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Diane de Poitiers et par la Reine. Si bien que le succès finit par couronner de si grands efforts. Lorsque Carafa quitte la France à la fin d'août 1556, les plans pacifiques de Montmorency sont abandonnés, la trêve de Vaucelles est rompue, l’union conclue l’année précédente entre le Pape et Henry IT reconstituée ; le duc François de Guise reçoit le commandement d’une armée chargée d'aller secourir les États Pontificaux'. Dans leur précipitation, les alliés ne prennent même pas la peine de reviser leurs conventions de 1555 ; sans s'inquiéter de savoir si elles répondent encore aux exigences de la situation, sans y rien modifier, ils déclarent en accepter de nouveau et expressément tous les articles. Ils se préparent ainsi pour l'avenir les plus sérieuses difficultés.
A l'occasion de la rupture de la trève de Vaucelles, Manillac rentre en scène, et 1l est dès lors si intimement mêlé aux événements qui suivent, que les développements précédents se trouveront par là jusüliés. Le Roi venait de se résoudre à dénoncer les conventions de Vaucelles. Il fallait, 11 le comprenait, légitimer publiquement sa conduite et faire connaître au monde chrétien les motifs de sa décision inattendue. Si non, la France ne risquait-elle pas de s’attirer la désapprobation de l’Europe ? Ce fut à l’évêque de Vannes qu'échut la tâche difficile de disculper le Roi et c’est pour s’en acquitter qu'il écrivit son « Discours sur la roupture de la trefve », l’un des plus brillants pamphlets du xvr° siècle.
4. Sur la mission de Carafa en France, voir le récit qu’en a fait M. Duruy dans son Cardinal Carlo Carafa, ch. xv. — Surles motifs qui poussèrent Henry Il à rompre la trêve, voir du même auteur : De indutiis apud Valcellas, p. 69-74. — Voir aussi les Mémoires de Gaspard de Saulx- Tavannes (éd. Buchon), p. 218.
Cet acte marque une date dans la vie politique de Marillac. Pour la première fois nous le trouvons en désaccord avec Montmorency, le protecteur auquel il devait sa fortune. Lui qui s'était si souvent fait l'écho des sages et prudents avis du Connétable, le voilà au rang des adversaires qui prétendent supplanter le vieux conseiller dans les faveurs du Roi. C'est qu'à ce moment, l'ambition parle chez lui plus haut que la reconnaissance. Entre le Connétable temporisateur et ami de la paix, dont l'influence diminue chaque jour”, et les Guise nouveaux favoris qui viennent de prouver leur crédit en obtenant du Roi la reprise des hostilités, Marillac n'hésite point à prendre parti; il se tourne résolument du côté du soleil levant. Il accepte de légitimer la rupture de la trêve de Vaucelles et se charge de justifier les projets belliqueux de la maison de Lorraine. L’ardeur avec laquelle il expose dans son manifeste la nécessité où s’est trouvé le Roi de reprendre les armes, la multiplicité des arguments qu'il invoque à l'appui de sa thèse nous le présentent comme un partisan résolu de la guerre. C’en est fait, ilest devenu « le serviteur des Guise ».
Quelque opinion que l’on ait sur cette brusque volte-face de Marillac, l’on ne peut méconnaître du moins l’habileté avec laquelle il sut remplir la tâche qui devait lui conei-
1. Certains auteurs, entre autres Forneron dans les Ducs de Guise et leur époque (t. T1, p. 194), s'appuyant du reste sur Tavannes, la Place, Beaucaire, Haton, prétendent qu'au dernier moment le Connétable se déclara partisan de la guerre, soit pour perdre Guise, soit pour acquérir les bonnes grâces de Paul IV et arracher au pontife une dispense religieuse en faveur de son fils aîné « qui vouloit se défiancer à Rome d’avecques une fille de Piennes. » (Tavannes, Mémoires (édit. Petitot), p. 187.) M. Decrue (Anne de Montmorency … sous Henri Il, p. 191) a fort bien démontré la fausseté de ces allégations, qui ne peuvent tenir contre des témoignages beaucoup plus probants. Jusqu'au dernier moment Montmorency resta opposé à la guerre.
