Jbid., p
2. Du Roi à M. de Selve, 23 novembre 1556. (Ribier, t. II, p. 670.)
tôt que les troupes françaises, descendues dans le midi de l'Italie, seraient aux prises avec le duc d’Albe, Cosme devait mettre bas le masque etenvahir les États Pontificaux:. Prise dès lors entre deux redoutables adversaires, l’armée d'Henry Il ne ferait une retraite honorable qu’à la condithon de renouveler l’héroïque fait d'armes de Fornoue. Pour parer à cette éventualité, 1l fallait donc avant tout s'assurer du nord de l'Tialie, du duc de Florence en particulier, et prévenir ainsi les entreprises d’un ennemi déloyal.
Ce premier différend entre la France et le Saint-Siège élait à tous égards infiniment regrettable, mais du moins s’expliquait-il. Le traité de 1555 restant muet sur la queston du plan de campagne, chacun des confédérés demeurait hbre, en effet, de défendre sur ce point ce qu'il pensait être le meilleur parti. Que la France déplorât à ce sujet l'aveuglement du Saint-Siège, rien de plus naturel. Toutefois elle ne pouvait faire un crime à son allié d’avoir un avis différent du sien sur une question que laissaient entière les conventions antérieures.
Ce qu'il était possible d'exiger en revanche, c'était le respect absolu de ces conventions sur tous les points qu'elles réglaient expressément. Au Saint-Siège, aussi bien qu à la France, elles imposaient des charges rigoureuses, indiscutables, auxquelles 1l était difficile sans mauvaise foi de se soustraire. Il ne pouvait s’agir ici d'invoquer le silence des traités, n1 de prétendre y suppléer chacun à sa manière. La France, pour sa part, n'avait point hésité à accomplir scrupuleusement tous ses engagements. Au jour dit, son armée était prête ; au jour dit, une
1. De l'évêque de Lodève au Roi, de Venise, 4 février 1557. (Ribier, t. Il, p. 677.) — Du Cardinal de Tournon au Roi, 27 février 1557. (Michaud, op. cit., p. 336.)
306 CHAPITRE XIL
contribution de 300,000 écus était déposée par elle dans le trésor de la Ligue. Et au contraire, le Saint-Siège semblait vouloir au même moment s'affranchir des obligations qu'il avait acceptées. Si peu nombreuses que fussent ces obligations, deux du moins étaient formelles. Le Pape devait tout d'abord prononcer dès le début de la campagne la déchéance de Philippe IT comme roi de Naples et investir de cette dignité le duc d'Orléans, second fils de Henry Il’: il avait été entendu d’autre part que le Saint- Siège subviendrait aux charges pécuniaires de la campagne par un premier versement de 150,000 écus, ensuite par de nouvelles et régulières indemnités.
Or, au commencement de 1557, ces deux engagements se trouvaient arrivés à terme sans que, — chose singulière, — le Ponüfe parûüt s’en inquiéter le moins du monde. Les troupes françaises étaient sur pied, les armements étaient terminés, les derniers préparatifs achevés, el la Cour romaine n'avait pris aucune part à l’œuvre commune. Et si l’obstination du Pape à défendre un plan de campagne injustifiable compromettait gravement le succès des futures opérations, les longueurs, qu'il apportait à l’exécution des traités, n'étaient pas d’un moins ficheux augure pour l'avenir.
Les choses en étaient à et rien ne laissait prévoir le dénoûment de telles difficultés, lorsqu'arriva à la cour de France une nouvelle qui, bien à propos, vint y relever les espérances et les courages. Dans les premiers jours de janvier 1557, le Pape informait Henry II de la possibilité de gagner à la Ligue un nouveau partisan, le duc de Florence; 1l s'offrait en même temps à tenter dans ce but une démarche auprès du prince ?.
