Bibl. Nat, fs. Dupuy, vol. 128, fol. 9 ro
Marillac a d’ailleurs, disons-le tout de suite, des motifs plus graves et des raisons plus élevées que celle qui, en 1556, lui avait fait abandonner le service du connétable de Montmorency. Peut-être même estimera-t-on que l’archevêque de Vienne a racheté, par sa courageuse conduite en 1560, ce qu'avait pu avoir de blâmable l'attitude qu'il avait prise quatre ans auparavant vis-à-vis de son ancien protecteur.
La soudaine évolution de Marillac, à laquelle nous faisons allusion, a ses causes dans la réaction qui, quelques mois seulement après leur victoire, se manifesta contre les Guise chez la plupart des esprits éclairés et des patriotes sincères. Ce mouvement trouva des partisans parmi ceuxlà mêmes qui avaient favorisé le triomphe des Lorrains et l’on peut aisément se l'expliquer. Les motifs de mécontentement ne manquèrent pas bientôt en effet contre la faction qui avait mis la main sur le pouvoir. L'indignation qu’excitent chez les anciens conseillers de François [* et d'Henry II les complaisances des Guise vis-à-vis de l'Espagne'; l’abandon de la vieille politique française, dont la tradition avait été jusqu'alors de s'appuyer à l'extérieur sur les pires ennemis de l'Espagne et de l'Autriche, c'’est-àdire sur les Réformés d'Allemagne et d'Angleterre”; les persécutions incessantes que le fanatisme des nouveaux favoris dirige contre les Protestants du royaume et qui soulèvent chez tous les esprits libéraux la plus légitime
4. De Thou, Æistoire universelle (Trad. fr. par Desfontaines, Lebeau, etc…..), t. IT, p. 381-382.
2. Dès leur arrivée au pouvoir les Guise rompent nettement avec les princes luthériens d'Allemagne et mettent fin à l'espèce de compromis pratiqué par Henry IT, persécutant les Réformés de France et recherchant l'alliance des protestants d'Allemagne. La politique des Lorrains est aussi nettement hostile à l'Angleterre, contre laquelle ils soutiennent les droits à la couronne d'Écosse de leur nièce Marie Stuart.
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irritation! ; telles sont quelques-unes des raisons qui expliquent et justifient la sourde opposition avec laquelle la maison de Lorraine va bientôt avoir à compter. Ce ne sont point les seules, nt les plus sérieuses. La conjuration d'Amboise, fomentée sans doute par les Réformés de France, mais aussi par les ennemis du nouveau gouvernement, nous dévoile en effet bien d’autres griefs, parmi lesquels deux surtout devaient rallier les voix de l'opinion. « Le premier prétexte de la conjuration, dit de Thou, fut que les Guise avoient usurpé l'autorité souveraine sans le consentement des États-Généraux et, qu'abusant de la faiblesse du jeune Roi, ils s’étoient rendus maîtres des armées”. » En fait, tous les modérés, voyant le sort dela nation placé entre les mains d’un monarque encore enfant et de dangereux ambitieux, estimaient que le salut ne pouvait être espéré que de la nation elle-même. Ils souhaitaient donc ardemment la convocation des États Généraux, qui devaient faire entendre hautement les plaintes que chacun murmurait tout bas, mais dont personne n’osait assumer Ja responsabilité. La représentation du pays tout entier était seule capable en ce moment de contrebalancer auprès de la Royauté les funestes conseils et la détestable influence des Guise. Maïs ceux-ci, sentant le danger, résistaient à toutes les sollicitations et à tous les avis et le Roi était tenu par eux trop en tutelle pour prendre sur lui de convoquer les États. — Un autre sujet de mécontentement contre les Lorrains était leur caractère d'étrangers et de parvenus, qui rendait d'autant plus difficilement pardonnable l’insolence qu'ils affectaient vis-à-vis des Princes du sang. Nombreux étaient ceux qui déploraient de voir systématiquement écartés du pouvoir les représentants des lignes
1. Le supplice d'Anne du Bourg excita surtout une réprobation universelle. 2DeMThou, op cures p. 467. — Decrue, op. cit., p. 270.
cadettes de la maison de France et des grandes familles du royaume. Ces derniers n’avaient-ils pas pourtant plus de droits que tous autres à participer à la direction des affaires publiques? « Il se disoit que les Guise vouloient faire périr la noblesse de France et que leurs prétentions étoient d'autant plus insupportables, qu'eux-mêmes n’étoient que des Princes de second ordre que l’on devoit regarder comme des comètes dans lemondedes Princes chrétiens‘. » Ainsi se formait peu à peu, et en dehors même de l’opposilion protestante, un parti national, celui des & Malcontents », résolu à défendre contre la maison de Lorraine la cause de la liberté et à affranchir la patrie de «sa tyrannie ». De ce parti, qui devait devenir plus tard celui des Politiques et s’incarner si glorieusement en L'Hospital, Marillac fut, on peut le dire, l’un des premiers représentants. Avec une remarquable sûreté de coup d'œil, il comprit bientôt à quels dangers la politique des princes Lorrains exposait la France et & il ne feignit point de se déclarer contre eux, aussitôt qu'illes vit travailler contre le Roi et le bien de l'État? ». Attitude d’autant plus courageuse, qu'il allait ainsi ruiner son crédit et sa faveur et qu'il se préparait pour la fin de sa vie une éclatante disgrâce !
C’est au mois d'août 1560, à l'assemblée des Notables de Fontainebleau, que Marillac donna le premier gage de sa sympathie aux modérés. Le discours qu'il prononça alors, « pour monstrer quels moyens sont propres pour conserver l'obéissance du Roy et faire cesser les séditions et tumultes, qu’on voit de jour en aultre et mesmement pour le faict de la relligion* », est une éloquente, grave et
. De Thou, op. cit., p. 507. \ . Charvet, Histoire de la Sainte Eglise de Vienne, p. 554. . Le texte de ce discours se trouve à la Bibl. Nat., dans le ms. fr. 513,