‹ Charles de MarillacChapitre 169 sur 200 · Decrue, op. cit., p · texte numérisé non relu

Decrue, op. cit., p

Eire CHAPITRE XIV

devant la Diète. Il lui peint sous les plus noires couleurs «le pouvre estat de la France » et l’abaissement où elle est tombée. Il conjure les députés de se résoudre enfin à parler haut et ferme et leur fait entrevoir le succès que peuvent encore obtenir à ce moment d’énergiques revendications. « Nous avons sceu de bien bon lieu, écrit Marillac, que l'Empereur a répété en pleine assemblée des Estatz que le Roy, son nepveu,.……. recouvroit par le moyen de la paix, tant pour luy que pour ses amis, bien 125 villes ou places fortes... en donnant par là assez à congnoistre combien il désiroit imprimer à ceste nation le party de son nepveu estre grant et avantageux et d’aultant amoindrir le vostre et partant inciter ces Estatz d’avoir moings de respect à vous entamer, Sire, le propoz desdicts Metz, Thoul et Verdun... Ceulx qui veulent défavoriser vos affaires tascheront en effet de rendre lesdicts Estatz indignez, si vous ne leur faites raison, comme 1lz disent qu'avez faict à tous aultres”'. »

Les déclarations de Ferdinand réveillaient ainsi toutes

1. De Marillac et Bourdillon au Roy, le 14 avril 1559. (Bibl. Nat, fr. 3101, p. 188-192, passim.) — « En ceste sorte, Sire, et devant la paix et despuis la conclusion d'icelle l’on a faict tout ce qu’on a peu pour défa-, voriser vos aflaires et pour aigrir l'Empire contre vous et vous faire lascher Metz. L'Empereur mesme a remonstré que vous, Sire, eslant espuysé de finances aviez pour la paix rendu plus de six-vingt places à son nepveu ou à ses amys el partant que si l’on laissoyt couller ceste vraye saison de ravoir Metz, Thoul et Verdun qu'il ne convenoyt plus espérer qu'on les peust jamais ravoir, d'aultant que vous, Sire, ayant par ceste paix laissé l'espérance de vous agrandir en Italye, tourneriez vos desseings vers le Rhin au dommage de la Germanie ÿ ayant desjà ung tel pied comme Metz. Et pour donner plus de coulleur à ce faict, pour ce que l'Allemaigne est composée d'une infinité de villes, princes et potentatz, l'on a faict translater et tourner le traité de la paix en atlemant et en latin et maintenant se vent par toute la Germanie, pour monstrer la paix estre faicte à vostre désadvantage et partant que vous, Sire, ayant esté réduict à faire la pluspart de ce que le Roy Philippes a voulu, c'estoit la saison de poulser oultre pour vous faire aussy rendre Metz. » (Sommaire de la légation. Ibid., p. 249.)

les craintes de nos envoyés. Assurément la situation était moins grave que précédemment. Car si des difficultés survenaient du côté de l’Allemagne, la France, délivrée maintenant de son plus redoutable adversaire, Philippe IT, pourrait mieux y faire face. Mais, d’autre part, comme le supposait Ferdinand, Henry IT sortait épuisé d’une lutte de sept ans et n'était pas en état de défendre bien énergiquement ses droits. MM. de Marillac et de Bourdillon le comprenaient, et 1ls n’apprirent pas sans effroi qu'une commission nommée par la Diète allait au premier jour se présenter à leur logis, pour les interroger expressément sur le fait de leur charge. Les États s’étaient-ils donc ralliés aux plans de Ferdinand et un ultimatum allait-1l être signifié à la France?

Mais encore une fois tout devait se terminer heureusement. Et aussi bien, dès les premiers mots des envoyés de la Diète, Marillac et Bourdillon sentirent se calmer leurs appréhensions. Sans doute les délégués de l'assemblée abordèrent délibérément le « différend de Metz » ; sans doute ils exposèrent que dès 1555 «les Princes avoient escript lettres au Roy de France sur l'occupation d’aulcungs éveschés et territoires de l'Empire, comme de Thoul, Metz et Verdun et parie de Liège », et qu'ils s'étonnaient de n'avoir reçu depuis aucune réponse ; sans doute enfin ils demandèrent à MM. de Marillac et de Bourdillon « s’ilz avoient aulcune mission de leur déclarer sur ce poinet le fons de l'intention de leur maistre ». Mais ils parurent agir sans conviction et par pur acquit de conscience. Lorsqu’en effet les nôtres eurent répondu qu'à leur connaissance le roi de France n'avait jamais reçu d'Allemagne le message auquel il était fait allusion; lorsqu'ils eurent ajouté que leur seule charge était d'assurer la Germanie du bon vouloir et de l’amuitié de Henry Il, les députés sem-

blèrent se contenter de ces déclarations et se retirèrent sans insister davantage”.

