‹ Charles de MarillacChapitre 117 sur 200 · Voigt, t. II, p · texte numérisé non relu

Voigt, t. II, p

prest a redespecher en Suisse M. de Saint-Laurens », 1l reçut deux lêttres qui le firent aussitôt triompher de ses hésitations. Ces deux lettres lui étaient adressées par Albert et M. d’Aumale. Le Marquis était en compagnie du due ; il exprimait avec quelle surprise 1l avait appris que ses ambassadeurs n'avaient point encore achevé leurs négociations, et 1l espérait que le Roi ne trouverait pas étrange qu'il terminât de lui-même l'affaire avec son prisonnier. Il savait par Silvestre que la France était disposée à lui verser seulement 60,000 écus. En vrai gentilhomme large en affaires 1l déclarait s’en contenter, « quoiqu'il eust eu bon besoing du reste pour l’amour des gens de guerre dont il faisoit lever une belle compaignie ». Il priait seulement qu'on voulût bien lui faire parvenir la somme à Metz, car & Silvestre n’auroit pas les moyens de la porter bien seurement à Schaffouze ». Dé l'alliance projetée, il n’était pas question, et s’il demandait qu'on lui fit parvenir au plus tôt la rançon du Duc, «c’est que vous pouvez penser, Sire, écrivait-1l, que j'ai despendu grant somme d'argent d'avoir mené si longtemps la guerre, sans l’ayde de tous mes amys, et de la mener plus longtemps à grant peine ne me seroyt possible ». En somme, comme le prévoyait le Roi, Albert était absorbé par ses querelles d'Allemagne, et il ne voyait dans les écus qu'allait lui délivrer Ja France qu'un moyen de la continuer et de relever ses affaires : 1l songeait vraiment à tout autre chose qu'à entreprendre la campagne des Pays-Bas. À sa lettre élait joint un billet du duc d’Aumale qui la confirmait ‘. Dans ces conditions, il n’y avait pas à poursuivre les négociations. Nous perdions un allié, mais quel allié !

1. Lettre du marquis Albert au Roi, 9 avril 1554. — Lettre du duc d'Aumale au Roi, 10 avril 155%. (Bibl. Nat., fr. 3121, fol. 28 ro et vo.)

Devions-nous nous en affliger ? Les services plus que douteux, que nous eût rendus un tel € mercenaire », ne méritaient pas qu'on les regrettât. Le Roi informa donc ses ambassadeurs en Suisse *que tout était terminé. « Messieurs, vous verrez par les lettres dont je vous envoie le double que mon cousin le duc d’Aumale et le marquis Albert .. sont d'accord de la rançon de mondict cousin et ne veux pour le présent aultre traité... dont je n’ay voullu fallir vous advertir ‘par ce courrier expres en extresme dilligence, affin que vous ne passiez plus oultre à riens faire ne traicter avecques ces députez ‘. »

Une lettre du Connétable, jointe à la dépêche du Roi, autorisait Marillac à rentrer en France, après avoir rempli les derniers devoirs de sa charge : il devait d’une part informer les ambassadeurs du Margrave de ce qui s'était passé, au cas où 1ls'n’auraient point reçu de nouvelles de leur maître ; et d'autre part le sieur de la Mesnardière, porteur de la lettre du Roi, devait recevoir de MM. de Bassefontaine et Marillac les 60,000 écus. dont ils étaient dépositaires, pour gagner Metz au plus tôt. Le 18 avril, Marillac informait la Cour qu'il s'était conformé aux ordres donnés et qu'il avait fait partir immédiatement la Mesnardière, € pour aller à Metz en prenant son chemin d'icy à Nantua et de là vers la Bourgogne ». Quant à lui il s’en retournerait «à ses journées, ou bien en prenant la poste».

1. Du Roi à MM. de Marillac et Bassefontaine, 13 avril 1554. (/bid.,

fol. 27 ro.) 2. De Marillac au Connétable, 18 avril 1551. (/bid., fol. 29 r° et vo.)

La médiation du Saint-Siège et de l'Angleterre entre la France et l'Empereur. — Les conférences de Marck.

L'échec des deux tentatives faites par Henry Il pour se créer des alliances en Allemagne se trouve coincider avec un événement plus déplorable encore: le mariage du prince Philippe d'Espagne avec la reine d'Angleterre Marie Tudor. Au moment où nous perdions le seul appui, qu'il nous fùt permis d'espérer en Europe, la maison d'Autriche était sur le point de gagner celui de la cour de Londres. L'union politique des nouveaux époux ne pouvait tarder en effet, et tout laissait prévoir que nous aurions bientôt à lutter contre une formidable coalition.

