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Tome 2. H. de la Ferrière, Amour mondain, amour mystique, p

ments de son fils, sa fureur, lorsque ce dernier lui déclare qu'il ne se parjurera jamais vis-à-vis de Jeanne, en sont les premiers épisodes. Le Connétable n’entend sous aucun prétexte sacrifier à de vains sentiments la fortune de sa maison et l'honneur d’une union royale, et, toutes les instances restant inutiles auprès de l'amant de Jeanne, 1l se décide à user de rigueur. Il arrache au Roi l’ordre de faire comparaître les deux fiancés devant un tribunal d'évêques et de conseillers de la Couronne. Le cardinal de Lorraine, Mathieu de Longuejoue, évêque de Soissons, Charles de Marillac, évêque de Vannes, Jean de Morvilliers, évêque d'Orléans, André Guillard, seigneur du Mortier, Pierre Séguier, président du Parlement de Paris composent la commission devant laquelle sont cités Jeanne et François. La sentence n'est pas douteuse. Le Roi l’a dictée d'avance aux juges. Ceux-ci, pour obéir au souverain, condamnent les fiançailles comme clandestnes. Jeanne est, sur leur ordre, enfermée au couvent des Filles- Dieu. Les deux amants étant ainsi séparés, le Connétable enjoint à son fils d'aller au plus tôt à Rome demander au Pape l'annulation de ses promesses (oct. 1556), et François, qui faiblit déjà, se conforme aux exigences de son père. Il part pour l'Italie et, une fois arrivé à Rome, il oublie décidément ses serments. Il exprime bientôt son repentir au Connétable et lui promet de ne rien négliger pour obtenir du Saint-Père la sentence d'annulation qu’il est venu solhoiter .

C'est alors que Marillac se trouve une seconde fois mêlé à ces lamentables événements. Parti au commencement de novembre 1556, François de Montmorency, mal-

1. Zbid., p. 16-24. — Decrue, Anne de Montmorency... sous Henry II, p. 180-182. — De Ruble, Francois de Montmorency, dans les Mémoires de la Soc. de l'hist. de Paris, t. VI, p. 200.

gré sa bonne volonté, attendait encore à la fin de janvier 1557 une réponse favorable du Saint-Siège. A cette date Marillac quittait la France pour se rendre à Rome, on a vu à quelle occasion. Ayant fait partie de la commission d'enquête qui avait jugé les deux amants, l'ambassadeur devait connaître mieux que personne le fond de l'affaire. En dehors de sa charge officielle, il reçut donc très naturellement mission secrète et confidentielle d'appuyer auprès du Pape les démarches de l'héritier du Connétable. Comment s’acquitta-t1l de cette mission? Très loyalement semblerait-1l d'après ses lettres. Dès le 16 mars, il écrit à Montmorency € qu'il ne partira de Rome avant de savoir la dernière résolution du Saint-Père », et il encourage le Connétable à ne se désister sous aucun prétexte de sa demande’. Un mois plus tard, alors que François de Montmorency a abandonné l'Italie. découragé, Marillac s'occupe encore, à l'entendre, & du propos de la dispense ». Il à en personne, écrit-1l, insisté auprès du Saint-Père, 1l lui a longuement exposé les raisons qui justifient la requête de la cour de France. ( Jay remonstré à Sa Saineteté, Monseigneur, mande-t-1l au Connétable, comme les deux partys, interrogez..…. par les seigneurs depputez de la part du Roy,... avoient confessé que leurs promesses n’estoient que parolles entre elles prononcées sans intervention de tesmoings ny d’aulcun ministre ecclésiastique et contre le sceu et gré de leurs parens :... ce que Je dis à Sa Saincteté pour tesmoigner que c'estoil une promesse clandestine, réprouvée de Dieu et des hommes”. » Toutes ces représen-

4. De Marillac au Connétable, 16 mars 1557. (Bibl. Nat., fr. 20614, fol: 120v°0.)

2. Du même au même, 47 mai 1557. (Bibl. Nat., fr. 20460, p. 131-132. — Voir aussi la lettre du mème au même, du 15 avril 1557. (Bibl. Nat., fr. 20442, fol. 193 r° et vo.)

tations n’ont pu triompher, il est vrai, du mauvais vouloir du Pape: mais la faute n’en doit certes point être rejetée sur l’ambassadeur, qui, en cette occasion comme en toute autre, a fait ce qui dépendait de lui pour bien servir le Roi et le Connétable..

