Jbid., p. 333-334, passim
France et notre ambassadeur ne craignit point de le faire entendre très énergiquement au Saint-Père. Il fallait au contraire, il le déclara, être au plus tôt fixé sur les sentiments des Médicis; le moment était venu pour le Saint- Siège d'exécuter: les promesses que, sur ce point, il avait faites. Marillac demandait donc qu'un ambassadeur fût chargé sans retard par le Saint-Père d'aller porter à Florence les offres des alliés. Devant d’aussi pressantes instances le Pape dut s’exécuter. Le même jour (25 février), Francesco Villa, gentilhomme de la Cour pontificale, partait pour la Toscane”.
Dans la même dépêche, qui contient le récit de tant de difficultés, Marillac ne cherche point à dissimuler la gravité de la situation. Les singulières hésitations du Pape lui inspirent les craintes les plus vives sur l'issue de cette négociation de Florence dont on se promettait naguère l'heureux résultat. Pour que le Pontife abandonnât ainsi brusquement un projet dont il avait été l’inspirateur, dont son neveu exposait les avantages, 1l y avait encore peu de jours, il fallait qu'un événement inattendu fût venu subitement modifier l’état des affaires. Cet événement, quel était-119 Notre ambassadeur ne vit qu’une supposition possible. La cour de Rome avait dû recevoir tout récemment de mauvaises nouvelles de Florence ; à la dernière heure sans doute des avis éclairés étaient venus désabuser le Saint-Père sur les sentiments qu’il avait jusque-là prôtés au duc de Florence, et cette alliance des Médicis, qu'il s'était fait fort d'obtenir, lui était apparue alors comme décidément compromise. Le temps lui avait manqué pour informer le Cardinal, absent de Rome, de cette déplorable surprise, et c’est ainsi seulement que pouvaient à la fois
1. « Addition à la lettre du Ray du 26 février 1557. » (Ibid., p. 335.)
s'expliquer et la brusque volte-face de la politique romaine et les déclarations contradictoires de l'oncle et du neveu’.
Ces hypothèses de Marillac étaient d’ailleurs appuyées sur des faits. & Sire, écrivait l'ambassadeur, par tout ce qui se peut descouvrir et juger, il y a bien peu d'apparence que ce Duc de Florence se rallye à vostre party. » Ses principales forteresses sont aux mains des Espagnols, et jusqu’à ce jour il n’a point paru vouloir les en chasser. Il en renforce seulement les garnisons avec des secours qu'il fait venir d'Allemagne, et récemment sont arrivés en Toscane 4,000 hommes et 500 chevaux. D’énormes approvisionnements s'accumulent dans ses places fortes, et il complète l'armement et la défense de son territoire sur tous les points où 1l peut avoir à redouter une attaque de l'extérieur. Au surplus, sa femme, € impériale aultant qu'on scauroit penser et audacieuse à merveille », garde, paraïit-il, tout son ascendant sur lui, et € ces considérations joinctes ensemble font à peu près estimer qu'il n’est pas pour se despartir bientost de l'Empereur et Roy Philippes ».
L'on objecte, 1l est vrai, continuait Marillac, que Cosme a semblé dernièrement accueillir très favorablement les premières avances du Saint-Siège. Mais qui peut dire si ces bonnes dispositions, dont le Duc a fait parade, ne recouvraient pas quelque habile stratagème? En feignant d'entrer dans la Ligue, n’a-t:1l pas eu seulement dessein d’effrayer Phihppe IT et de se faire ainsi payer plus cher par l'Espagne ses services et son alliance ? Encore maintenant, il fait publier partout que la France le recherche et qu'il pourrait certes prendre le parti du Roi & avec honnestes et grandes conditions ». Les lettres des marchands de Paris, de Venise, de Lyon ne font bruit que de l’arrivée en Italie d'un