Ibid
vers l'Italie, l’armée française n'avait point eu seulement pour objectif la défense des États Pontificaux. Elle s'était arrêtée au siège de Valenza: elle avait été employée en Piémont. Et ne serait-il point étrange que le Saint-Siège eût à supporter les frais d’une campagne préliminaire, faite tout au profit de la France, et dont il n'avait retiré aucun avantage D’.
Telle était la bonne foi pontificale. Et nos ambassadeurs ayant fait observer au Cardinal que les traités pourtant étaient formels, qu'ils spécifiaient nettement l'obligation dont le Saint-Siège prétendait s'affranchir, Carafa déclara qu'il estimait au contraire avoir pour lui les conventions antérieures. Îl en ressortait très clairement, selon lui, que € le Roy avoit prins la protection du Pape, sans que pour cella celluy-ci dust contribuer à aulcune chose, avant que l’armée fust passée en ces quartiers? ».
Toutefois devant l’unanime protestation des nôtres, le Cardinal comprit qu'il ne pouvait soutenir plus longtemps une pareille prétention. Changeant alors de tactique, il en vint à adopter une situation beaucoup plus solide. Oui, le Saint-Père se reconnaissait débiteur envers le Roi d’une partie des frais occasionnés par l'armement et le passage en Italie des troupes françaises. Seulement du chef des préparatifs de guerre faits sur son territoire, de la mise en état de siège de ses places, le Pape, lui aussi, avait fait face à des dépenses considérables et pour lesquelles à son tour 1l demandait la coopération d'Henry IE. La cour de Rome se trouvait avoir ainsi vis-à-vis de la France la double qualité de créancière et de débitrice. Il fallait donc tout d’abord établir le montant de sa dette et celui de sa
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créance : ensuite l’on « useroit de compensation », l’on ferait la balance, et si alors une différence était constatée à son détriment, le Pape s’en acquitterait sans retard. « Mais, écrit Marillac, ilz auront soin de grossir en telle façon le caier des fraiz faictz par eulx, qu'ilz ne debvront plus riens”. »
La diplomatie était vraiment, on le voit, transportée sur le terrain de la procédure et de la chicane. Et lassés par tant d’arguties, découragés par tant de mauvaise foi, nos représentants se décidèrent à en passer par où le voulait le Cardinal. L'on convint donc (d'en venir promptement à compte », et d'opérer sans retard la liquidation, «ce qui ne se passera pas sans grandes diflicultez, écrivait Marillac, veu le peu de bonne volunté qu'ilz ont de paier. » Sur le fait des deniers, aussi bien que sur la question du plan de campagne, c'est en réalité au Saint-Siège que demeurait l'avantage.
Et il sut le garder enfin sur le troisième point qui avait fait l'objet des négociations. Marillac dut en effet quitter Rome, sans avoir pu obtenir contre Philippe IT cette sentence de déchéance qu'il avait si souvent et si inutilement sollicitée. L'on se souvient des dernières promesses que le Pape avait faites à ce sujet à nos ministres, et de l'engagement qu'il avait pris de donner satisfaction à leurs désirs. Et en effet à ce moment la question avait paru devoir être bientôt décidée. La veille du jour des Rameaux, en plein consistoire, le Pape avait semblé en vouloir ( venir à la conclusion. » «Parlant du filz de l'Empereur, écrit Marillac, 1l l’a nommé jadis Roy d'Angleterre et d'Espaigne, et aprez l'avoir appelé scismatique, hérétique et sans religion, 1l a adjousté qu'il estoit tems de faire