‹ Charles de MarillacChapitre 130 sur 200 · Duruy, Carlo Carafa, p · texte numérisé non relu

Duruy, Carlo Carafa, p

2. Ibid., p. 85. — Decrue, Anne de Montmorency sous Henri LT, p. 170.

heureuse accepter l'alliance du Saint-Siège. Henry Il s'était ainsi décidé à écouter les conseils de la maison de Guise.

Dès lors les relations les plus suivies s'étaient établies entre Rome et la cour de France. La diplomatie pontificale, d'accord avec M. d'Avanson, notre ambassadeur à Rome, avait jeté les premières bases d’un traité d’alliance, et un envoyé extraordinaire avait été expédié en France par le cardinal Carafa pour décider le Roi à une union immédiate”. Henry IL avait répondu à ces avances par l'ambassade des cardinaux de Lorraine et de Tournon en Italie. Chargés des pleins pouvoirs du Roi, les deux prélats avaient finalement signé avecle Saint-Siège, le 15 décembre 1555, un traité d’alliance offensive et défensive entre leur maître et Paul IV*.

Ainsi la politique des Guise semblait avoir triomphé des prudentes hésitations du connétable de Montmorency. La France, unie à la Papauté, acceptait décidément les hasards d’une lutte nouvelle contre Charles-Quint.

Les choses en étaient là, et tout permettait de croire qu'une armée commandée par le duc François de Guise allait bientôt passer les Alpes”, lorsque, le 15 février 1556, une foudroyante nouvelle arrivait à Rome. Le nonce apostolique en France annonçait à Paul IV qu'une trêve de

1. Duruy, op. cit., p. 57-62. On trouvera là longuement analysée l'instruction délivrée à Annibale Rucellai, l'ambassadeur extraordinaire du Saint- Siège. Rucellai partit de Rome le 14 septembre 1555. — Sur le projet de traité conclu par M. d'Avanson, voir Duruy, op. ctt., ch. 1x. — Decrue, op. cit., p. 188. — Voir aussi une lettre du cardinal de Lorraine au duc Fr. de Guise, de Toulon, 26 octobre 1555. (Michaud, 1re série, t. VI, p.250.)

2. Cf.: Instruction du cardinal de Lorraine, ambassadeur extraordinaire à Rome, septembre 1555. (Michaud, op. cit., p. 257-258.) — Lettres du cardinal de Lorraine au duc de Guise et du duc de Guise au cardinal de Lorraine. (bid., p. 251, 252.) —- Lettre du cardinal de Lorraine au Connétable. décembre 1555. (Bibl. Nat., fr. 20442, fol. 138.) — Duruy, op.cit., ch. x.

3. « Pouvoir donné à M. Francois de Lorraine .… pour s’acheminer en Italie en qualité de lieutenant général pour le Roy … » décembre 1555. (Michaud, op. cit., p. 255-257.)

cinq ans venait d’être signée à Vauceiles, le 3 février, entre les plénipotentiaires de Henry IT et ceux de l'Empereur.

Chose curieuse, c'était la politique belliqueuse du Roi qui avait amené la paix. Effrayé des négociations francopapales, et de l’union qui menaçait de se former contre lui, Charles-Quint s'était décidé à faire cette concession inespérée du roi de France : il avait demandé la paix *. Fatigué d’ailleurs des luttes incessantes qu'il soutenait depuis près de quarante ans, il songeait à résigner cette dignité impériale, qui avait été pour lui une si lourde charge, et 1l voulait laisser le monde pacifié avant de s’en reurer. Henry IT s'était trouvé alors placé dans cette alternative : ou de continuer la guerre que lui facilitait sa nouvelle alliance avec le Saint-Siège; ou d'adopter un parti plus raisonnable, celui de la paix. Les motfs, qui l'avaient empêché d’obéir aux conseils de Montmorency, n’existaient plus : Charles réclamait le premier une suspension d'armes :

1. Voir : la lettre d'Henry If à M. d'Avanson, son ambassadeur à Rome, (s. d.) pour lui annoncer la trêve (Ribier, t. IT, p. 625-626); — la Harangue faicte au Pape par l'ambassadeur de France, sur la conclusion de la

trefve. » ({bid., p. 631-633) ; — la lettre du cardinal de Lorraine au duc Fr. de Guise, qui l'avait informé de la prochaine conclusion de la trêve, 17 janvier 1555 (anc. st.): « .. Le Boiteux arriva le soir avec la dépesche

que le Roy nous envoyoit sur le faict de la conclusion de la paix, de laquelle je seroys tousjours bien aise, pour le zèle que je porte à la tranquilité et repos de toute la crestienté ; mais je vous ose bien asseurer que jamais Roy n'eust et n’aura peut estre telle occasion par deçà pour augmenter sa grandeur et réputation, comme avoit nostre maistre, ainsy qu'il congnoistra par les choses que je lui portois sy à son advantage que quand luy mesme les eust dressées et souhaitées il ne les eust sceu désirer meilleures. » Le dépit du Cardinal, dont les négociations sont sur le point d'être rendues inutiles, apparaît bien dans cette lettre. (Michaud, op. cët., p. 230-231.) — Cf.: Duruy, De indutiis apud Valcellas, p. 73, 75, 82, 87 ;.Carlo Caraÿfa, ch x1T.

2. « C'est chose très véritable que dez lors que l'Empereur a seullement senty le bruit que Vostre Sainteté avoit embrassé la querelle de son fils aisné sa dure obstination s’est tout à coup rompue. » (« Aarangue faicte au Pape par l'ambassadeur de France sur la conclusion de la trefre. » (Ribier, tp =632:)

la France pouvait parler haut et obtenir dès lors des conditions avantageuses’. La voix de Montmorency s'était de nouveau fait entendre dans le Conseil du Roi et les événements donnaient si bien raison à sa politique qu'il fut écouté. La trêve de Vaucelles fut signée * et le projet d'union franco-papale abandonné. Quelques jours après, Charles- Quint se retirait au monastère de Yuste*: son frère Ferdinand héritait de la dignité impériale, Philippe IT, son fils, se trouvait placé à la tête de la monarchie espagnole.

Cependant le Saint-Siège venait d’éprouver un échec, dont il lui était difficile de se dissimuler la gravité. Tous . les beaux projets de vengeance du cardinal Carafa, tous les brillants avantages, qu'il espérait de l'alliance française, s’évanouissaient sans retour. Une consolation lui restait : la cour de Rome était à l'abri du ressentiment de l’Empereur ; en traitant à Vaucelles, Henry IT avait pris soin en effet de stipuler expressément que le Pape son allié serait compris dans la trêve et qu’en Italie aussi bien qu’en France les hostilités seraient suspendues *. Mais cet avantage pouvait-1l vraiment compenser tant d'efforts perdus, tant de travaux inutiles ?

La déception des Guise n’avait guère été moins cruelle que celle du Saint-Siège. La victoire de Montmorency et le retour aux idées pacifiques qu'il représentait marquaient un regain de faveur sur lequel n'avaient point compté les adversaires du Connétable. Ainsi donc aux vœux d’un

Duruy, De indutiis apud Valcellas, p. 61-67.

Le 5 février 1556.

Mignet, Charles-Quint au monastère de Yuste, spécialement p. 108. « Et de la part dudict seigneur Roy très chrestien sont compris nostre très Sainct Père le Pape et le Sainct Siège Apostolique, la Royne et Royaulme d'Escosse. le Roy de Navarre … » (Ribier, t. II, p. 629.) — Le margrave Albert de Brandebourg était également compris dans la trêve. (bid., p. 630.)

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