‹ Charles de MarillacChapitre 182 sur 200 · De Thou, op. cit., t. IT, p · texte numérisé non relu

De Thou, op. cit., t. IT, p

2. De Thou, t. II, p. 563. — « Par devant Pierre Rayard et Claude Boreau, notaires jurez du Roy nostre sire en Chastelet de Paris et furent présens en leurs personnes Françoys Soumaire, secrétaire de feu messire Charles de Marillac, en son vivant Archevesque et Comte de Vienne et conseiller du Roy en son Privé Conseil, Symon Pichon, barbier et valet de chambre dudict deffunt et Guillaume Claudy, vigneron, demeurant à Melun ; chascung d'eux ont dict que ledict deffunt messire Charles de Marillac décéda le lundi, deuxiesme jour de ce présent mois de décembre. — Délivré à nobles hommes Gilbert de Marillac, seigneur de Saint-Genest, Julien de Marillac, seigneur de Bicon et messire Guillaume de Marillac, seigneur de Ferrières, ce mardi 31° jour de décembre. » (Bibl. Nat., Cabinet des titres, Pièces originales, 1854.)

à son égard, il avala du poison”. La chose n'est pas invraisemblable et dans cet ordre d'idées les mœurs du temps permettent de tout supposer. Néanmoins le document, qui nous rapporte ces dires, n’a point assez d'autorité pour qu'il soit possible de rien affirmer.

Marillac fut enterré dans son abbaye de Saint-Père de Melun. Il n’y reste aujourd’hui aucun vestige de sa tombe.

1. Extrait d'un catalogue manuscrit des abbés de Saint-Pére de Melun (Archives municipales de Melun, GG.)

Le diplomate, le politique, l'homme privé, l'écrivain.

Après avoir raconté la vie de Charles de Marillac, il nous resle à dire ce que fut l’homme: à apprécier d’abord

le personnage officiel, — le diplomate, le politique, le prélat, — à pénétrer ensuite dans l'intimité de l’homme privé.

Est-l besoin de dire que, chez Marillac, c’est la figure de l'ambassadeur qui ressort avec le plus d'éclat? De 1534 à 1559, sur vingt-cinq années, il en compte dix-sept de services actifs.

De 1534 à 1538, 1l est à Constantinople ; de 1539 à 1543, en Angleterre ; de 1547 à 1551, à la Cour Impériale. Nous le trouvons à Metz en 1553, en Suisse en 1554, à Marek en 1555, à Rome en 1557, à Augsbourg en 1559.

Une carrière si bien suivie et si rarement interrompue mérite à coup sûr d’être signalée. Sous les règnes de François {* et de Henry IT, la Cour est livrée aux compétitions incessantes des partis : chaque faction a ses serviteurs qui apparaissent et disparaissent avec elle et bien peu sont assez habiles pour s'assurer une faveur de quelque durée. La position des diplomates est particulièrement

difficile : les questions de politique extérieure sont avant toutes autres matière à dissentiments et rivalités ; 1l ÿ a un parti de la guerre et un parti de la paix, et du jour au lendemain les ambassadeurs doivent être prêts à servir l’un ou l’autre. Beaucoup s’y refusent et préfèrent saerifier leur avenir aux idées politiques dont ils ont été naguère les représentants et les défenseurs, comme M. de Noailles, qui en 1559 est brutalement destitué de son poste d’ambassadeur à Londres, pour n'avoir point voulu abandonner la ligne de conduite que lui avait tracée son vieux protecteur Montmorency. Beaucoup aussi se conforment le mieux qu'ils peuvent à ces brusques et perpétuels revirements et ne croient pas devoir refuser leurs services à de nouveaux maîtres.

Nous mettrons Marillac au nombre de ces derniers. Pendant toute sa carrière de diplomate, 1l fut ce que nous appelons aujourd’hui un gouvernemental. 11 débute sous les auspices du connétable de Montmorency ; bientôt après le voilà qui sert le parti de la duchesse d'Étampes. Monimorency revenu au pouvoir, ilse range de nouveau parmi ses fidèles, jusqu'à l’arrivée aux affaires des Guise, dont il accepte sans hésitation de défendre les projets de politique extérieure.

On reconnaît aisément dans cette attitude le caractère souple et ambitieux de la race à laquelle appartenait Marillac. On y voit aussi très nettement se continuer la tradition de la famille. Guillaume de Marillac avait, nous l'avons vu, donné à son fils un bel exemple de cette merveilleuse aptitude à s’accommoder des hommes et des choses. Et ce que nous savons de la nature de Charles de Marillac nous prouve que ces leçons étaient tombées dans un terrain bien préparé. Le souci de parvenir apparaît très clairement dans les correspondances officielles elles-

mêmes de notre ambassadeur. À aucun moment il ne se laisse oublier. Pendant son séjour en Angleterre, reviennent continuellement dans ses lettres des plaintes sur « son si pelit estat de fortune qu'il n’a moyen en ce monde de vivre aultre que celluy que le Roy lui donne »', sur sa pauvreté & qui est si notoire qu'il n’est besoin d’en faire plus ample démonstration »*. Au mois d'avril 1541, ïl demande même son rappel, incapable qu'il est avec son modéste traitement de faire figure honorable à la cour de Londres *. C’est en un mot un tempérament d’ambitieux tenace et l’on s'explique ainsi la facilité avec laquelle il a si souvent « tourné sa robbe », pour lui emprunter une de ses expressions favorites.

Ne soyons point pourtant trop sévères, et à côté du mal, faisons la part du bien. Reconnaissons d’abord le réel talent qu'il fallut à cet ambitieux pour se plier aux exigences imprévues, à la politique variable et changeante de son gouvernement. À son départ pour Londres on lui donne mission de soutenir en Angleterre le parti de la paix et 1l s’en acquitte à l'entière satisfaction de Montmorency. Un an après, 1l s’agit d'entraîner Henry VIIT à la guerre et l’habile diplomate emploie à cette nouvelle œuvre tout autant d'activité, tout autant d'initiative qu'à la première. A Marck, il défend avec éloquence les plans pacifiques du Connétable et, l’année suivante, sous l'inspiration des Guise, 1l publie son manifeste sur la rupture de la trêve, où 1l prétend justifier la dénonciation de la paix. Ce sont RÀà, dira-t-on, des traits fort peu honorables. Ces mots sont peut-être bien sévères, appliqués à un diplomate.

1. De Marillac au Connétable, 12 février 1541. (Correspondance politique de Marillac en Angleterre, p. 270.)

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