Ibid
Que ce fût là véritablement sa nature, il ne le semble pas cependant. Pour le laver des accusations exposées plus haut, nous en sommes réduits, sans doute, à supposer un emportement subit, une mauvaise humeur passagère, ou bien encore quelque rancune ignorée contre de Selve. Mais ce que nous pouvons affirmer c’est que Marillac ne fut point le même dans ses relations avec beaucoup de personnages de son temps et que plus d’un de ses contemporains eut à s’applaudir au contraire de ses bons offices et de la sûreté de son commerce.
La plus étroite union ne cessa tout d’abord de régner entre lui et Michel de L'Hospital, et jamais aucun dissentiment ne paraît avoir troublé leur amitié. C'était, il est vrai, une amitié d'enfance. Leurs pères avaient été, l’un, Guillaume de Marillac, intendant de Charles de Bourbon, l'autre, Jean de L'Hospital, médecin du Prince. Les deux enfants durent donc être élevés ensemble jusqu'au moment où Michel fut envoyé à Toulouse pour y faire ses études, c'est-à-dire vers 1518. Ils se retrouvèrent plus tard à Paris et suivirent, à peu près à la même époque, semble-t-il, la même carrière. Tous deux étaient vers 1534 avocats au Parlement de Paris: tous deux furent ensuite nommés conseillers à la cour, Michel en 1537, Charles en 1539. Mais, dès avant cette date, les obligations de la vie publique avaient séparé les deux amis. Pourtant nous les trouvons au même moment (août 1547) investis de la charge d’ambassadeurs, l’un en Allemagne, l’autre auprès du concile de Bologne. Et ces deux missions étaient trop connexes, pour qu'on ne puisse supposer que leurs titulaires ne se soient mis d'accord avant leur départ sur les points communs de leur charge et n'aient peut-être correspondu pendant leur séjour à l'étranger. Mais ce fut là la première et dernière ambassade de Michel de L'Hospital, qui allait
bientôt s'illustrer comme homme d’État, tandis que son ami devait continuer pendant plus de dix ans à servir la France à l'étranger. Nous avons vu cependant qu’en 1560 s’ouvre une nouvelle période de la vie de Marillac, — période trop tôt interrompue, — et pendant laquelle il est un des soutiens les plus fermes de cette politique de tolérance et de liberté dont son ami s'était fait le représentant. Un dernier trait commun à ces deux hommes de bien estqu’enfin ils moururent tous deux disgrâciés. L'Hospital s’éteignit du moins entouré de l'affection des siens ; Marillac mourut de mort violente peut-être et dans tous les cas dans un isolement qui dut lui rendre singulièrement douloureux ses derniers moments '.
Nous avons conservé un témoignage de l'intimité de Manillac et de L'Hospital. C’est une épître en vers adressée par ce dernier à l'archevêque de Vienne et où, sur un ton empreint de mélancolie, il se plaint à son ami de l’existence du fonctionnaire. Certes, si l'habitude ne nous attachait bon gré mal gré à nos occupations quotidiennes, nous en supporterions difficilement le poids et la continuelle répétition. Et, traçant alors un tableau de la vie du magistrat, le poète en énumère sans aigreur, mais avec découragement, les petitesses, les ridicules et l’incurable monotomie *.
Charles Dumoulin, le célèbre jurisconsulte, doit aussi être compté au nombre des amis de Marillac. Et la dédicace que lui fit Dumoulin de son & Novus intellectus quinque legum » nous prouve les excellents rapports qu’entre-
1. Sur Michel de L'Hospital, cf.: Dufey, OEuvres de Michel de L'Hospital. — Dupré-Lasalle, Michel de L'Hospital jusqu'à son élévation au poste de chancelier de France. — Taillandier, Nouvelles recherches sur la vie et les œuvres du chancelier de L'Hospital.