Dufey, Œuvres de Michel de L'Hospital, t. I, p
tenaient les deux hommes. « Je ne pouvais, dit l’auteur, dédier plus heureusement ce traité qu'à vous, à vous, qui avant que J'eusse pu vous prévenir par quelques bons offices, vous êtes si généreusement intéressé à mes immenses travaux, à mes travaux d’Hercule, s’il m'est permis de le dire. Et ce serait de ma part une véritable ingratitude que de ne point reconnaître ici publiquement votre amitié... Je ne célébrerai pas vos mérites, la rare connaissance que vous avez acquise de plusieurs langues, l'expérience que vous ont donnée vos voyages, les mille travaux de votre vie publique, les heureuses négociations que vous avez menées en Orient, en Angleterre et en Allemagne. Non, ma lettre n’y suflirait pas et d’ailleurs votre habileté et votre jugement solide sont connus, au Conseil Privé du Roi surtout. Je voudrais seulement en terminant évoquer la mémoire de votre frère, le sage et prudent Gabriel de Marillac, vrai conservateur de la vertu et de la justice dans notre Parlement de Paris’. »
On voit quel cas le premier jurisconsulte du temps faisait de Marillac et quels éloges il lui décernait. Et ces louanges ont du prix dans la bouche de Dumoulin, qui passait pour n’en être prodigue qu'à son endroit, fort peu à l'égard des autres.
George Buchanan, poète et historien, précepteur de Montaigne, qu'il dut connaître pendant le séjour que ce savant fit à Paris de 1544 à 1547 comme professeur au collège du Cardinal Lemoine : Henry Estienne, le célèbre imprimeur de Genève, furent liés aussi tout particulièrement
1. Dumoulin, Œuvres, t. IT, préf., p. xrrr. La lettre-dédicace à Charles de Marillac est du 14 octobre 1559. Elle est écrite en latin ; nous en donnons ici la traduction. — Cf.: le Novus intellectus quinque legum, Dumoulin, t. III, p. 352 et seq. — Sur Gabriel de Marillac, avocat au Parlement de Paris, voir p. 421.
avec Marillac. On a prétendu qu'il connut Henry Estienne pendant sa dernière ambassade d'Allemagne et l’auteur qui nous fournit ce renseignement’ ajoute qu'à Augsbourg 1l eut le courage d'inviter à sa table Henry Estienne alors exilé. Ni l’une ni l’autre de ces deux affirmations ne sont absolument exactes. Henry Estienne ne fut jamais exilé de France. Son père, .persécuté à Paris, s'était, il est vrai, réfugié à Genève, mais quant à Henry, il venait très souvent à Paris où l’appelaient ses affaires, le débit de ses livres et ses relations avec les savants. Il fit même exécuter dans la capitale plusieurs de ses ouvrages etil est très naturel de supposer que c’est là que Marillac le connut d’abord. Qu'il füt à Augsbourg en 1559, et que l'ambassadeur de France ait pu renouer alors avec lui de vieilles relations, la chose est d’ailleurs très vraisemblable. A cette date en effet Henry Estienne était en commerce suivi avec Ulrich Fugger, le riche banquier d’Augsbourg, qui avait mis sa bibliothèque à la disposition du savant et auquel celui-ci dédia par reconnaissance, en 1559 précisément, son édition de Diodore de Sicile.
En dehors de ces amitiés, dont le souvenir nous a été conservé, on ne peut douter que Marillac n’en ait eu bien d’autres. Sa carrière le mit certainement en rapports avec un grand nombre de notabilités du temps, avec le cardinal du Bellay, avec Paul de Foix, archevêque de Toulouse, avec Arnould du Ferrier, ambassadeur de France au concile de Trente et à Venise, avec Odet de Selve, ambassadeur en Angleterre. Chez son frère, si estimé dans le monde judiciare, il rencontrait d'autre part les magistrats et les avocats les plus marquants: Pierre Lizet, son compatriote, Christophe de Thou, le père de l'historien, les avocats