1. Duruy, Carlo Carafa, p. 79-83, pussim. 2. « Instruction à l’Archevesque de Vienne s’en allant ambassadeur
Est-il besoin de dire avec quelle satisfaction notre gouvernement accueillit cette proposition? Certes bien peu d’alliances devaient à cette heure nous sembler plus désirables que celle des Médicis. En obtenant l'amitié de cette puissante maison, nous privions le roi d'Espagne du plus ferme soutien de sa politique dans la Péninsule et nous assurions du même coup peut-être le succès de l’expéditon d'Italie. Mais, parmi tous les avantages que pouvait offrir cette union, un surtout apparaissait très vivement à Henry IT : l'adhésion du duc de Florence à la Ligue franco-papale, c'était la solution inattendue du désaccord, qu'avait suscité entre la France et le Saint-Siège la question du plan de campagne le plus sage à adopter en [talie. La crainte d’une attaque inopinée de Cosme de Médicis, telle avait été, l’on s’en souvient, la raison capitale mise en avant par Henry Il, pour jusüfier son opposition aux désirs du Saint-Siège et se refuser à l’envahissement du royaume de Naples. Si donc le duc de Florence devenait notre allié, toute cause de conflit se trouvait par à même écartée entre la France et la cour de Rome.
Cependant le temps pressait, et il importait d'aller vite en besogne, si, avant les premières hostilités, l'on voulait négocier l'alliance inespérée qui se présentait. Le Pape offrait d'intervenir auprès du Duc, mais 1l ne pouvait agir avant de connaître les intentions de la France. Dans le même message qui contenait sa proposition, le Sant-Père priait donc très instamment le roi de France de l'informer au plus tôt de ses résolutions, des conditions auxquelles il agréerait les services du Médicis, du prix enfin dont il était disposé à les payer”.
à Rome. » (Bibl. Nat., fs. Dupuy, vol. 745, fol. 195 ro.) Cette instruction
est du 20 janvier 1557.
1. Giacomo Soranzo, ambassadeur de Venise en France, au Doge et au
Ce fut M. de Marillac qui reçut mission d'aller porter à Rome les réponses du gouvernement français. Il avait charge d'accepter au nom de son maître les offres du Saint-Siège et devait en même temps, de concert avec le Pape et le cardinal Carafa, régler tous les détails de la négociation qui allait s'ouvrir. € Le Roy, disait l'instruction, ayant entendu... que le Pape désyroit grandement que le Duc de Florence entrast en la Saincte Ligue et fust du party du Roy, a bien voulu depescher Monsieur de Marillac pour aller en diligence devers Sa Saincteté communicquer avecques elle sur ce poinct et conclure ce qu'il appartiendra‘. » Certes le duc de Florence « avoit plus d’une fois donné cause à la France d’estre grandement indignée pour l’ayde, faveur et assistance qu'il avoit donnée aux Impériaulx ses ennemis” ». Si juste néanmoins que fût son ressentiment, Henry IT consentait à le sacrifier à l'intérêt général de la Ligue. L'occasion qui se présentait était en effet € trop grandement importante », pour qu'il pût être question de la négliger. Le Roi souscrivait donc à l'offre faite par le Sant-Père d'intervenir auprès de Florence, « estant délibéré entendre à toutes honnestes ouvertures de party qui se pourroient concilier avecques l'honneur* ». Et comme preuve de ses bonnes dispositions, 1l autorisait le Pape à mettre en avant le mariage de la troisième fille de la maison de France avec l'héritier de Florence. Si cet honneur même ne semblait pas suffisant au Duc, & le Roy condescendroit jusqu’à ce poincet de bailler Madame Ysabelle, sa fille aisnée ». Au surplus il donnait plein pouvoir
Sénat, Paris, 6 février 1557. (Calendar of state papers ; Venetian; (1556-1557), lettre n° 810.
4. {Instruction à l'archevéque de Vienne. (Bibl. Nat., fs. Dupuy, vol. 745, fol. 195 ro.)