lier la faveur de ses nouveaux maîtres. Pamphlet, si l'on veut, que le « Discours sur la rupture de Îa trêve », mais pamphlet merveilleux d'âpreté et de cruelle ironie! Le roi Henry a rompu la trêve: mais est-ce à lui «que se doibt imputer le tort et blasme de ceste roupture »? Telle est la question que se pose Marillac en débutant et sur laquelle il veut éclairer l'opinion. Non, déclare-t-1l, le Roi n’a point manqué à la foi jurée en dénonçant le pacte de Vaucelles, 1l n’a fait que répondre à la perfidie et aux coupables menées du roi d’Espagne.
L’argumentation de Marillac repose sur deux faits, qui ont été précédemment mis en lumière. L’on se rappelle que, d’une part, l’initiative des négociations de Vaucelles appartenait aux Impériaux, qui les premiers nous avaient proposé une suspension d'armes, et que, d'autre part, Henry IT avait expressément stipulé dans le traité l’admission du Saint-Siège au bénéfice de la trêve. Ces deux faits, Marillac prétend en ürer la condamnation des Espagnols et la justification de la politique française.
Les Impériaux ont demandé les premiers la suspension des hostilités. & Le Roy, comme prince débonnaire, y a consenti. » L’aurait-1l fait pourtant, s’il n'avait consulté que son intérêt} À aucun moment ne se présentaient à lui plus belles espérances de triomphe. « En ce temps-là toute l'Italie l’appeloit, toute l'Allemagne le favorisoit, toute l'Europe l’invitoit et la félicité de la première fortune quasi le forçoit et au contraire qu'en tous succès se déclairoit contraire aux Impériaux”. » Il n’a pas voulu néanmoins Q clore l'oreille aux ouvertures du Roy d’Espaigne, désyrant que par nouvelle alliance toutes injures passées
4. « Discours sur la roupture de la trefve, en l'an M.D.LVI. », fol. 5 vo.
du temps de l'Empereur fussent entièrement oubliées avecques son filz' ». Eh bien! sait-on comment, les Espagnols ont reconnu cette générosité : depuis la trêve qu'ils ont implorée, qu’on a eu la pitié de leur accorder, ils n’ont cessé au mépris de leurs engagements « de violer le droit des gens et de faire entreprinse sur les places du Roy » ; si bien qu'on peut les soupçonner de n’avoir demandé la paix que pour triompher plus sûrement d’un ennemi désarmé.
Il y a plus : le Saint-Siège, allié de la France et qui à ce titre devait bénéficier des conventions de Vaucelles, a éprouvé lui aussi l’indigne mauvaise foi des Espagnols. Le Pape est menacé dans Rome par les troupes du duc d’Albe. Une situation intolérable est faite dans sa capitale au chef de la Chrétienté*.
Et entrant alors dans le détail de l’accusation, Marillac relève tous les traits de perfidie dont vis-à-vis de la France et vis-à-vis du Saint-Siège ont usé les Espagnols.
Vis-à-vis de la France d’abord. Aussitôt « qu'ilz se sont veus hors des difficultez où auparavant ilz estoient réduictz, 11z n’ont cherché en effet que les moyens d'offenser secrètement le Roy ». De quelle indigne duplicité, n’ontils pas fait preuve lorsque, & la trefve publiée et jurée, 1l s’est agi de prendre conclusion sur la délivrance des prisonniers ». La mise en liberté pure et simple de tous les capüfs a été slipulée à Vaucelles. Mais le roi d'Espagne ne s’embarrasse point de ses promesses. € Forgeant de jour en Jour nouvelles difficultez », il va bientôt jusqu’à exiger le paiement d'énormes rançons, et ce n'est qu'après mille retards qu'il se décide enfin à remplir ses engagements. Et