Du même au même, 19 avril 1541. (/bid.,p
Au reste il ne faudrait point croire que la carrière politique de Marillac n’ait été qu'une incessante volte-face. Les faits donneraient tort à pareille supposition. Sur les huit ambassades de Marillac, il importe en effet de ne pas l’oublier, quatre furent consacrées, sans nulle défaillance de sa part, à la réalisation du plan glorieux que se traça au xvi° siècle la politique française et que devaient si heureusement poursuivre Henry IV et Richelieu : l'alliance de la France avec les Protestants d'Allemagne. Pendant son séjour à la cour unpériale, pendant ses missions à Metz, en Suisse et à Augsbourg, Marillac travailla avec ardeur à cette œuvre et là est certainement l'honneur de sa vie de diplomate. On peut dire que dans la première moitié du xvi° siècle, il fut de nos hommes politiques le mieux éclairé sur les affaires d'Allemagne et le mieux en état de servir utilement à ce point de vue son gouvernement. Les sommaires, qu'il rédigea au retour de chacune de ses quatre ambassades et qui nous ont fourni au cours de ce travail de précieux renseignements, nous prouvent en effet quelle connaissance 1] avait acquise des aspirations politiques et religieuses, des ressources morales et matérielles de la Germanie, et quelle expérience lui avait donnée des hommes et des choses de ce pays le long séjour qu'il y avait fait.
Ces sommaires, auxquels il convient de joindre celui que Marillac composa après sa mission à Rome, forment assurément la partie la plus originale et la plus personnelle de l’œuvre écrite de notre ambassadeur. Aucun diplomate du temps n’a compris mieux que lui l'utilité et les avantages de ces comptes rendus, où sont exposés les causes, les divers épisodes et les résullats d’une négociation. Bien souvent d’ailleurs il en élargit le cadre et donne à une simple note diplomatique les proportions d'une véritable
étude de politique générale. Tel le sommaire, qu'il rédigea à son retour de la cour impériale (1551), où 1l expose en détail les raisons des succès de Charles-Quint, qu’il attribue avant tout à la désunion et aux fautes de ses adversaires : aux fautes de la France d’abord, qui a sans cesse laissé échapper l’occasion favorable de « remporter la victoire » : aux fautes des Protestants d'Allemagne qui « pensans que tout le monde ensemble ne leur pustnuyre' », ont méprisé l'appui de la France et ont attendu d’avoir été battus pour se tourner vers nous ; aux fautes du Pape enfin qui n’a pas compris le danger que faisait courir au Saint-Siège la puissance impériale et qui n’a cessé d’offenser nos souverains, € jusques à donner le chappeau de Cardinal à des gardeurs de singes” » au détriment des plus éminents de nos prélats. Et pendant ce temps l'Empereur profitait de ces dissensions et les encourageait & jectant partout semences de défiance », se parant € d’un zèle de religion et de juslice* » qui n'était qu'hypocrisie, mais qui ne laissait pas que de faire impression sur le monde. Cette idée que Charles-Quint n’a été en somme qu'un €hypocrite raffiné » plaît particulièrement à Marillac. & C’est là, dit-1l, la plus grande poison dont l'Empereur se soit jamais prévalu. En voyant ses parolles et ses façons ne montrer que saincteté et équité l’universel a esté gagné et n’a pu estre capable de congnoistre la vérité* ». La vérité est que « ceste contenance a esté une vraye hypocrisie ». L'Empereur l’a adoptée non par conviction, mais ( pour ce qu'elle pouvoit servir à son prouffict et pour que tout le monde eust imprimé au
1. Sommaire de l'ambassade en Allemagne de M. de Marillac, publ. dans Ranke, Deutsche Geschichte im Zeitalter der Reformation, DVI ep 405
2 Ibid.