Ibid
au pis-aller on réussira sans doute € à faire renvoyer le différend à la prochaine Diette ». Tel est avant tout le désir de la France‘. |
Nos ambassadeurs quittèrent la Cour vers la fin de janvier 1559, attendirent quelque temps en Lorraine le sauf-conduit de l'Empereur, visitèrent en passant le duc de Würtemberg”, puis se hâtèrent de gagner Augsbourg, ayant appris que la Diète allait incessamment commencer ses délibérations. Ils entrèrent dans la ville le 22 février *. Ferdinand y était déjà arrivé et avait fixé l'ouverture de l’assemblée au 4 mars. Marillac et Bourdillon sollicitèrent aussitôt une audience et, le 24 février au matin, ils étaient admis en présence de l'Empereur. € Celluy-c1, écrivent nos députés, estoit en sa chambre, retiré en ung coin et l'archiduc Charles avecques le duc de Bavières et aultres de son conseil rengez le long de la muraille debout et descouvertz. Ledict seigneur nous voyant venir à luy s’advança la teste nue pour nous recueillir, ce qu'il fit fort gracieusement. » L'entretien fut d'ailleurs le plus courtois du monde. Après avoir présenté leurs lettres de créance, Marillac et Bourdillon exposèrent l’objet de leur mission et Ferdinand leur répondit en les meilleurs termes. Il parut tout particulièrement satisfait de se voir officiellement reconnu par le roi de France son nouveau titre d'Empereur, que le Pape prétendait lui contester, et il en exprima aux ambassadeurs sa très vive gratitude. Après «divers propoz de parfaicte honnesteté », l’on en vint
1. En même temps qu'il faisait partir ses ambassadeurs, Henry Il les accréditait auprès de l'Empereur et auprès des États de l'Empire par des lettres que le héraut Piémont reçut l’ordre de porter en Allemagne. Voir ces lettres, dans Michaud, ODACUL ND 00)
2, De Marillac et Bourdillon au Roi, 14 février 1559. (Bibl. Nat., fr. 3101, 47-49.)
3. Des mêmes au même, 22 février 1559. (Michaud, op. cit., p. 411.)
même à aborder le sujet brûlant de la conférence de Càteau-Cambrésis, et là-dessus, comme sur le reste, les interlocuteurs affectèrent de conserver tout leur sangfroid. L'Empereur avait reçu récemment la nouvelle de l'ouverture des négociations et il désirait fort « qu'elles pussent produire quelque bonne chose propre à mettre la chrestienté en repoz ». &« En ce temps si plein de troubles et d’affliction », chacun devait souhaiter ardemment la fin des hostilités et ce n'était pas lui qui y mettrait «le moindre retardement ». Marillac et Bourdillon protestèrent aussitôt des sentiments pacifiques de leur maître : et, arrivant ainsi au second point de leur instruction, ils déclarèrent que le Roi les avait précisément chargés d’être auprès de la Diète les interprètes de ces sentiments. Ils espéraient donc que l'Empereur les autoriserait à prendre la parole aux États, pour y faire, au nom de leur gouvernement, € déclaration d’amytié et bonne intelligence ». Ferdinand y consentit, et les nôtres se retirèrent emportant de cette première entrevue le meilleur espoir ‘. Quelques jours après, Marillac prononça à la Diète un long discours, qui nous a été conservé et qui n’est d’ailleurs qu'une habile paraphrase de l'instruction que nous avons analysée. Par les arguments souvent les plus inattendus, l'orateur s'efforce de prouver quels liens étroits unissent la France et l'Allemagne. Il va jusqu’à rappeler que nos rois se glorifient de türer leur origine de la Germanie et qu'ainsi la fraternité des deux peuples remonte à la plus haute antiquité. Cette fraternité s’est perpétuée à travers les siècles, et d'innombrables traités sont là pour en témoi-
