‹ Charles de MarillacChapitre 186 sur 200 · Jbrd · texte numérisé non relu

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vous font « les plus beaux sermens » quitte à se parjurer sans honte à la première occasion.

Mais en fait de perfidie, nuls n’approchent des Italiens. L'on trouverait difficilement en effet peuple « plus fourbe, plus-menteur et plus indigne ». « Quelque chose qu'ilz disent et qu'ilz promectent, 1lz ne se meuvent jamais synon .en tant que cela tourne à leur prouffict » et il serait imprudent de & faire fondement sur leurs ouvertures », car leur coutume est de & changer au premier vent » et de se donner toujours @au plus offrant et dernier renchérisseur | ».

Que l’on rapproche ces considérations si personnelles, ces observations si solides de la pauvreté et de l’étroitesse de vues de beaucoup de négociateurs du temps, et l’on reconnaîtra l’incontestable supériorité de Marillac, dont la place doit être marquée à côté des plus célèbres diplomates du xvr siècle, à côté des du Bellay, des de Selve, des Pélicier, des d’'Urté, des de Tournon, des du Ferrier.

S'il nous a été permis d'adresser quelques reproches à Marillac ambassadeur, nous n'avons en revanche à donner que des éloges à Marillac homme d'État. Diplomate, il n'avait jamais perdu de vue son intérêt personnel ; homme d'État nous le trouvons prêt à sacrifier honneur et crédit au triomphe de ses idées et de ses principes. Sa harangue à l'assemblée des Notables rachète ainsi bien des faiblesses et nous laisse sous une impression favorable à celui qui n'hésita pas à se séparer d’un parti, dont il pouvait espérer encore des faveurs, mais dont la conduite ne répondait plus à son honnêteté, n1 à son patriotisme.

Nous avons l’heureuse fortune de posséder les notes que

1. De Marillac au Connétable, Rome, 16 mars 1557. (Bibl. Nat., fr. 20644, fol. 120 vo.)

Marillac avait réunies en vue de son discours et qui lui servirent à le préparer. Dans les « mémoires trouvez entre les papiers de feu Charles de Marillac, archevesque de Vienne ! » nous reconnaissons, consignées sous une forme nerveuse et serrée, la plupart des idées qu'il développa à Fontainebleau. Devant se borner d’ailleurs, le prélat n’utilisa qu'une partie de ses notes ; il n’insista que sur. les points essentiels, mais l’on peut s’assurer par la lecture de son manuscrit du nombre et de l’importance des renseignements qu'il avait recueillis, du soin avec lequel il avait étudié son sujet, des patientes réflexions qui avaient présidé à la composition de sa harangue. Ces («mémoires » et le discours lui-même nous permettent de saisir très nettement chez Marillac la physionomie de l’homme poliuque.

En ce temps où la question religieuse primait toutes les autres et servait à couvrir les plus odieux excès, un sentüiment bien rare était celui de la tolérance. Et Marillac nous apparaît à ce point de vue sous un jour trop favorable pour que nous ne marquions pas tout d’abord ce premier trait de son caractère. À Fontainebleau, on l’a vu, il s'était élevé avec indignation contre les violents et les exaltés qui prétendaient faire triompher leurs croyances les armes à la main. Dans les notes de son discours, nous trouvons plus fermement exprimées encore les mêmes idées. € Soubz umbre de la relligion, dit:1l, on ne se doibt enquérir des mœurs, ny procedder pour une injure ou Opprobre proférées contre le ministre : comme celluy qui fut prisonnier pour ce qu'il dit qu'il aymeroiït mieux veoir un diable que ung prestre mal vivant. — Que nul ne soyt tenu subir jugement sur quelque parolle légièrement dicte,

1. Publiés par Paris, Négociations, lettres et pièces diverses relatives au règne de Francois IT, p. 772-779. (Coll. des Doc. in. de l’hist. de Fr.)

quand il ne vouldra persévérer, s’il n'est prédicaleur ou constitué en dignité ecclésiastique ou degré : aultrement tout homme, qui auroyt ennemi, seroyt en dangier d’estre accusé, ayant proféré quelque parolle qu'il ne vouldroyÿt soutenir. — Qu'il soyt deffendu aux prescheurs de disputer propositions qui sont en controverses touchant la relligion ; qu'ilz preschent simplement bonne doctrine, remectant les disputtes aux escolles'. » Que l’on songe que ces lignes ont été écrites en 1560 et l’on n’hésitera pas à faire honneur à Marillac d’avoir été l’un des premiers apôtres de cette tolérance qui ne devait que si longtemps après, el au prix de quels combats, s'établir décidément en Europe.

Mais au xvr° siècle, une telle largeur d'idées était dangereuse, et Marillac en fit l'expérience. On l'accusa d’hérésie. & De ce temps, dit Brantôme, il y eut quelques évesques d’une haute volée soubçonnez tenir mal de la religion catholique, entre aultres M. de Marillac, évesque de Vienne *. » Ainsi, à la fin de sa vie, se renouvelaent les mêmes accusalions qui, pendant sa jeunesse, avaient obligé Marillac à quitter Paris.

Manillac fut-1l ou ne fut-il pas protestant? La question est aussi délicate à son sujet que pour beaucoup de personnages du temps. Nous y répondrions cependant assez volontiers par la négative. Remarquons d’abord que, dans aucun de ses écrits, 1l ne lui est échappé contre le catholicisme de mots haineux ou agressifs el que dans aucun n'apparaissent surtout des préférences marquées pour la Réforme. A Fontainebleau il trace, il est vrai, un tableau lamentable de l’état de l'Église et des abus qui la désho-

1. Paris, op. cit., p. 775. 2. Brantôme, OEuvres (édit. Lalanne), t. IV, p. 46. — Cf: t. I, p. 83.

norent. Mais il faut voir là plutôt les constatalions attristées d’un catholique sincère que le fait d’un dissident se réjouissant des fautes de ses adversaires. N’affirme-tl pas d’ailleurs, expressément, dans les rrotes de son discours, «qu'il ne faut riens innover en la relligion que par grande nécessité... car mutation en la relligion amène communément mutation d’estat. De tel changement en relligion, ajoute-t-il, vient le doubte entre le petit peuple, du doubte la variation, de la variation l'incertitude de ce qu'il doibt croire, de l'incertitude une malheureuse fin qui est l’athéisme *. » Au surplus, toutes les critiques qu'il adresse à l’état actuel de l'Église n'ont qu'un but, il le répète à différentes reprises, & c’est d’empescher l'accroissement des protestans et la diminution de l’obéissance à l'Églize Romaine, ..… c’est de parer aux maux advenuz en la relligion, … c'est d'imposer silence à ceux qui parlent mal des catolicques ». Et il est vraiment étrange enfin que, si Marillac a réellement incliné vers les nouvelles doctrines, nous ne trouvions, — nous ne disons pas dans la harangue publique de Fontainebleau, mais dans les mémoires personnels qu'il avait rédigés, — ni une phrase, ni une allusion où se trahisse sa sympathie pour la Réforme.

En somme, l'archevêque de Vienne fut, semble-t1l, un tolérant et rien de plus, un tolérant de l'école de Michel de L’Hospital, son compatriote et son ami. Et l’on peut faire, à ce point de vue, entre les deux hommes, un rapprochement bien fondé. Lorsque L'Hospital, nommé chancelier, le ? juillet 1560, se rendit le 5 du même mois au Parlement pour y faire enregistrer l’édit de Romorantin, il prononça devant la cour une longue harangue où, en les termes les plus élevés, il prêchait la conciliation et la

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