Ces protestations étaient-elles sincères? On n’a pour en douter que des présomptions. Ce furent dans tous les cas ces présomptions que les ennemis de Marillac firent valoir auprès de Montmorency, pour aggraver le ressentiment que le Connétable nourrissait déjà contre lui. Depuis plusieurs mois, disaient ces € calomniateurs », l'archevêque de Vienne ne dissimulait plus ses sympathies pour la maison de Guise, et l'affaire de la dispense était venue bien à propos lui fournir l’occasion de prouver son dévouement à ses nouveaux maîtres. Ceux-ci, jaloux de voir le fils de Montmorency sur le point d'entrer dans la famille royale, avaient juré de s'opposer par tous les moyens au glorieux avenir que son mariage avec Diane de France réservait au Jeune homme’. Ils avaient facilement décidé Marillac, &« leur serviteur », à entrer dans leurs vues. Pour faire ajourner l'union rêvée par le Connétable, 1l suffisait d'empêcher la prononciation de la sentence pontificale qui devait rendre libre François de Montmorency. C’est à quoi l'archevêque de Vienne s'était, sans aucun doute, employé, pour complaire à ses protecteurs. À lui, sans aucun doute, était imputable l'échec de Montmorency à Rome. Au lieu de servir loyalement les intérêts qu’on lui avait confiés, il avait cédé à de perfides inspirations et, «€ par les pires offices, avoit travaillé à envenimer l'affaire ».

Qui faut-il croire de Marillac ou de ses accusateurs ? La réponse est bien difficile. Dans sa lettre au duc de Guise

1. H. de la Ferrière, Amour mondain, p. 21, 42. — Decrue, p- 184.

citée plus haut, Marillac se défend énergiquement contre les soupçons qu'ont fait planer sur lui de € meschans conseillers ». &« Certains ont, écrit-il, imprimé en la teste de Monseigneur le Connestable, que J'avois faict mauvais office en l'affaire de son filz et il en demoure encores fort courroucé contre moy ;.. et loutesfoys je n’y avois jamais pensé ainsy, ains avois usé de tous les offices, dont 1e m'estois pu adviser, pour parvenir à ceste dispense, laquelle estant refusée, 1l faut que j'en porte la peine comme y ayant soubz main donné empeschement, dont Dieu me soyt tesmoing et confonde s'il est ainsy'. » Il y a évidemment dans ces déclarations de quoi nous rendre perplexes. Remarquons d’ailleurs que la lettre où Marillac se disculpe ainsi solennellement est adressée à François de Guise, c’està-dire à l’un de ses prétendus complices. Y reconnaît-on pourtant le langage d’un agent secret rendant compte à son maître de sa mission? N’y faut-il pas voir plutôt la légitime indignation d'un homme injustement accusé ?

Au reste les attaques dirigées contre l'archevêque de Vienne n'eurent point d'aussi graves conséquences que pouvaient l'espérer ses ennemis. Lorsqu'il arriva en effet à la Cour, le mariage de François de Montmorency avec Diane de France était célébré depuis près d’un mois. Las d'attendre la sentence pontlicale, le Connétable avait eu recours pour dégager son fils de ses promesses à des procédés plus expéditifs. Il avait d’abord obligé François à rendre officiellement sa parole à Jeanne * : il avait ensuite obtenu du Roi un édit condamnant les mariages consentis sans l’autorisation des parents des époux. Ainsi avaient

4. De Marillac au duc François de Guise, 18 juin 1557. (Bibl. Nat, fr. 20471, p. 14.) 2. De la Ferrière, op. cit., p. 29-38. — Decrue, op. cit., p. 183-184.

été annulés de plein droit les engagements des deux amants; le jeune duc de Montmorency, rentré en grâce auprès de son père, était devenu le gendre du Ro: et, l’ambition du Connétable une fois satisfaite, son ressentiment contre Marillac en avait été d’autant diminué.

Mais là très malheureusement ne devait pas se borner la mauvaise fortune de l'archevêque de Vienne, et luimême nous apprend qu'il fut exposé, à son arrivée en France, à des accusations plus violentes encore que celles dont les partisans du Connétable venaient de se faire l'écho. Dans la lettre au duc de Guise, déjà plusieurs fois mentionnée, le prélat se plaint amèrement des sanglantes attaques dirigées contre lui. Les uns prétendaient qu'il avait voulu «chasser de son poste » l’ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, pour êlre investi de ses fonctions; d’autres disaient que les négociations francopapales n'avaient autant traîné que parce que le prélat désirait prolonger son séjour à Rome et obtenir le chapeau de cardinal; certains enfin allaient plus loin et affirmaient que Marillac s'était laissé corrompre par la Cour ponuüficale : l’insuccès de sa mission n’avait pas d'autre cause, assurait-on ; dans ce milieu vénal, l’archevêque de Vienne n'avait pas su résister à la tentation et pour un peu d’or avait trahi les intérêts de son pays”.