gner. Peut-on nier en effet, qu’à de rares exceptions près,
4. De Marillac et Bourdillon au Roi, 24 février 1559. (Michaud, op. cit., p. 12-414, passim.)
une entière et parfaite communauté d'idées et de sentiments ne se soit toujours manifestée entre l'Empire et la France ? Les intérêts de ces puissantes nations sont au surplus un garant de leur amitié pour l'avenir. Et entrant alors dans le cœur de son sujet, Marillac fait brillamment valoir les services que nos souverains ont rendus sans compter à la Germanie, ceux aussi qu'ils sont prêts à lui rendre encore. Soit que l'Empereur ait à se défendre contre l’ennemi extérieur, soit qu'il s’agisse de la sûreté intérieure de l'État, le Roi très chrétien sera toujours heureux de contribuer pour sa part et comme l'ont fait ses ancêtres @ à la félicité de l'Allemaigne ». Aussi dorénavant à chacune des diètes qui se tiendront dans l'Empire, il enverra des députés qui lui rediront les désirs et les besoins de ses alliés. Il pourra alors en pleine connaissance de cause s’employer à les satisfaire ”.
Le 16 mars, Marillac transmettait au Roi la traduction française de son discours” et l’informait en même temps qu'il était permis d'espérer une réponse prochaine et favorable de l'assemblée. L'Empereur et les États, écrit-il, ont semblé & prendre en bonne part ceste tant amyable déclaration de bonne volunté que nous leur faisions de vostre part,sSine, 2% et ce qui se peult dire pour l'heure c'est qu'ilz ont usé de toute honnesteté et gracieuseté envers
1. Diséours de Marillac. (Bibl. Nat., fr. 3101, p. 267-276, passim.) — Sur le discours de Marillac, cf.: Brantôme, t, I, p. 83.
2. « Monseigneur ce matin a esté prononcée par moy la proposition en latin que j'avois auparavant dressée et dont la copie est en latin avecques la présente el la translation en françois dans le pacquet du Roy ; Dieu m'a faict ceste grâce non seullement de la dire par cueur et sans prothocolle, comme nos ambassadeurs cy-devant avoient accoustumé user, mais aussi d'avoir eu merveilleuse silence avecques démonstration de les avoir tous satisfaicts. » De Marillac au Cardinal de Lorraine, 16 mars 1559, (Michaud, op. cit., p- 418.) Cette lettre est faussement datée du 17 dans Michaud. Cf.: Bibl. Nat., fr. 3101, p. 119.
nous, tant à nous envoyer quérir en nos logiz pour nous y faire ramener par seigneurs depputez de la part de l’'Empereur, des Ellecteurs et des Estatz, qu'en tous autres respects qui concernoient l’office qu’avons à faire'. »
Ainsi la négociation paraissait € s’encheminer » au gré des désirs de la France et le Roi en exprima aussitôt sa satisfaction à MM. de Marillac et Bourdillon. De Câteau- Cambrésis, ajoutait-1l, 1l recevait aussi d'excellentes nouvelles. Ses députés étaient sur le point de s’accorder avec ceux du Roi Catholique sur la plupart des articles du traité et bientôt la France serait de ce côté libre de toute inquiétude*.
Malheureusement les choses n'étaient pas aussi € prez de la conclusion », qu'il pouvait le paraître. Quelques jours en effet s'étaient à peine écoulés depuis leur arrivée à Augsbourg que déjà nos ambassadeurs perdaient de leur assurance. L’excellent accueil qu'ils avaient reçu, les € bons traitemens », dont 1ls avaient été l’objet, avaient pu leur faire illusion sur les véritables sentiments de l'Empire et de l'Empereur surtout. Cette illusion ne résista pas à une observalion plus attentive des hommes et des choses. Des mains amies se chargèrent du reste de leur ouvrir les yeux. Marillac avait retrouvé à Augsbourg un grand nombre des relations qu'il s'était créées en Allemagne pendant son dernier séjour. Son ancien interprète notamment, € homme de grande suflisance et intelligence », était très à même de le bien renseigner*. De divers côtés nos députés apprirent donc bientôt qu'ils n'étaient pas au
1. Addition à la lettre du Roi, 16 mars 1559. (Michaud, op. cit., p. 418.)
2. Du Roi à MM. de Marillac et de Bourdillon. (Bibl. Nat., fr. 3101, p- 155-159, passim.)
3. La présence à Augsbourg de ce personnage était connue de la cour de France, puisque l'instruction de MM. de Marillac et de Bourdillon les autorisait « à luy accorder telle pension qu'ilz adviseroïient ».
