‹ Charles de MarillacChapitre 142 sur 200 · Forneron, Les Ducs de Guise, t. 1, p · texte numérisé non relu

Forneron, Les Ducs de Guise, t. 1, p

3. Bouchet, Annales d'Aquitaine, p. 662-663. — Froude, History of England, t. VI, p.8.

faire valoir en faveur de sa cause, — incursions du duc d’Albe sur le territoire pontifical, entreprises des Espagnols sur les places du roi de France, espionnage sur ses fronüières, — aucun pourtant n’eût décidé Henry IT à dénoncer la trêve, si des raisons d’un tout autre ordre ne l'y avaient déterminé. Ces raisons sont les seules sur lesquelles Marillac se taise ; seules cependant elles pesèrent dans la balance. L’espérance caressée par Henry IT de triompher plus aisément de l'Espagne, en attaquant Philippe IT au moment où son père venait de se retirer brusquement de la lutte ; le désir de s'emparer du royaume de Naples, objet séculaire de nos convoitises, telles furent, à n’en pas douter, les causes réelles qui amenèrent la France à rompre Jes conventions de Vaucelles. Pendant son séjour en France, Carafa, on l’a vu, n'avait fait qu'aviver cette espérance et ce désir. Et lorsque Marillac en appelle aux trahisons des Espagnols, à leurs ténébreux agissements, ce n'est que manière de couvrir son gouvernement, en rejetant sur l'ennemi l'odieux d’une rupture qui n’était imputable au fond qu'à nos desseins ambitieux. Il invoque contre les Espagnols les menées et les ruses de leurs espions. La France était-elle sur ce point à l'abri de tout reproche ? N’acceptons pas de même, sans en beaucoup rabattre, le récit de la surprise tentée sur Metz, surprise que Philippe IT désavoua d’ailleurs formellement. Un des faits avancés par Marillac peut paraître, 1l est vrai, concluant : c’est l'attitude hostile du due d’Albe à l'égard du Saint-Siège notre allié. Mais le roi de France aurait-il vu à un casus belli, si les avantages promis par le Pape à celui qui prendrait sa protection avaient été moins tentants ?

En résumé donc, le « discours » de Marillac demeure au fond un pamphlet, pamphlet dont l’unique mérite est,

comme nous le disions tout à l'heure, de défendre victorieusement en apparence une cause en réalité indéfendable. Nous allons voir d’ailleurs que ces projets belliqueux. : dont la France escomptait déjà le succès, ne devaient lui causer finalement qu'amères déceptions et cruelles désillusions. Pendant l'ambassade dont 1l fut chargé à Rome l’année suivante, Marillac put assister en particulier à l’un des plus lamentables épisodes de la nouvelle lutte, dont Henry Il venait d'assumer si légèrement la lourde

responsabilité.

Les négociations franco-papales relatives à l’expédition du duc de Guise en Italie.

Ce fut dans les derniers jours de décembre: 1556, que l’armée française, chargée d'opérer au delà des Alpes, fit son entrée en campagne, sous les ordres du duc François de Guise. Comme le Roi s’y était engagé, elle comptait 12,000 fantassins et 1,200 cavaliers. € Guise parvint rapidement à Turin. L'occupation du Piémont par les troupes du maréchal de Brissac diminuait sensiblement les difficultés ordinaires d’un passage des Alpes. L’heureux général n’eut à surmonter que les obstacles naturels, au heu d’avoir à lulter encore, comme tant de ses devanciers ou de ses successeurs, contre une armée maîtresse des passages et des débouchés. A Turin, il fit sa jonction avec Brissac. Une partie de ses troupes descendit le PÔ sur des barques et ne rencontra quelque résistance qu'à Pontoscuro, où la garnison d’un petit fort bâti par les Espagnols essaya de se défendre. Avec le reste de son armée le Duc passa le fleuve à Casale et marcha droit sur Valenza, qui se rendit après quelques jours de siège. Là, les deux généraux français, qui jusqu alors avaient agi de concert, se séparèrent. Brissac regagna le Piémont, tandis que Guise, par le Placentin et le Parmesan, se dirigeait sur Reggio,

où il était attendu par le duc Hercule de Ferrare, son beau-père, et par le cardinal Carafa'. » Il y entrait les premiers jours de 1557.