Quels furent les auteurs de ces & propoz », Marillac ne nous le dit pas et nous n’avons aucun moyen de le savoir. On pourrait penser, il est vrai, que de Selve, représentant ordinaire de France à la Cour apostolique, en fut l’instigateur. On se rappelle en effet en quels mauvais rapports

1. De Marillac au duc François de Guise, 18 juin 1557. (Bibl. Nat., fr. 20471, p. 14.)

MARILLAC A LA COUR É Use)

il vécut avec Marillac, pendant le séjour de ce dernier à Rome, et il semble dès lors naturel de lui imputer la responsabilité des accusations portées contre son collègue. Cette supposition paraît même très vraisemblable quand on apprend que quelques jours après le départ de Marillac, de Selve adressa au Roi contre lui une plainte conçue en les termes les plus âpres ‘. Mais en lisant cette plainte on est forcé de reconnaître que toutes les hypothèses sur les prétendues calomnies de de Selve sont hasardées. Quelque violentes que puissent être les attaques de l'ambassadeur, pas une en effet ne porte sur l'honorabilhité de Marillac, ni sur sa probité d'homme public. C'est à l'homme privé seulement, à son caractère difficile que s’en prend de Selve, et, si l’on peut conclure, nous le verrons, de son mémoire au tempérament irritable, à la nature violente de l’archevèque de Vienne, 1l serait difficile d'y découvrir même une allusion entachant la réputation du prélat et de l'ambassadeur. Ce silence d’un ennemi paraît être d’ailleurs, ajoutons-le, la meilleure jusification de Marillac.

Quoi qu'il en soit, les choses eurent une plus heureuse issue qu'il n’était permis de l’espérer. Admis, comme il nous l’apprend, à présenter sa défense, l’Archevêque dut habilement s’en acquitter, & car le Roy l’oyt humainement et l’admit à purgation ». € Le Roy, écrit-1l au duc François de Guise, a descouvert par le récit que je luy ay faict que les faulses accusations, que l’on avoit répandues contre moy, ne debvoient estre receues, car Je luy ay fidèlement rendu compte de tout ce qui avoit esté négocié... et J'es-

1. Sous ce titre: « Les propoz qui ont esté tenuz entre l’Archevesque de Vienne et de Selve, ambassadeur du Roy à Rome.» —- Le mémoire se trouve dans le ms. fr. 3125, fol. 47, à la Bibl. Nat. Il a été publié dans Cimber et Danjou, Archives curieuses de l'Histoire de France, 1re série, LH

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time avoir faict congnoistre que je ne fuzoncques ny traistre ny déloyal'. » Les Guise n’abandonnèrent pas du reste leur favori et leur crédit, qui grandissait chaque jour, était bien fait pour le mettre à l'abri de tout danger. Le cardinal de Guise surtout s’employa activement en sa faveur et par là se trouvèrent resserrés les liens qui unissaient déjà Marillac à ses protecteurs. « Monseigneur le Cardinal, mandet-il au Duc François, a de sa grâce tesmoigné... de ma fidélité, de quoy je luy demoure infiniment tenu, oultre les précédentes obligations que j'ay receues de vous, Monseigneur, de luy et de tous les vostres. Qui est cause que je ne puys faire de moings que de vous dédyer et vouer mon petit service, lequel je vous supplye, Monseigneur, d'accepter et de retenir d’aussy bon cueur que je vous le présente”. » Un fait prouve d’ailleurs que Marillac rentra bientôt en grâce. L'année suivante, le Roi lui donnait en eflet une nouvelle preuve de confiance en le chargeant d’une importante mission en Allemagne.

1. De Marillac au duc François de Guise, 18 juin 1557. (Bibl. Nat., fr. 20471, p. 15.) 2. Ibid.

L'Allemagne et le traité de Câteau-Cambrésis.

