‹ Charles de MarillacChapitre 195 sur 200 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

négocié sincèrement el nettement avecques moy, je dis que j'en ay faict aultant avec vous pour le moings ».

Là dessus € sans aultre raison ny propoz », l'Archevêque entre en fureur, se répand en injures et finalement accuse son collègue « d'en avoir menty ». M. de Selve bondit sous l’outrage. Il confesse avoir été près « de saisir à la barbe et à la gorge » M. de Marillac et de lui faire cruellement payer son offense. Mais il se retient. € Maistre fol, maistre sot, se contente-t-il de répondre, vous m'avez indiscrettement et insolentement démenty en ma maison, tenant le lieu que je tiens, souvenez-vous en. Sy Je n’avois respect au maistre que nous servons et au lieu où je me trouve et plus de discrettion que vous, je vous feroys sauter par les fenestres et il n’y auroyt point de faulte et vous apprendroys comme il faut parler aux gens de bien ; mais j'espère que je vous le feroy sentir.

— Moy aussi; nous nous retrouverons, riposte M. de Marillac.

Quant vous vouldrez, répond M. de Selve;: plust à Dieu que ce pust estre à ceste heure !

— Je ne suys point homme d’espée.

Ne moy, non plus que vous, mais je ne suis point homme pour endurer cest oultrage et puysque vous n’avez respect à moy ne à mon honneur et que vous me traictez en valet, j'en auroy aussy peu à vous que à ung laquayÿ ».

— N'allez pas plus loin, Monsieur, notre querelle se videra au Conseil Privé. J'en fais partie et nous verrons à qui le Roi donnera raison.

— J'accepte votre proposition et ne redoute pas ce dont vous me menacez. € Les myens et moy mesme estoient congneus des Roys et de leurs Conseils, ayant qu'on sceust que vous fussiez au monde et quant le Roy entendra le

faict, 1l jugera que j'ay usé de grande patience et de grande discrettion, veu le lieu que je üens, l'oultrage qui m'est faict et le moyen que j'ay de m’en ressentir. Au contraire ilestimera que vous avez sottement et témérairement parlé el 1l sera recongneu d'’aillieurs que ce n’est pas la première foys que vous n’avez parlé avecques toute la discrettion et le respect que vous debviez avoir.

— Voulez-vous dire que j'ay esté juge indiscret du Conseil Privé, interroge M. de Marillac ?

— Je ne dis point cella, reprend M. de Selve ; mais je dis que le Conseil congnoistra que ce n’est pas la première folye que vous avez faicte.… Je seroy oy au Conseil du Roy tout aussy bien que vous et n’ay peur [à de vous tout évesque que vous estes, car vostre diocèse ne s’estend point jusques là et je ne suys point vostre brebis et vostre mouton el n'avez nulle authorité sur moy'. »

Le dernier mot reste ainsi à M. de Selve. Mais le soir même, lorsque les représentants du Roi sont admis en présence du Pape, l'archevêque de Vienne prend sa revanche. Pendant toute la durée de l’audience, 1l affecte de parler en son nom, « de magnifier son authorité et de déprimer celle de l'ambassadeur ordinaire du Roy ». Il déclare au Sant-Père qu'il va s’en retourner en France; il est nécessaire, ajoute-t-1l, qu'avant son départ toutes les affaires pendantes soient réglées et bien réglées entre la Cour Pontüficale et le Roi son maître; lui parti de Rome, qui pourrait en effet s’en occuper? Au cas toutefois où le Pape aurait encore quelque message à faire parvenir en France, un des parents de M. de Marillac restant à Rome se chargera de cette commission. Dans ce discours pas une seule fois n’est prononcé le nom de M. de Selve, « comme

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