Au moment cependant où les troupes d'Henry IT étaient prêtes à commencer l'attaque, bien des questions restaient irrésolues entre les allés, bien des difficultés demeuraient pendantes dans le règlement de leurs conventions.

La première, et l'on peut dire la plus importante de toutes, avait trait à l'adoption d’un plan de campagne en ltalie. Le croira-t-on, l’armée française venait de passer les Alpes, et l’on en était encore à se demander de quel côté il valait le mieux attaquer la puissance espagnole dans la péninsule. Était-ce au nord dans le Milanais et la Toscane, ou au midi dans le royaume de Naples que devaitse porter l'effort des alliés? A la veille des premiers combats, ce point restait encore incertain.

Ce singulier retard avait sa raison d’être dans l’excessive précipitation qui avait présidé au renouvellement de lalliance franco-papale. Lors du voyage du cardinal Carafa en France, les alliés avaient décidé, on l’a vu, de reconstituer leur union sur la base de leurs premières conventions de 1555 et ils n'avaient même pas pris le temps de s’assurer si ces conventions répondaient bien à toutes les nécessités de l'heure présente. De ce fait étaient aussitôt résul-

1. Duruy, Carlo Carafa, p. 217. — Cf: « Le partement de M. de Guise en Italie. » (Michaud. op. cit., p. 260-261.) — Mémoires de la Chastre. Coll. Petitot, série I, t. 32. — Cette réunion à Reggio avait été préparée par le duc de Guise, « Et d'’aultant que je suis adverty que le Cardinal Caraffa me vouldroit bien voir avant son retour à Rome (le Cardinal avait été à Venise solliciter l'alliance de la République), il me semble debvoir envoyer le sieur de Fourquenvaulx vers luy de ma part le visiter et le prier que je le puisse veoir en ung lieu ou Monsieur le Duc de Ferrare se puisse aussy trouver pour conférer ensemble de toutes choses. » (Lettre de M. de Guise à MM. de Selve et Lansac escripte pendant le voyage d'Italie, s. d., Michaud, op. cit., p. 265.)

tés les embarras les plus graves. Lorsque, très peu après le départ du Cardinal, s'était posée cette question capitale du plan d'opérations, l’on s'était aperçu qu'elle n'avait point été réglée en 1555; les circonstances, disait le traité conclu à cette date, devaient seules au dernier moment en décider! Or le dernier moment était arrivé, il fallait prendre parti, difficulté d’autant plus sérieuse qu'une opposition très marquée n'avait pas tardé à se manifester à ce sujet entre les projets de la France et ceux du Saint- Siège. Des négociations, bientôt entamées, n'avaient point encore abouti à une entente, lors de l’arrivée du duc de Guise en Italie.

C'est qu'il était malaisé de concilier des avis aussi différents que ceux du Pape et du roi de France. L'un voulait commencer la campagne au midi, l’autre au nord, et aucun moyen terme n'avait pu encore être accepté.

La cour de Rome ne dissimulait pas son désir de voir s'engager l’action dans le royaume de Naples. De ce côté en effet les États Pontificaux paraissaient le plus sérieusement et le plus immédiatement menacés. Après une marche triomphante à travers les possessions du Saint- Siège, le duc d’Albe, vice-roi de Naples, s'était emparé d’Anagni et d'Ostie”, et, s’il venait d'accepter une trêve de 40 jours”, 1l était facile de prévoir que, ce terme passé, Rome serait de nouveau exposée aux plus grands périls. À celte occasion d’ailleurs, l'intérêt personnel, ce puissant mobile de l'existence tout entière de Carafa, parlait aussi

1. « La guerre devra commencer dans le Royaume de Naples ou en Tos- Cane... Si les circonstances viennent à changer et s'il devient opportun de faire la guerre en Lombardie... » (Articles XI et XIT du traité, dans Duruy, Carlo Carafa, p. 80.)

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