Zbid. - 2. Bibl. Nat., fr. 3945, fol. 13 ro
leva alors et proposa à l’assemblée de régler une question qui n'avait encore reçu aucune solution définitive : « celle de la forme que l’on tiendroit » pendant les négociations qui allaient s'ouvrir. Français et Impériaux devaient-ils entrer sans plus de retard en discussions, se soumettre directement leurs prétentions réciproques et régler contradictoirement leurs différends? Ou bien n'était-il pas préférable pour eux de confier séparément leurs griefs et leurs réclamations aux députés anglais qui serviraient de porte-paroles, exposeraient successivement aux deux parts leurs résolutions respectives € et mettroient ensuite en avant auprès des ungs et des aultres les choses propres à moienner quelque bon accord ». « Ilz estoient d’adviz, écrit Marillac, que nous leur disions nos intentions et les Impériaulx les leurs, et qu'ils rapporteroient d’une part et d’aultre ce qui seroit proposé: et où les parlis seroient trop durs aux amyables compositions, les arbitres adviseroient de les régler doulcement et composer nos demandes le plus amyablement qu'ilz pourroient faire’. » D'après eux & l’on obvioit ainsy à beaucoup de parolles d’aigreur qui pouvoient survenir en telles affaires entre les ministres des Princes qui estoient en guerre ».
Cette proposition ne devait en aucune manière convenir à nos ambassadeurs, et, € aprez qu'ilz se furent retirez quelques instants à part » pour y réfléchir, ils répondirent aux Anglais par un refus catégorique. L'offre faite par ceux-ci € d'aller de l’un à l’aultre party pour exposer les demandes et rapporter les réplicques » était inacceptable, car ce mode de procéder bien loin « d'accélérer le négoce le mettroit en longueurs et l’envelopperoit en infinies difficultez ». En réalité « l'affaire ne se pouvoit bien con-
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duyre ny terminer si les députez ne desduysoient point respectivement et ensemble assemblez leurs causes, raisons et moyens. » S'était-il jamais vu d’ailleurs traité de paix ou trêve conclus entre deux princes, sans que leurs représentants n’eussent auparavant discuté contradictoirement les droits de leurs maîtres ? L’évêque de Winchester redoutait que des & parolles d’aigreur » fussent échangées, mais c'était là une appréhension injusüfiable. Les ambassadeurs désiraient sincèrement de part et d'autre que la paix fut rétablie entre leurs souverains, et ils connaissaient trop bien, pour s’en départir jamais, € l'honneur et le respect qui doibt se garder en matière de négociation” ». Ces raisons mises en avant par les nôtres n'étaient au reste pas les seules qui pussent légitimer leur refus; et en eflet le discours de Gardiner avait excité chez eux des craintes plus sérieuses que celles qu'ils venaient d’exprimer. Ces craintes leur avaient été suggérées par Marillac pendant la courte délibération qui avait précédé leur réponse. Comme l'avait alors fait observer l’évêque de Vannes, l’auteur de la proposition mise en question était Étienne Gardiner, évêque de Winchester, bien connu pour ses tendances impériales. Marillac avait pu apprécier pendant son ambassade en Angleterre quel chaud partisan de l'Empereur était ce prélat et depuis ce moment il le tenait en méfiance. Gardiner prétendait à cette heure empêcher toute discussion contradictoire entre les envoyés de la France et ceux de Charles-Quint, 1 voulait que «nous parlions par sa bouche ». Or pouvait-on affirmer que par cette manœuvre il n’eût point pour but de servir les Impériaux à nos dépens? Nous faire dire à l’occasion plus ou moins que nous n’aurions voulu dire, dénaturer nos récla-
d'u Jbra,, ol. 15 retro = P'bIANat. fr. 41700:
mations auprès de nos adversaires, leur exagérer la portée de nos concessions et nous forcer ensuite à accepter comme un fait acquis un accord conclu sur ces bases, telles pouvaient être les intentions € détestables » de l’évêque de Winchester. Et Marillac l'avait remarqué en terminant, il importait d'autant plus de s'opposer aux premières exigences de ce personnage, qu'il paraissait devoir jouer le rôle principal dans la conférence, le cardinal Pole luimême s’effaçant devant lui.
C'étaient ces considérations développées par Marillac, qui avaient surtout déterminé nos ambassadeurs à repousser l'offre qui venait de leur être faite. A leur refus ils mirent toutefois une réserve. Il était nécessaire, 1ls le reconnurent, de décider comment s’engageraient les négociations et quel en serait le point de départ. Sur ce détail ils s’en remettaient aux Anglais. Ceux-c1 devaient au début agir à leur guise, « taster successivement les deux partz » et s'assurer des moyens les plus propres € à eschaulffer les malières et à entrer en termes de discussions ». L'on convint que la première et la deuxième assemblée seraient consacrées à celle affaire. Mais aussitôt Q le propoz entamé », les députés de la reine s’effaceraient et reprendraient leur simple rôle de conciliateurs".
Les Impériaux souscrivirent à cet arrangement. Une collation fut alors offerte par les Anglais (en grande abondance de confitures ». Le Légat porta une santé aux ambassadeurs, qui burent ensuite les uns aux autres et se séparèrent pour gagner Ardres, Gravelines et Marck.
Le lendemain 24 mai, 1ls se trouvaient de nouveau réunis. Suivant les conventions du jour précédent, les Anglais se disposèrent à entendre successivement les deux