Cette épreuve devait heureusement nous être épargnée. Chose curieuse, ce fut précisément l'Angleterre, dont nous redoutions les projets belliqueux, qui s’interposa alors comme médiatrice entre l'Empereur et nous et qui prétendit obtenir la suspension des hostilités. En 1555 s'ouvrait à Marck, Çen terre anglaise » etsous les auspices de Marie Tudor, une conférence où les députés d'Henry Il et ceux de Charles-Quint devaient essayer de mettre un terme aux querelles qui divisaient leurs maîtres.

De cette conférence, Manillac nous a laissé un compile rendu détaillé. Désigné par Henry Il pour aller prendre

part à «l'assemblée », 1l rédigea très peu de temps après son retour un € sommaire de sa légation » qui nous a été conservé sous ce titre: « Procez-verbal de la conférence tenue à Marcq, prez Ardres, l’an 1555, en présence du cardinal Polus, légat du Pape, entre les députez de l'Empereur Charles V° et ceulx du Roy Henry Il°, pour terminer les différens pour plusieurs Royaulmes et seigneuries entre lesdicts Princes et particulièrement pour le Duché de Milan, mis par escript par Charles de Marillac, évesque de Vannes, despuys archevesque de Vienne, l’un des députez dudict Roy Henry Il°', » C'est ce document qui nous permettra de suivre presque jour par jour les discussions des négociateurs, qui nous prouvera aussi la conscience avec laquelle Marillac sut remplir la nouvelle mission qui lui incombait. Après avoir assisté de près à la ruine des espérances que nous avions fondées à deux reprises sur l'alliance des princes d'Allemagne, l'évêque de Vannes devait plus que tout autre souhaiter ardemment la fin d’une guerre, dont tout le poids allait décidément retomber sur la France. A ce sentiment sans doute 1l faut attribuer l'activité qu'il déploya à Marck et le « bon service » qu'il y fit au Roi.

Comment Marie Tudor avait-elle été amenée à prendre entre la France et l'Empereur le rôle de conciliatrice ? Tel est le point qu'il importe avant tout d'éclairer. Un fait indéniable, c’est que son nouvel époux n'avait rien négligé pour la décider à joindre ses forces à celles de la maison d'Autriche. Et nous savons d'autre part que la reine n'avait d’abord montré aucune répugnance à donner satisfaction

1. Bibl, Nat., fr. 83945, fol. 1 ro. — Un compte rendu de la conférence nous a aussi été laissé par Jean de Morvilliers, évêque d'Orléans, (Bibl. Nat., fr. 17910.) Cf.: Baguenault de Puchesse, Jean de Morvilliers, évéque d'Orléans, garde des sceaux de France (1506-1577), p. 71-73.

à ces demandes'. Pour l’en détourner, il n'avait rien moins fallu que de pressantes considérations politiques.

Des considérations de politique intérieure d’abord. C'était la nation qui les avait fait valoir. La noblesse et le peuple d'Angleterre n'avaient pas craint en effet de protester hautement contre le dessein de leur souveraine d'entraîner le royaume à de nouvelles hostilités”. Les troubles religieux qui divisaient le pays, les charges financières qui l’accablaient, les intérêts du commerce de l'Ile étaient tout autant de raisons, qui devaient déterminer le gouvernement à ne pas se départir d’une sage neutralité et à ne se point mêler au conflit anglo-impérial. Marie s’élait alors trouvée partagée entre le désir de se concilier les bonnes grâces de son nouveau maître et la crainte de déplaire à l'Angleterre. Mais elle avait reconnu bientôt qu'elle devait obéir aux vœux de ses sujets et elle avait renoncé à une guerre, qui eût épuisé les dernières ressources et compromis la sûreté intérieure de l'État 3.

D'autres raisons l'avaient engagée ensuite à faire dans celle voie un pas plus décisif. Dès son avènement, la

1. Dans l'été de 1554 la guerre fut près d'être déclarée à la France par Marie et Philippe II. (Calendar of State papers, foreign series, of the reign of Marr, p. 82, 122, 137, 152, 183. — Froude, Æistorÿy of England, t. N, p. 367, 372, 37%, 401.)

2. « Tant ceste noblesse que le peuple ne désirent la guerre mais au contraire la craignent. » De M. de Noailles, notre ambassadeur en Angleterre, au connétable de Montmorency, 26 décembre 1554. (Ambassades de M. de Noailles en Angleterre rédigées par feu M. l'abbé de Vertot, t. IN; pièces justificatives, p. 75.) — Philippe IT et Marie Tudor souhaitent la paix plus encore que la France « pour les dangiers qu’ilz veoyent tous les jours se présenter au gouvernement et maniement de ce Royaulme, estans si hays et malvoulus de leurs subjectz qu'ilz attendent l'heure d'y voir un grand désordre. À quoy ilz proposent donner ordre par le moyen d'icelle paix ou tresve et sy faire obéir absolument aux parlemens. » Avis joints à la lettre de M. de Noaiïlles au Connétable du 25 mai 1555. (/bid., t. IV, p. 332- 333.)

Page 1