour la Germanie notre union avec celui qui malgré tout en était à cette heure le pire ennemi.
Une fois la paix rétablie en Allemagne, rien ne devait plus retarder l'entrée en campagne d'Albert. Et voici ce que la France croyait pouvoir exiger de lui à ce moment. Le Marquis assemblerait 40 enseignes de gens de pied et 3,000 chevaux. Ces troupes seraient pourvues de grosse artil-
lerie de campagne. « Avecques ceste force, sans s'amuser à aultres desseings ny particulières querelles », le Marquis attaquerait au plus tôt l'Empereur vers ses terres et seigneuries des Pays-Bas, soit du côté de Gueldre, soit du côté de la Frise et de la Hollande. En dehors de la réserve faite du duché de Gueldre, les villes et pays conquis devaient être remis entre les mains du Roi ou de ses généraux, et le Margrave devait s'engager à faire partout « œuvre de bon serviteur ! ».
Le traité ainsi établi, Raid déclara en accepter toutes les conditions, et 1l mit au bas sa ratification. Nos ambassadeurs n'avaient plus qu’à obtenir l'approbation du Roi. L'un d'eux, M. de Saint-Laurens, fut chargé d’aller présenter à Paris le texte du traité. Les députés y joignirent un long mémoire relatif aux négociations qu'ils avaient conduites, et où ils justifiaient les concessions qu'ils avaient cru devoir faire à Silvestre Raid. @ Il plaira au Roy, disait cet acte, 1l plaira au Roy et à Messeigneurs de son Conseil considérer tout d’abord que par ce traité l’on recouvrera M. d’Aumale pour 60,000 escus, et que quant au surplus de ce qui est promis, le Marquis n’en peult riens avoir qu'il n'ayt faict la paix avec les evesques et conséquemment que ce bien ne soyt rendu à la Germanie, et aussi avant que ledict Marquis ne marche contre l’Empereur”. » C'était là le premier point gagné par les ambassadeurs de France sur l’obstination de Raid. Quant aux concessions faites par nos envoyés en dehors de leur instruction, le Roi jugerait de leur opportunité, mais
1. Toutes les citations précédentes sont empruntées au « Traité mentionné dans le précédent discours de la négociation et signé par Silvestre Raid, conseiller et serviteur du marquis Albert, et envoyé au Roy. Du mercredi &e jour d'avril 155%. » (Michaud, op. cit., p. 227-229, passim.)