Ibid., p
morts et partant est pour la Germanye ung second Turc ! ». En sorte que, si déjà les Allemands « n’avoient point tant d’affaires dans leur maison », les dangers extérieurs, qui les menaçent, « sufliroient à leur faire tourner le visaige d’un aultre costé que de celluy de la France ».
Néanmoins, € pour ce qu'il n’y a riens de certain en ce monde », le Roi doit toujours persévérer dans la politique qu'il a adoptée à l'égard de l'Allemagne. Il faut continuer & à entretenir les Princes gracieusement, sans toutesfoys faire démonstration qu'on en ayt grant affaire... mais en leur monstrant seullement combien 1lz doivent attendre de l’amyté de la France ». Il faut surtout empêcher que l'Empereur ne prenne sur eux trop d’'ascendant, et le meilleur moyen d’y réussir, c’est de ne jamais perdre une occasion de « les exciter en soubz main à la rébellion ». « Estant asseurez du costé du Roy, 1lz se sentiront plus fortz et se rendront plus difficiles à accorder les demandes de l'Empereur. » Quelques-uns d’entre eux pourront d’alleurs être aisément gagnés. Vis-à-vis de l'archevêque de Trèves, du duc des Deux-Ponts, de l'Électeur Palatin, du landgrave de Hesse, il suffira de quelques avances et de quelques pensions*.
Ainsi, aux services qu'il venait de rendre à son maître pendant son ambassade, Marillac en ajoutait d’autres sous la forme des plus sages et des plus prudents conseils. Il faisait profiter la cour de France de la longue expérience qu'il avait acquise pendant près de vingt années de diplomate et de la connaissance approfondie que lui avaient donnée des affaires de l'Empire ses précédents séjours en
4. Zbid., p. 253. — Lettre de MM. de Marillac et Bourdillon au Roi, 2 avril. (Bibl. Nat., fr. 3101, p. 140.) 2. « Sommaire de la légation. » (1bid., p. 254-256.)
Allemagne. Malheureusement pour notre politique, sa négociation à Augsbourg était la dernière dont il devait être chargé. Il ne lui restait plus qu’un an à vivre, et pendant cette année c’est sous un Jour nouveau, comme homme
politique, qu’il va nous apparaître.
Le discours de M. de Marillac à l’assemblée des Notables de Fontainebleau. — Sa conspiration contre les Guise.— Sa mort.
Trois mois après la conclusion de la paix de Câteau- Cambrésis, Henry II mourait et sa mort était le signal des plus déplorables événements. Ce roi, que l’on a si souvent accusé d’indolence et de faiblesse, avait eu du moins ce mérite de tenir la balance égale entre les deux factions qui, depuis plus de dix ans, divisaient la cour de France. Il avait su profiter tantôt de la vieille expérience du connétable de Montmorency, tantôt des talents militaires du duc François de Guise, et s'il devait à l’un quelques-uns des plus beaux succès diplomatiques du règne, 1l était redevable à l’autre de la prise de Calais. Lui disparu, le trône de France est occupé par un enfant de seize ans et le dénoûment, qu'avait retardé la prudence du monarque défunt, se précipite. Dès avant les funérailles de Henry IT, l’on entrevoit le triomphe définitif de la maison de Guise. Les Lorrains prennent la direction des affaires, dominent le Roi, s’assurent de la neutralité de la reine mère Catherine de Médicis,
1. Forneron, Les ducs de Guise et leur époque, t. T, p. 285-291.
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et écartent de la Cour tous ceux qui jusqu'à ce jour leur ont fait opposition. Le vieux Connétable est un des premiers sacrifiés. Toute part au gouvernement lui est retirée: on ne lui laisse que le droit strict d'assister au Conseil Privé ; il est exclu du Conseil politique des affaires ‘ ; la plupart de ses partisans l’abandonnent, et, après avoir reçu du Roi un affront public, il comprend que l'heure de la retraite à sonné et se retire dans sa demeure princière de Chantilly *. Dès lors les Guise sont les maîtres. Le duc François et le cardinal de Lorraine s’arrogent une autorité discrétionnaire et ne maintiennent dans les charges et emplois de la Cour que des gens sûrs et des parüisans éprouvés. Marillac fut naturellement parmi ces favorisés. Nous avons vu les témoignages et les protestations de fidélité que, pendant les dernières années du règne de Henry IL, 1l n'avait cessé de prodiguer aux Guise. En conséquence nous ne pouvons nous étonner d'apprendre qu'il ne perdit rien, bien au contraire, à la révolution de palais qui venait de s’opérer. Il demeure membre du Conseil Privé, où ne siègent plus guère que des créatures des Lorrains* et, au début du règne de François IL, 1l nous apparaît comme entièrement dévoué au parti vainqueur.
Pourtant, moins d'un an après, nous le trouverons au rang des adversaires les plus déterminés de ce parti: il ne craindra point alors de protester énergiquement contre les desseins des Guise, il se rapprochera de Montmorency et sa carrière politique se trouvera finalement compromise dans une conspiration contre la maison de Lorraine.
Cette dernière volte-face de l’homme politique chez