Compte rendu de Marillac(Ibid., fol. 205 vo
k. Tbid., fol. 207 r°.
L'armée, disait-on, il est vrai, ne pourrait vivre en Toscane. Mais ceci demandait à être prouvé. M. de Monluc se faisait fort au contraire de pourvoir à l’entretien des troupes pendant quatre ou cinq mois, en attendant l’époque des récoltes. Quant aux chevaux, l'herbe qui serait bientôt grande devait suffire à en nourrir le plus grand nombre. Les autres seraient laissés en garnison dans les villes des États pontificaux, jusqu'au moment où on en aurait besoin. De ce côté encore par conséquent toute objection demeurait sans portée !.
Au surplus, comme Marillac le fit observer très habilement en terminant, cette campagne en Toscane, à laquelle la cour de Rome 5e déclarait si hautement hostile, n'avait pas toujours suscité de sa part une aussi vive opposition. Et notre ambassadeur, rappelant les déclarations qu'à Bologne lui avait faites le cardinal Carafa, en demanda très énergiquement compte à ce dernier. Carafa avait alors affirmé, — la chose était indéniable, — que si le duc de Florence refusait les avances des alliés, un seul . parti resterait à prendre, celui de l’attaquer au plus tôt. L'hypothèse, que prévoyaient ces paroles, se réalisait aujourd'hui. D'où venait donc f’étrange revirement qui se produisait dans les sentiments du Cardinal*?
Malgré tout, aucune des représentations de notre ambassadeur ne trouva, — et ne pouvait d’ailleurs trouver, — favorable accueil auprès des ministres pontificaux. En dépit de tous les efforts des représentants de France, le Cardinal refusa formellement de rien abandonner de ses prétentions. € Répétant et réphcquant ce qu'il avoit dict, il s’obstina entièrement sur les parolles du traité, ‘sur l'occupation des terres de l'Églize, sur la descente que le
A UJDia., 101. 208 V0 2. Ibid., fol. 206 ro.
Le] +2
duc d’Albe feroit dans les Estats pontificaux et le dommage qui en résulteroÿt, l’armée estant occupée ailleurs’. » La France affirmait sans doute qu’à ce dernier point de vue l’on avait tout autant à craindre de Cosme que de l'Espagnol, et que l’un aussi bien que l'autre n'hésiterait pas à faire irruption sur les possessions du Saint-Siège, aussitôt qu'il les saurait sans défense. Mais tel n’était point l'avis du Cardinal. Selon lui, le duc de Florence était surtout jaloux de sauvegarder son état et & il debvoit penser plus à la conservation d'icelluy qu'à une invasion sur les terres de l'Églize ». C'était d’ailleurs un prince indécis, pusillanime, et les forces, que M. de Monluc commandait dans le Siennois, devaient suflire à le tenir en respect et « à le garder de s’oublier* ».
Quant aux déclarations, qu'il avait faites à Bologne, le Cardinal, avec le plus parfait sang-froid et la plus admurable audace, s'en excusa en disant simplement « qu'alors il parloit par forme de discours et maintenant par forme de conclure, puisque la nécessité y estoit telle ». Les opinions, ajouta-t-1l, étaient commandées en somme par les événements et les subits revirements de la politique pouvaient suflire à jusüfier une affirmation téméraire.
Carefa termina en posant ce très net ultimatum : ou l’armée française s’engagerait sans retard dans le royaume de Naples, ou la ligue franco-papale serait considérée comme rompue et le traité de 1555 comme non avenu.
Devant une pareille mise en demeure, M. de Guise demanda réflexion jusqu'au lendemain. Le soir même, ayant réuni MM. de Selve et de Marillac, M. de Monluc, le maréchal Strozzi et le duc de Somma, il tint avec eux
1NTbra.