Au moment où Marillac partait pour l'Allemagne, la lutte était enfin près de s’interrompre entre la France, Philippe IT et Marie Tudor. L'épuisement réciproque des pars avait produit ce résultat qu'aucune autre considération n’eût été suffisante à amener. Après la victoire de l'armée espagnole à Saint-Quentin (10 août 1557), et après la prise de Calais (8 janvier 1558), par le duc de Guise, revenu d'Italie, les avantages obtenus parles adversaires s’élaient trouvés être à peu près équivalents. Henry Il avait estimé alors qu'il n’y aurait pour lui aucun déshonneur à demander la paix, et Philippe IT avait accueilli avec empressement ces premières avances. À Cercamp, les plénipotentiaires de la France, de l'Espagne et de l'Angleterre étaient d’abord convenus d’une suspension d'armes (17 octobre-1* décembre 1558). Ensuite devait s'ouvrir à Càteau-Cambrésis une conférence, d'où sortrait, on l’espérait, une entente définitive entre les trois puissances”.

1. Sur les conférences de Cercamp et les préliminaires de la paix de Câteau-Cambrésis, voir Decrue, Anne de Montmorency (sous Henry ID, p. 213-222. — De Ruble, Ze traité de Cäteau-Cambrésis, p. 1-19.

C'est à ces négociations que se rattache indirectement la mission de Marillac en Allemagne. Depuis 1552, il est vrai, l'Allemagne avait cessé de se mêler aux guerres européennes et ses dernières relations officielles avec la France avaient été en apparence des relations d'excellente amitié. Il semblait donc, à première vue, que ses intérêts fussent en dehors de ceux qui allaient être discutés entre les belligérants. Mais à première vue seulement. Et en effet, au commencement de 1559, les sentiments de l'Empire à notre égard s’étaient si profondément modifiés, qu'à juste titre nous pouvions craindre l'intervention hostile de la politique allemande à Câteau-Cambrésis.

On se rappelle le sourd mécontentement qu'avait suscité en Allemagne l'occupation par la France des Trois- Évéchés et combien avait alors paru exorbitant le prix auquel Henry IT avait fait payer son alliance à l’opposition luthérienne. Soigneusement entretenue par Charles-Quint, ensuite par son frère et son successeur Ferdinand IT, ce mécontentement n'avait pas tardé à se manifester ouvertement, et peu à peu cette question des Trois-Évêchés était devenue pour les Princes de l'Empire un thème à perpétuelles revendications. Cette nouvelle attitude de ses anciens alliés avait de bonne heure sérieusement inquiété notre gouvernement; mais jamais peut-être ses appréhensions n'avaient été aussi vives qu’à l’époque des négociations de Câteau-Cambrésis. À cette date en effet les circonstances semblaient sur le point de favoriser les prétentions de l'Allemagne. La lutte, qui s'était prolongée presque sans trêve depuis 1552, était suspendue ; PhihppeIl et HenrylIl s’accordaient à mettre un terme à leur querelle : une conférence allait s'ouvrir qui réglerait les différends du vieux monde. N'était-ce pas à pour l’Allemagne une occasion de fure officiellement valoir ses réclamations ? Ne devait-elle

pas prétendre intervenir elle aussi au congrès de la paix et avoir le droit d'y présenter ses doléances? Ne pouvait-on redouter du moins qu’elle ne fit plaider sa cause par Philippe IL et que ce dernier n’en vint à nous poser, au nom de son oncle Ferdinand, comme condition essentielle d’accord, la restitution à l'Empire des Trois-Évéchés ! ?

Telles étaient les craintes de la France et ces craintes n'étaient pas vaines. Le bruit courait en effet que l’Allemagne élait très décidée à agir dans le sens que nous supposions. Une diète allait se réunir à Augsbourg au commencement de 1559 : l'Empereur luisoumettrait, disait-on, son dessein de faire exposer à Câteau-Cambrésis les revendications de la Germanie et l’état général des esprits rendait probable une réponse favorable de l'assemblée *. Dès lors aux difficultés, pourtant si nombreuses, que laissaient présager nos prochaines négociations avec Philippe IF, viendrait s'ajouter un nouvel élément de discorde, qu'il serait peut-être malaisé d’écarter.

En cette occurrence, la politique française déploya la plus louable activité. La difficulté se posait nettement : il fallait empêcher à tout prix l'intervention de l'Empire à Câteau-Cambrésis, et ne point permettre que la question des Trois-Évêchés y fût présentée au cours des discussions. Pour y parvenir le roi de France usa d’une double et très habile manœuvre.

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