Decrue, Anne de Montmorency, p
2. Voir l'instruction délivrée à MM. de Marillac et Bourdillon, ambassadeurs en Allemagne, analysée plus bas. (Michaud, Mém. journ. du duc de Guise. Nouv. Coll. de mém., 1re série, t. VI, p. 395-398.) — Voir aussi plusieurs lettres postérieures du Roi à ses ambassadeurs, et des ambassadeurs au Roi (/bid., p. 40%, 407, 408, 410): — le « Sommaire de la négociation d'Allemagne » par Marillac (Bibl. Nat., fr. 3101, p. 244-245); — l'instruction au sieur Rascalon « de ce qu'il aura à faire en Germanie pour le service du Roy où il est envoyé par sa Majesté », le 24 novembre 1558.
(Ribier, t. Il, p. 772-774.)
Il interdit tout d’abord à ses représentants à Câteau- Cambrésis de consentir sous aucun prétexte € à traitter avec Les Espaignols du faict des T rois-Évêchés ». Ce point, — nos envoyés avaient charge de le déclarer, — était indépendant de la rivalité de la France et de l'Espagne. Les négociations, qui allaient s'ouvrir, devaient porter sur les différends de Henry IE, de Philippe IT et de l'Angleterre : aucune autre nation n’était autorisée à s’y mêler. Il y avait six ans que l'Allemagne s'était retirée du conflit européen ; depuis la disparition de Charles-Quint, ses intérêts se trouvaient séparés de ceux de la monarchie espagnole ; à quel titre rendrait-elle aujourd'hui sa cause solidaire de celle de Philippe IT? $i elle avait quelques griefs à invoquer contre la France, elle pouvait en demander satisfaction au roi Henry en particulier. Mais il était inadmissible qu'elle les fit valoir aux conférences de Câteau-Cambrésis, où devait s’agiter seulement la querelle des trois puissances jusqu'alors en guerre".
Cette protestation solennelle de ses ambassadeurs était dans l'esprit d'Henry Il le premier moyen de prévenir le danger qui menaçait. La mission en Allemagne de MM. de Bourdillon et de Marillac répondait aux mêmes préoccupations. L’instruction des deux envoyés nous a été conservée el elle nous permet de très bien saisir les menées de la politique française.
L'archevêque de Vienne et M. de Bourdillon, lieutenant-général au gouvernement de Champagne, reçurent ordre au commencement de janvier 1559 de parür à peltes journées pour Augsbourg, où la Diète était décidément convoquée. En chemin ils devaient s'arrêter chez le
1. Decrue, op. eil., p. 219. — Dareste, Aistoire de France, t. IN, p. 151-132. — De Ruble, Le traité de Cdteau-Cambrésis, p. 214.
Comte Palatin, chez le duc de Würtemberg, chez le landgrave de Hesse et le duc Jean de Saxe et assurer ces princes de l'amitié du Roi. Puis, aussitôt arrivés à Augsbourg, Ferdinand. « Ilz luy exposeront, dit l'instruction, que sy
ils feraient même office à l'égard de l'Empereur
tost que l’occasion et la commodité luy ont esté données, le Roy n’a voulu faillir d'envoyer devers luy pour faire le debvoir d’amy et bon frère en son endroict et se resjoyr avecques luy de son advènement à la dignité impériale, comme Prince qu'il en estime digne et qu'il a tousjours congneu amateur du repoz et conservation de la liberté germanique’. » Et les ambassadeurs accompagneront leurs déclarations & des plus honnestes propoz dont ilz se pourront adviser, pour concilier l’amytié et bonne intelligence que le Roy désire doresnavant avoir avecques ledict seigneur Empereur” ». Ensuite l'archevêque de Vienne sollicitera de Ferdinand la faveur d’être entendu à la Diète. Il est chargé, dira-t-1l, d'exprimer aux représentants de l'Empire « l’ennuy et le regret que Sa Majesté le Roy de France a eus cy-devant de n'avoir eu plus tost moyen de les envoyer visiter, pour rafraischir la parfaicte et entière alliance et confédération, qui a de tout temps esté entre le Sainct Empire et ses prédécesseurs * ». Si l'Empereur, comme 1l est probable, fait droit à cette demande, Marillac, dès l'ouverture de l'assemblée, s'acquittera de sa charge, &Il remémorera aux Estatz ce que les Roys de France ont cy-devant mérité dudict Sainct-Empire, et comme leur affection s'est continuée jusques en la per-
1. Instruction à MM. de Bourdillon et de Vienne, janvier 1559. (Michaud, op. cit., p. 396.) — Sur la mission de Marillac et de Bourdillon, voir François de Rabutin, Commentaires. (Michaud, Nouv. Coll. de Mémoires, re série, t. VIT, p. 607:)
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sonne du Roy Henry par les grans et bons offices qu'il s’est efforcé faire, despuys son advènement à la Couronne, pour le bien et grandeur de l’Allemaigne et entretenement de sa liberté. » Dans ce but, on le sait, € il n’a espargné ny sa personne ny ses facultez, qu'il est bien prest d’employer encores quand il en sera besoing”. » Il espère que la Germanie © voudra aussy user de semblable bonne volunté envers luy et des mesmes bons et agréables déportemens de commune et mutuelle intelligence® ». Ainsi sera confirmée « ceste réciproque bienveillance », que se sont, depuis si longtemps, témoignée la France et l’Empire. Enfin, MM. de Marillac et de Bourdillon achèveront leur tâche en rendant & visite particulière » aux Princes et aux représentants les plus marquants de l'assemblée, et en leur affirmant «la bonne volunté du Roy et le désir qu'il a de leur demourer amy ».
Du ton général de cette première partie de l'instruction se dégage nettement le dessein de notre politique. Nos députés à Câteau-Cambrésis ont déjà mission de protester contre la participation possible de l'Allemagne à la conférence. Mais leurs efforts suffiront-ils à écarter l’éventualité que redoute la France? La chose semble douteuse. Henry Il recourt alors à une manœuvre plus eflicace. L'Empire est au moment de nous contester l’une de nos plus belles conquêtes, l'opinion publique favorise cette prétention. Que va faire le Roi? Il va intervenir auprès de l'Empereur et auprès de l'Allemagne, essayer de s’attirer les bonnes grâces de l’un, de réveiller les sympathies de l’autre. À Ferdinand il déclarera ses désirs pacifiques ; aux Princes de l’Empire il rappellera la part que la France a prise naguères à leur affranchissement, les services signalés