Paris, op. cit., p
paix. Or, nous savons que Marillac accompagna ce jour-là son ami au Parlement, et 1l est intéressant de constater que les mêmes idées, exprimées parfois d’une manière identique, se retrouvent dans la harangue de L'Hospital et dans celle que le mois suivant Marillac prononça à Fontainebleau‘. Louable accord de ces deux hommes indépendants et courageux qui ne craignirent pas de s’atürer la haine de tous les partis, en se plaçant au-dessus d’eux et en se faisant les défenseurs des plus sages € propositions ».
La tolérance de Marillac s'explique donc assez naturellement et par son caractère, qui semble avoir été « voluntiers esloigné des partiz extresmes » et par l'amitié qui le lait au plus illustre des modérés du temps. Mais la cause en doit être recherchée aussi dans les circonstances où le plaça sa longue carrière de diplomate. Au cours de ses fréquents séjours à l'étranger, 1l avait pu voir de près les maux causés par les divisions religieuses et il en avait gardé, paraîtl, un souvenir très vif. À plusieurs reprises, 1l y fait allusion et dans son discours à l'assemblée des Notables et dans ses « mémoires ». 11 avait assisté en Angleterre aux discordes incessantes des partis, € qui fournissoient chaque jour plus fraische matière à plus grandes boucheryes que jamais »; pendant son ambassade d'Allemagne, il avait reconnu combien « le seur establissement de la relligion est nécessaire au seur establissement de l’estat », et le désir d'épargner à son pays les malheurs dont 1l avait été le témoin devait l’encourager à défendre les idées généreuses dont il se faisait l'interprète.
4. Cf.: la harangue de L'Hospital, dans Dufey, OEuvres de Michel de L'Hospital, 1.1, p. 319-333. — V, aussi Taillandier, Nouvelles recherches historiques sur la vie et les ouvrages du Chancelier de l'Hospital p. 37-45.
Chez Marillac l’homme politique doit done beaucoup à l'ambassadeur. Mais nulle part ailleurs on ne le constate mieux que dans l'exposé des moyens qu'il propose («comme les plus propres à mettre un terme à l'hérésie ».
Il demande d’abord que l’on oblige les évêques à résider dans leurs diocèses, car, dit-il, « l'exemple de l'Allemagne nous admoneste » des dangers que court une Église abandonnée par son prélat”. Il déclare ensuite qu'il importe de réunir au plus tôt un Concile national, car sur Île Concile général il ne faut point compter. Et là apparaît bien l’expérience du diplomate. C’est qu’au cours de ses ambassades, Marillac avait pu se convaincre qu'un Concile général, où tous les peuples seraient représentés et où le monde chrétien tout entier se mettrait d'accord, était chose impossible, à laquelle s’opposeraient toujours les ambitions et les intérêts politiques des souverains. Lui-même, en 1550, n’avait-il pas conseillé au roi Henry IT de refuser de parüciper au Concile de Trente, dans le seul but de faire échec aux projets de Charles-Quint? Non, chaque État doit se suffire à lui-même et essayer de se guérir lui-même: et empruntant à L'Hospital une de ses comparaisons familières, Marillac compare la France à un malade « qui, espuisé d’une fiebvre continue, où la saignée ou aultre remède prompt est nécessaire, ne peut attendre qu’on soyt allé quérir un médecin bien loin, lequel on n'est certain encore qu'il viendra? ».
Sur le fait de la politique comme sur le fait de la religion Marillac nous semble digne des éloges les plus mérités. Nous avons vu avec quelle éloquence et quel courage il défendit à Fontainebleau les droits de la nation contre les
AS PanS. Op CU p. 774.
2. Discours à Fontainebleau, dans La Planche, Æistoire de l’estat de la France (éd. Mennechet), p. 376.
desseins ambitieux des Guise et l’absolutisme de la Couronne. Là encore il était en parfaite communauté d'idées avec Michel de L’Hospital. Le discours prononcé par le Chancelier au Parlement, le 7 septembre 1560, n’est en effet, on peut le dire, que la reproduction de la harangue de l’archevêque de Vienne”. Les deux amis s’inspiraient et se soutenaient ainsi l'un l’autre, (ayant le plus rare de tous les courages, celui de la modération entre les partis furieux ».
Le nom de Marillac doit enfin se trouver confondu avec celui de L’'Hospital dans une dernière louange. L’archevèque de Vienne fut en effet le conseiller écouté et le collaborateur zélé du Chancelier dans ‘une des réformes que celui-ci eut le plus à cœur : la réforme de la justice. A Fontanebleau, Marillac n'avait point abordé cette question. Mais elle est en revanche longuement développée dans les « mémoires ». On trouve là tous les éléments d’une étude complète sur les abus de l'administration judiciaire du temps et sur les moyens d'y remédier. Marillac se fait de la justice la conception la plus haute. € La justice est parüe de la religion, ditl, en ce que c’est l'office du prince, comme magistrat ordonné de Dieu. Elle est aussi partie
de l’establissement des royaulmes.* » Voilà pourquoi il faut s’affliger de voir cette noble fonction € en la situation à laquelle elle est réduicte ». « Les choses sont allées en déclination en France despuys que la justice y a esté corrompue » *, et il est à craindre que pis ne survienne si l’on n'y pourvoit. Deux maux (sont en la justice : la longueur
et la cherté ». La longueur d’abord, qui a pour cause la
1. Dutey, OEuvres de l'Hospital, t. T, p. 347-366. — Taillandier, op, cit., p. 50 et seq.
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