bout de leurs peines. Ferdinand, on le leur affirma du moins, n'avait nullement renoncé à faire valoir à Câteau- Cambrésis les droits de l'Allemagne; 1l y était même en ce moment très viveinent poussé par ses conseillers et les belles paroles, qu'il avait prodiguées aux envoyés de la France, n'étaient qu'un moyen de mieux dissimuler les rapports suivis qu'il entretenait avec la cour d'Espagne et avec l'ambassadeur de Philippe Il, présent à la Diète. Marillac ne tarda pas du reste à remarquer lui-même les manœuvres suspectes de ce dernier personnage, «qui usoit de tous les offices qu'il pouvoit pour défavoriser secrétement les intérêts de la France en Allemaigne” », et ne perdait pas une occasion de desservir nos représentants auprès de l'Empereur et auprès des États. « Les practiques » du duc d’Aremberg n'étaient guère moins à redouter. À ces influences était dù sans doute le bruit qui commençait à courir que MM. de Marillac et de Bourdillon étaient venus à Augsbourg dans le but « de troubler la Germanie », comme Henry IE l'avait fait & du tems du feu Duc Morice de Saxe ». Et beaucoup de princes, prenant Marillac pour l’évêque de Bayonne, « qui avoit conduict toute la tragédie qui avoit esté alors jouée », étaient très disposés à accueillir ces perfides insinuations”*.
Dans les derniers jours du mois de mars, un événement significatif vint d’ailleurs donner raison aux craintes de nos députés. La nouvelle se répandit tout à coup à Augsbourg que la paix allait être signée à Câteau-Cambrésis et dans les conditions, disait-on, les plus désavan-
1. « Sommaire de l'ambassade ». (Bibl. Nat., fr. 3101, p. 248.) 2. Ibid., p. 247-248. — Jean du Fraisse, évêque de Bayonne, avait été chargé en 1551 par Henry II, d'une mission auprès des Princes d'Allemagne. Cette mission avait précédé de quelques mois le traité de Friedwald. Cf. : Mis de Monstiers-Mérinville, Un évêque ambassadeur au XVIe siècle. Jean des Monstiers, seigneur du Fraisse, évêque de Bayonne.
tageuses pour la France. Sur ce dernier point surtout les ennemis du Roi ne tarissaient pas. Henry II, à les entendre, était près de se soumettre à toutes les exigences de son rival. Il consentait à restituer presque en leur entier les conquêtes faites par lui au cours de la dernière guerre. Tel était son désir de la paix, qu'il ne croyait pas l'acheter trop cher au prix de ces sacrifices. Et afin que l’on ajoutât foi à ces avis, leurs auteurs prétendaient les tenir de ‘divers ambassadeurs aux Pays-Bas".
De pareilles nouvelles étaient faites, 1l faut l'avouer, pour étonner et effrayer à la fois nos représentants : pour les étonner, car ils n’en recevaient aucune confirmation de leur gouvernement? : pour les effrayer aussi, car ils virent bientôt clairement à qui en remontait la responsabilité et dans quel but agissaient les ennemis dela France. L'Empereur, écrivent-ils, peut redouter que la Diète, circonvenue par les belles promesses de la France, refuse de se prononcer en faveur d’une intervention de l’Allemagne à Câteau-Cambrésis. C’est à une semblable éventualité qu'il veut s'opposer de tout son pouvoir. La Germanie doit-elle en effet laisser échapper l’occasion unique qui se présente de recouvrer ce qu’elle a perdu ? Ne serait-
1. De Marillac et Bourdillon au Roi, 2 avril 1559. (Bibl. Nat., fr. 3101, p. 137.) — « Les jours de Pasques derniers sont passez en ces propoz de paix qu'on publyoit par deçà avecques telle défaveur du Roy que sans nostre contradiction tout le monde eust esté surmonté par la persuasion des adhérans du Roy Catholique. Il n’est pas jusques au maistre de la poste de ceste ville qui ne retirast des ambassadeurs des présens pour les avoir asseurez de ceste bonne nouvelle. » De Marillac et Bourdillon au Connétable, 2 avril 1539. ({bid., p. 141-142.)