En fait, les projets modifiés de Ferdinand n'avaient pas trouvé à la Diète plus de partisans que ses premières propositions. Et nos représentants ne tardèrent pas d’ailleurs à être entièrement rassurés. Le 27 avril, leur fut rendue cette réponse jusque-là si impatiemment attendue; elle se trouva combler leurs désirs. « Sire, écrit Marillac au Roi, … ce jourd'huy la responce nous a esté faicte en pleine assemblée des Estatz, avecques mesmes cérémonies qui furent tenues lors de nostre proposition. Pour le faire court, les parolles en sont fort doulces et gracieuses pour le regard de l'amitié du Sainct-Empire en vostre endroict et respondent par ordre à ce qui estoit contenu en nostre proposiion?. » La Diète affirmait, 1l est vrai, en commençant, « qu'au sujet de Metz », l'Empire n’oublierait point de faire en temps opportun € instance auprès du Roy ». Mais puisque MM. de Marillac et de Bourdillon n'avaient reçu sur ce point aucune instruction, les États ne voulaient pas pour le moment insister davantage. Ils se contentaient donc de remercier la France des témoignages de sympathie qu'elle leur avait fait parvenir et des intentions pacifiques qu'elle avait tenu à leur manifester. L'Allemagne ne désirait rien tant, elle aussi, « qu'une ferme et syncère alliance », et elle se réjouissait et « se congratuloit fort » des sentiments du Roi’,

En somme les vœux de la cour de France étaient accomplis. Aux déclarations de nos ambassadeurs, la Diète

1. De Marillac et Bourdillon au Roi, 14 avril. ({bid., p. 189-191, passim.) -

2. De Marillac et Bourdillon au Roi, 27 avril 1559. (bid., p. 216-217.)

3. Ibid. — Noir le texte de la réponse des Étals. (bid.. p. 230-235), et la « réplicque » faite par les ambassadeurs ({bid., p. 235-236.)

répondait de la manière la plus satisfaisante et la plus propre à dissiper nos craintes. Certes elle avouait ne pas renoncer à l'espoir de rentrer un jour ou l’autre en possession des Trois-Évêchés. Mais pouvait-elle en vérité agir autrement ? Un point capital restait toujours acquis : l’Allemagne ajournait pour un temps ses revendications et c'était Rà le plus précieux avantage qu'il nous fût possible d'espérer. La paix conclue à Câteau-Cambrésis allait nous permettre de bientôt recouvrer nos forces et si l'Empire venait un jour à soulever de nouveau «€ ce différend de Metz », il n'aurait plus affaire à un adversaire épuisé et abattu, mais à un ennemi capable de résister victorieusement.

Bien des raisons au surplus devaient en ce moment rassurer la France contre la crainte d’une prochaine agression de l'Allemagne. Les considérations, qui avaient inspiré les déclarations pacifiques de la Diète, étaient trop graves en effet pour qu’elles pussent de longtemps encore être écartées. Devaient-elles même l'être jamais ? Et ceci nous amène naturellement à rechercher les causes de l’atütude que les États venaient d'adopter vis-à-vis de la France. Ces causes, Marillac va nous les exposer en détail.

L’archevêque de Vienne rédigea en effet à son retour d'Allemagne un € sommaire de son ambassade », qui éclaire très nettement la situation politique de l'Empire en cette année 1559, situation singulièrement embarrassée et qui était bien faite, reconnaissons-le, pour justifier les temporisations de la Diète à l’égard-de la France. « Sire, écrit Marillac au Roi, à qui observe l’estat de la Germanyÿe, il n’y a apparence par laquelle on puisse congnoistre qu’elle soyt de longtemps pour prendre les armes contre vous". »

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