Ibid
3. De Marillac au Roi, 10 mars 1557. (Bibl. Nat., fr. 20442, fol. 187 vo.)
4. « Sommaire de la légation. » (Bibl. Nat., fs. Dupuy, vol. 745, fol. 203 r°.)
génie du Pape. Certes il ne perd pas une occasion de se confondre auprès de nos ambassadeurs en protestations de dévouement. Mais sa sympathie est suspecte, car elle est avant tout subordonnée à ses intérêts. « Ce sont bien là en effet les artz et les traitz de ceulx de ceste nation, lesquelz, quelque chose qu'ilz dyent et qu'il: promettent, ne se meuvent jamais synon en lant que cela tourne à leur advantaige'. » En réalité, par ses & artifices », Carafa se trouve aujourd'hui responsable de toutes les difficultés qui se posent entre la France et le Saint-Siège. Malgré ses promesses, il refuse d'approuver une campagne en Toscane. Il exige que l’armée française dirige au plus tôt ses eflorts vers le royaume de Naples. Est-ce une idée politique, un sentiment désintéressé qui le guide? Non, c’est uniquement le souci de la grandeur de sa maison. Bien peu lui importe que ses projets heurtent de front les intérêts de la France, qu'ils préparent peut-être un terrible échec à notre armée. Il a les yeux fermés à l'évidence sur toute autre chose que & l’exaltation de sa maison ».
Du moins, puisqu'il souhaite si ardemment cette conquête du royaume de Naples, devrait-il dans ce but prêter son concours à la France. Qui donc pourtant, sinon lui, empêche la Commission nommée par le Pape d'accorder enfin au duc d'Orléans l'investiture des Deux-Siciles et de proclamer l’indignité de Philippe IE? C'est que, si en ce moment le Cardinal est l’ami de la France, il entrevoit déjà peut-être le jour où ses intérêts lui commanderont d’être celui de Philippe Il. Dès lors 1l voudrait éviter de rompre irrémédiablement et solennellement avec le roi d'Espagne. « Il mect en teste au Pape que proceddant à
1. De Marillac au Connétable, 16 mars 1557. (Bibl. Nat., fr. 20644, fol. 120 vo.)
la privation du Roy Philippes, il l'offenseroit si avant qu'il n'y auroit plus d'espérance de réconciliation . l» Et si l'armée française était défaite, ne regretterait-il pas de ne s'être ménagé aucun moyen de rentrer en grâce auprès du vainqueur? & Il y a bien des gens qui accusent ce Cardinal d’avoir le pié en deux estriers”® » et de servir deux maîtres. Du moins en changeraitl, peut-on croire, Sans hésitation le jour où son intérêt le lui conseillerait. « En tems de prospérité, Sire, écrit Marillac à Henry Il, les Caraffes vous seront amys onéreux et.en tems d'adversité serviteurs suspects, veu que la seule considération, qui les meuvent à se dire vostres, est le fruict qu'ilz espèrent de R, lequel cessant, 1l n’y a fondement qu'on se puisse dire bien asseuré de leur costé*. »
Mais là peut-être où ses neveux, et surtout el toujours le Cardinal, ont le plus abusé de la bonne foi du Pape, c'est sur le fait de la contribution de guerre due par le Saint-Siège. & Le Pape est ung homme qui n'entend la conduite des affaires d'Estat qu'en gros comme philosophe et non par là même en politique expérimenté, comme à dire qu'il faut faire l'entreprinse de Naples, comme estant la teste des Estats que l'Empereur tient en Italie: qu'il y convient mener grosse armée et grant nombre d’artllerye : que pour n'estre diverty 1l convient avoir grandes forces en Allemagne et en la Toscane... : que M. le Mareschal de Brissac doibt faire grant effort en Piémont pour tenir les forces de l'Empereur occupées : qui sont en substance des maximes que tout homme de quelque sens peut discourir et trouver bonnes ; mais cependant le Sainet-Père ne parle
1. « Sommaire de la légation. » (Bibl. Nat., fs. Dupuy, vol. 745, fol. 201 vo.)