Bibl. Nat., Cab. des Tit.; Pièces originales
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bon ami? On en pourrait douter à lire le rapport adressé au Roi par Jean de Selve, ambassadeur de France à Rome, et relatif au séjour de l'archevêque de Vienne à la Cour Pontificale en 1557’. Nous l'avons dit, ce rapport ne vise en rien l'honorabilité de Marillac comme homme public, mais 1l nous le présente en revanche comme homme privé sous les plus noires couleurs. Une violence de caractère incroyable, un orgueil et une vanité démesurés, une arrogance insupportable, tels sont les traits sous lesquels l'archevêque de Vienne nous est dépeint. En arrivant à Rome, il était descendu à l’ambassade française et il y avait reçu, d’après de Selve, « tous les honneurs, honnestes et gracieux traitemens qu'il avoit esté possible ». Pourtant loin d’être reconnaissant de cet accueil, — c’est toujours de Selve qui parle, — il avait au contraire pendant la durée de sa mission semblé prendre à tâche de rabaisser et d'humilier cruellement son collègue. Singulièrement animé est d’ailleurs le récit de l'ambassadeur. Laissons-lui pour un moment la parole. Un jour, — ce fut, dit le rapport, & le principal propoz de querelle passé entre l’archevesque de Vienne et l'ambassadeur du Roy », — un jour M. de Marillac, M. de Selve et M. de la Chapelle-aux-Ursins s’occupaient à régler la matière de leur prochain entretien avec le Pape. « M. de Marillac despartissoit à chacun sa charge et commission sur laquelle il auroyt à négocier avecques le Pape, disant au sieur de la Chapelle : « Vous parlerez du faict des Cardinaux : je parleroy du faict de la privation du Royaulme et du voyaige du marquis de la Cave et de mon congé. Vous, Monsieur de Selve, vous parlerez de la pri-
1. Les propoz qui ont esté tenuz entre l’Arcevesque de Vienne et de Selve, ambassadeurs du Roy à Rome, dans Cimber et Danjou, Archives curieuses de l'Hist. de France, 1re série, t. III, p. 205-212.
vaton de M. de Sainct-Papoul suivant ce que la Royne vous en a escripl' ». Puis se reprenant tout à coup: « Vous oubliez une chose », dit-il à M. de Selve. — « Moy, répond l'ambassadeur, je n’oublye riens que je scaiche, car je n’ay encore de riens parlé. Qu'est-ce que j'oublye? — Vous oubliez de parler de ce dont vous avez parlé ce matin à Monsieur de la Chappelle et à moy ». À ces mots, prononcés sur un {on arrogant et agressif, la patience échappe à M. de Selve. & Sy je vous en ay parlé ce matin, s’écrie-tl, c'est signe que Je ne l’ay pas oublyé... Mais quand j"y pense, Monsieur, vous me traictez d’une estrange façon, car il semble que je sois vostre clerc et vosire disciple et que vous me vouliez icy régenter comme sy vous estiez mon pédagogue. Je le treuve bien estrange, car je ne l’ay pas accoustumé et 1l y a longtemps que je scay aller tout seul ». Ces paroles donnent un moment à réfléchir à M. de Marillac.
— & Ce que J'ay fact, déclare-t-1l, n’estoit que pour bien. Ce n’est pas ma faulte si je suis ainsi mal gracieux. Si vous congnoissiez mon cueur, vous trouveriez que Je vous ayme el vous révère.
— Si vous voyiez le mien, repartit M. de Selve, vous trouveriez le semblable.
— J’ay négocié avecques vous aussy sincèrement et nettement qu'homme scauroyt faire.
1Ft moy avecques vous aussy sincèrement et. nettement que vous avecques moy pour le moings.
— Vous voulez donc dire qu'il y a quelque chose de plus? Vous ne scauriez avoir négocié plus sincèrement que moy.
— Je ne veux point dire plus, je veux dire ce qui est et que je vous redis encores; vous me déclairez que vous avez