2. « Monseigneur, despuys huit jours en çà tout ce monde fit un grant bruyct de la paix qu'on disoit estre faicte avecques si grand désadvantaige du Roy qu'il n'est possible de plus, .... sans ce qu'eussions moyen de contredire pour n'avoir eu aulcune lettre de la Court despuys le cinquiesme du moys passé. » Des mêmes au mème, 26 mars 1559. ({bid., p. 132-133.)
ce pas là la plus lourde faute qu’elle pourrait commettre ? Ferdinand se décide donc à forcer en quelque sorte la main à l’assemblée. Voici qu'il présente la France comme disposée à tout accepter au prix de la paix. Philippe IT n'a eu qu’à demander pour obtenir. L'Empire doit imiter cet exemple et joindre ses réclamations à celles de l'Espagne. Au lieu de se fier aux vagues protestations d’une sympathie douteuse, il faut exiger immédiate satisfaction du roi de France. Le moment est favorable, 1l ne se retrouvera peutêtre jamais. Lorsque Henry IT aura traité avec l'Espagne, il redeviendra bientôt « frais et fort contre la Germanie », et ce sera seulement les armes à la main que celle-ci pourra revendiquer son bien. Tout à l'heure au contraire, l'Empire n’a qu'à parler et par l'intermédiaire de Philippe IF, il est assuré d’une facile victoire.
Et ce qui augmentait les appréhensions de MM. de Marillac et de Bourdillon, c’est que les États paraissaient près d’obéir à ces funestes suggestions. Cette réponse favorable, que l’assemblée avait promis de leur rendre dans un très court délai, nos négociateurs l’attendaient depuis trois semaines, et ce retard leur causait de cruelles inquiétudes”. Finalementils en arrivèrent à juger la situation désespérée. La Diète, écrivent-ils au Roi, va sans aucun doute se laisser entraîner aux desseins qu'on lui dicte. Elle enverra des agents à Câteau-Cambrésis ; Philippe IT acceptera de prendre en main la cause de l'Allemagne et d'inscrire au traité la restitution immédiate par la France des Trois-Évêchés. Pour l'y décider, l'Empereur lui promettra le secours de ses armes, au cas d'une reprise des hostilités avec Henry IT.
1. De Marillac et Bourdillon au Roi, 2 avril 1559. (/bid., p. 137-138.) — Sommaire de la légation. ({bid., p. 249.) — De Marillac et Bourdillon au Roi, 7 avril 1559. (/bid., p. 149.)
2. De Marillac au cardinal de Lorraine, 7 avril 1559. (/bid., p. 153.)
Dès lors la France se trouvera placée dans cette terrible alternative : ou de se dessaisir d’une précieuse conquête, ou, pour la défendre, de recommencer la guerre contre l'alliance de Philippe IT et de l'Allemagne.
Nos ambassadeurs passèrent plusieurs jours dans de perpétuelles alarmes. Ils ne recevaient de France aucune nouvelle, et ce silence venant confirmer leurs prévisions, ils demeuraient en proie au plus profond découragement. Mais, grâce à Dieu ! le malheur qu’ils prévoyaient nous fut épargné et l’on peut aisément se figurer leur satisfaction, lorsqu'ils apprirent enfin que, le 3 avril, la paix avait été signée entre la France et l'Espagne et que les plénipotentres étaient tombés d'accord pour écarter expressément de leurs discussions la question des Trois-Évêéchés .
MM. de Marillac et de Bourdillon s'étaient d’ailleurs, 1l faut le reconnaître, singulièrement exagéré la gravité de la situation. Une chose certaine, c’est que Ferdinand était intervenu auprès de Philippe IT pour essayer de le décider à appuyer, le moment venu, les revendications de l’Allemagne”. Ce fait doit demeurer hors de doute, bien que la rareté des documents ne nous permelte pas d'aller au delà d’une simple affirmation et que le détail des menées impériales à Câteau-Cambrésis nous échappe. Mais ce que nous savons mieux, ce sont les causes de l’échec de Ferdinand. En réalité ses projets n'avaient pu gagner ni l’adhésion de Philippe IL, n1 l'approbation de la Diète. L’adhésion de Philippe II d’abord. Le Roi Catholique désirait en effet
la paix tout aussi sincèrement que Henry IT et il n'avait pas
4. Du Roi à MM. de Marillac et Bourdillon, 8 avril 1559. (Zbrd., p. 196- 197.)
2. Du Roi à MM. de Marillac et Bourdillon, 6 février 1559. (Michaud, op. cit., p. 407.) — De Marillac et Bourdillon au duc de Guise, 22 février 1559. (Zbid., p. 410.)
