Duruy, Carlo Carafa, p
on put prévoir quel rôle important jouerait ce personnage et quel ascendant il saurait prendre sur l’esprit de son oncle. Or Carlo Carafa, lui aussi, détestait Charles-Quint et il tenait trop à sa vengeance pour détourner le nouveau Pape de ses projets belliqueux.
Cadet de famille, Carlo Carafa avait eu la jeunesse la plus orageuse. Page du cardinal Pompeo Colonna, chevalier de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, attaché à la cour de Pierre-Louis Farnèse, il passe ensuite au service d’Octave Farnèse et sous ce nouveau chef et pour le compte de l'Empereur il fait la guerre aux protestants d'Allemagne. Des démêlés avec un noble espagnol survenus au cours de cette campagne, une condamnation à plusieurs mois de prison, que lui inflige à cette occasion Charles-Quint, lui font abandonner l’armée impériale. Il voue dès ce moment une haine implacable aux Espagnols. Le refus de l'Empereur de lui conférer la possession et les revenus du Prieuré de Naples, qu'il a obtenus du pape Paul II, enveniment encore ses griefs. Cette injustice et la violence dont il a été victime le décident à se mettre à la solde de la France et, en 1555, nous le retrouvons guerroyant en Toscane sous les ordres du maréchal Strozzy. Sa vie ne serait jusque-là qu'aventureuse, si nous ne savions qu'entre tempsilselivra, pendant plusieurs séjours à Rome, à des actes qui lui méritèrent la prison et qu'à Bénévent il joua le rôle vénal et sanguinaire d'un bravo. Mais tout à coup un changement subit s'opère en lui. Il se rapproche de son oncle le cardinal Giovanni Carala dont l'ont séparé ses désordres : il cherche à se faire pardonner ses erreurs. La carrière des armes n’a eu pour lui que des déboires ; il tente d'aborder une voie nouvelle. Le renom de piété et de vertu de son oncle l’a fait désigner à plusieurs reprises comme candidat éventuel au Saint-Siège. Don Carlo se décide à s'attacher à sa for-
tune. Le condottière se métamorphose en un saint et pieux personnage, obtient sa grâce du Cardinal et, quand ce dernier est nommé pape sous le nom de Paul IV, Carafa réussit à se faire accorder par lui la dignité de cardinal en même temps qu'il devient son plus intime conseiller et le véritable directeur de la politique pontificale.
Connaissant les griefs de l’oncle et du neveu contre l'Empereur, l’on ne s’élonnera pas d'apprendre qu'arrivés au pouvoir, l’un et l’autre songèrent à se venger. Plus animé peut-être que son oncle, le nouveau cardinal avait du moins assez d’ascendant sur l'esprit du vieillard pour le faire passer sur toute hésitation.
C’est alors qu’abandonnant les errements de Jules IIT et de Marcel IT, le Saint-Siège prend parti pour la France contre Charles-Quint. Bien peu de jours après son élection, poussé par son neveu, Paul IV propose formellement son alliance à Henry IL°. Le Cardinal fait briller aux yeux des ministres du Roi à Rome la flatteuse espérance de la conquête du royaume de Naples. En même temps 1l pratique sous main les princes italiens, rassemble de l'argent et des hommes et s'efforce de se concilier le peuple de Rome.
Le ressentiment des Carafa contre l'Empereur doit-il suffire à expliquer cette activité? Évidemment non. Il y faut voir de la part du Cardinal autre chose que des désirs de vengeance. Cette alliance, que Carafa proposait à la France et qui devait satisfaire sa haine, son intérêt et l'intérêt de sa famille la lui conseillaient aussi. « Les Borgia, les della Rovere, les Médicis, les Farnèse avaient eu ou possédaient encore des États en Italie. Pourquoi les
1. Duruy, op. cit., ch. r et in. — Forneron, Les ducs de Guise, PAS DEMO
2. De M. de Lansac au Roi, de Rome, 28 août 1555. (Ribier, t. IT. p. 615-616.)
Carafa n’en auraient-ils pas comme eux? Or, l'expérience avait démontré que, pour se tailler une principauté dans la Péninsule, il ne suffisait pas de l’indulgente complicité du Pape. La protection de l’Éspagne ou de la France était plus efficace encore. Les Médicis auraient-ls fait souche ducale, si l'Empereur ne s'était, en mainte circonstance, ouvertement déclaré pour eux? Ce que Charles-Quint avait fait pour les Médicis, le Cardinal entendait bien que Henry IT le ferait pour les Carafa'. »
Restait à savoir si la France accéderait aux propositions du Saint-Siège? Deux partis étaient en présence dans le Conseil du Roi. L'un, inspiré par les Guise, ne trouvait qu'avantages dans les offres du Pape et poussait résolument à la guerre. L'autre, dirigé par le connétable de Montmorency, se représentait très vivement l'incertitude de l'entreprise à laquelle le Saint-Siège voulait entraîner la France et désirait ardemment le rétablissement de la paix *.
Le Roi eût plutôt penché vers ce dernier avis. La France, accablée par le poids d’interminables hostilités, lui semblait en effet incapable de résister longtemps encore à son redoutable adversaire. Mais cette paix, qu'il souhaitait au fond, Henry ne voulait sous aucun prétexte la solliciter de Charles-Quint. Se résoudre à cette humiliante démarche eût été se soumettre par avance à toutes les exigences impériales. Il fallait donc que l'Empereur parlât le premier et que l'initiative d’une nouvelle proposition d'entente lui appartint tout entière. Or, après la récente rupture des conférences de Marck, pouvait-on espérer de sa part une semblable concession ? Dans ces conditions un parti s’imposait: l’on devait continuer la guerre et pour la rendre