ab) CHAPITRE XIV
cru devoir compromettre le succès des négociations entamées avec la France, én se faisant le champion des réclamations de l'Allemagne. « Monsieur l'ambassadeur, disait Phihppe IT à l'envoyé vénitien, je veux la paix à tout prix et si le roi de France ne l'avait pas demandée, je l’aurais demandée moi-même’. » Et quelques jours plus tard 1l écrivait à Granvelle : « Je vous dis qu'il est de toute impossibilité de continuer la guerre *. » C’est que les finances de la monarchie espagnole étaient épuisées et que l'argent manquait pour payer les troupes. Dans ces conditions, Philippe Il pouvait-il se prêter aux désirs de Ferdinand ? Il était vraisemblable que la France romprait les pourparlers de Câteau-Cambrésis et reprendrait les armes, plutôt que d'abandonner les Trois-Évêchés. L'Empereur assurait, il est vrai, que l’Allemagne serait prête alors à intervenir elle aussi dans la lutte. Mais ces avances ne pouvaient suffire à triompher des très fermes résolutions de Philippe ET.
Au surplus, malgré les pressentiments de nos ambassadeurs à Augsbourg, les desseins de Ferdinand n'avaient guère trouvé plus d’écho auprès de la Diète qu'auprès de Philippe Il. Certes, l'Allemagne déplorait autant que son maître la perte qu'elle avait faite en 1552. Mais, d'autre part, elle comprenait, aussi bien que Philippe Il, qu’en dépit de toutes les instances et de toutes les menaces, la France préférerait recommencer la guerre que condescendre au sacrifice que l'Empire prétendrait lui imposer. Or, la Germanie souhaitait avant tout de vivre en paix, et la perspective des plus brillants avantages devait rester
1. Lettre de Suriano, ambassadeur vénitien auprès de Philippe IF, citée par Forneron, Zes ducs de Guise, t. I, P250: : 2. Lettre de Philippe II à Granvelle, citée par Forneron. (/bid.)
impuissante à lui faire abandonner la neutralité où elle se retranchait depuis sept ans. Aussi n'avait-elle accueilli qu'avec froideur les propositions de Ferdinand".
En dépit cependant de l’échec qu'il venait d’éprouver, l'Empereur n’abandonna pas l'espoir de faire triompher ses plans. La conclusion de la paix de Câteau-Cambrésis le privait décidément du concours de l'Espagne sur lequel il avait compté. Mais, malgré tout, la situation ne lui semblait pas trop compromise et il ne renonçait pas à l'idée d'obtenir de la France les avantages qu'il ambitionnait. Une chose n'était pas douteuse: les engagements auxquels Henry IT venait de souscrire à Câteau-Cambrésis étaient des plus onéreux. Il avait rendu toutes ses possessions du Piémontet de la Savoie, un grand nombre de ses places du Nord ou du Milanais. Le seul profit réel était pour lui l'acquisition de Calais et de Guines?. De ce fait il était permis de conclure à l'extrême nécessité où devait se trouver le monarque et ce fut à le point de départ des nouveaux projets de Ferdinand. Philippe IT a refusé de seconder les prétentions de l’Allemagne. Pourquoi celle-ci ne tenterait-elle pas d'agir aujourd’hui en son propre nom ? Sans doute la paix, que la France vient d'obtenir de l'Espagne, lui permettra de reprendre bientôt ses forces ; mais en ce moment elle reste bien peu redoutable, et il est encore temps pour l’Empire de poser des conditions à l'ennemi qui vient de donner la preuve éclatante de sa faiblesse. Telles sont les idées que Ferdinand développe aussitôt
1. « Les Allemans ne sont si obstinez à deffendre ce qu’ilz ont perdu qu’ilz y veullent deppendre et hazarder le leur, comme il est dict dez deux mil ans en çà qu'ilz oblient voluntiers les biens et les maux qu'on leur faict » (Sommaire de la légation, Bibl. Nat., fr. 3101, p. 252.)