‹ Charles de MarillacChapitre 22 sur 200 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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3. Correspondance politique de MM. de Castillon et de Marillac

publiée par MM. Kaulek, Farges et G. Lefèvre-Pontalis. Préface, p. xvit. &. Bibl. Nat., fr. 20229.

Malheureusement toutes les correspondances du nouvel ambassadeur ayant été perdues, nous ne pouvons savoir comment il s’acquitta de ses fonctions. Nous ne connaissons même pas exactement la date de sa rentrée en France. On peut la placer vers le milieu de 1538, puisque Rincon, son successeur, arriva à Constantinople en mars 1538.

Quoi qu'il en soit, cette première mission décida de l'avenir de Marillac. Le jeune avocat au Parlement dut jusüfier pendant son séjour à Constantinople la bonne opinion que le Roi avait conçue de son zèle et de son intelligence. En effet, à son retour d'Orient, il fut désigné pour remplir une charge d’une importance extrême, l’ambassade auprès du roi d'Angleterre, Henry VIIL A partir de ee moment, nous possédons enfin sur lui des détails plus précis, grâce aux registres de ses correspondances diplomatiques, qui nous on! été conservés à peu près complètement. Nous pourrons dès lors apprécier les réelles qualités qui lui méritèrent la faveur de la Cour, et nous verrons comment il sut reconnaître, par de nombreux et importants services, la confiance que le Roi lui avait témoignée en le chargeant de l’un des premiers postes diplomatiques de l'Europe.

Mais avant de suivre Marillac dans son honorable carrière, 1l importe de jeter un coup d'œil sur l'état de l'Europe au moment où il entrait en charge. La connaissance de la situation politique d’alors permettra et de mieux comprendre l'intérêt des ambassades de Marillac, et de mieux apprécier les excellents services qu'il rendit à son pays.

Etat de l’Europe en 1539 : la paix européenne.

L'année 1539, — date de l'entrée en charge de Marillac, — s'ouvre sur une promesse de paix. À la fin de 1538, la trêve de Nice et l’entrevue d’Aigues-Mortes ont mis un terme à la troisième lutte de François [* et de Charles- Quint, et les actives négociations entamées depuis entre les deux souverains permettent d'espérer leur prochaine et définitive réconciliation. Les autres puissances européennes sont invitées elles aussi à déposer les armes. Tout annonce une pacification générale. Les rivalités ne tarderont pas, 1l est vrai, à renaître, puisqu'en 1543 une guerre acharnée mettra aux prises la France, l'Empereur et l’Angleterre. Mais il n’en reste pas moins certain qu’au commencement de 1539 la politique européenne est nettement orientée vers la paix.

La trêve de Nice, signée par François I* et Charles- Quint, était l’œuvre du pape Paul II. Sincèrement affigé de l’inimitié des deux princes et du trouble qu'elle entretenait dans le monde chrétien, il n’avait négligé ni soins ni peines pour y mettre fin. Et ce fut là le premier

succès de cette politique pacifique, dont le Pontife ne se départit jamais'. Il faut reconnaître d’ailleurs qu'il avait trouvé à la cour de François [* comme à celle de l'Empereur un très ferme appui. Le connétable de Montmorency, représentant du parti de la paix en France, avait prêté son entier concours aux projets du Saint-Siège et plusieurs des minisires impériaux n'avaient pas ménagé le leur. Un fait pouvait permettre du reste d'espérer beaucoup du rapprochement qui venait de s’opérer : on avait discuté à Nice le règlement de la question la plus brûlante de la politique du temps, — la question du Milanais, — et les deux partis n'avaient point paru trop éloignés d’une entente. Depuis les négociations s'étaient poursuivies; finalement, le 1% février 1539, un projet de traité avait été signé, aux termes duquel la fille ou la nièce de l'Empereur devait apporter le Milanais en dot au duc d'Orléans, troisième fils de François I*°. La raison la plus grave d’hostilités entre Charles-Quint et le roi de France était donc, au début de 1539, sur le point d’être écartée et jamais peut-être l'espérance d’un accord définitif entre les deux rivaux n'avait été mieux fondée. Ce premier avantage, obtenu par Montmorency, avait accru son crédit et les partisans de la paix triomphaient décidément à la cour de France. Il n’en allait pas autrement à la cour impériale. Là aussi on se berçait de l'espoir de voir enfin apaisée une interminable rivalité ; là aussi on se flattait de la perspective d’un rapprochement durable entre François [* et Charles-Quint.

Mais une question se posait : l’amitié des deux souve-

1. Ranke, Histoire dé la Papauté aux XVIe et XVIIe siècles (trad Haiber et Saint-Chéron), t. I, p. 269.

2. Fr. Decrue, Anne de Montmorency, grand-maitre et connétable de France, à la cour, aux armées et au conseil du roi Francois Ier, p. 398, 364-365.

rains devait-elle assurer une paix générale à l'Europe? Réconciliés, n’allaient-ls pas s'unir contre leurs ennemis communs et de nouveau reprendre les armes ? Ces ennemis communs des deux princes catholiques paraissaient être le Turc d’une part, les Luthériens d'Allemagne et d'Angleterre de l’autre. Charles-Quint, pour sa part, s'était trop souvent poséen champion du catholicisme en Europe, pour qu'on püt supposer que, hbre maintenant de toute inquiétude du côté de la France, ilne réalisät point contre le Turc et contre l’hérésie protestante les menaces et les projets violents qu’il avait été tant de fois obligé de différer. Quant à François [*, il avait bien pu précédemment s'unir contre l'Empereur aux Infidèles, rechercher contre lui l'appui de l'Angleterre protestante, se créer des alliances parmi les Réformés d'Allemagne. Mais maintenant que ces alliances allaient lui devenir inutiles, devaitl persister dans une politique aussi compromettante pour un roi très chrétien, pour un fils aîné de l'Église ? En fait, depuis l'ouverture des négociations franco-impériales, Montmorency s'était eflorcé de rompre avec les alliés dont son maître s'était rapproché, et dans ces conditions 1l était possible que la France acceptât de participer à la guerre religieuse que l'Empereur lui proposerait.

Et cette perspective d’une entente des deux souverains catholiques contre l’hérésie était d'autant plus vraisemblable que depuis la trêve le Pape ne cessait de les y encourager. Au regard des Luthériens d'Allemagne, Paul LI avouait, 1l est vrai, garder quelque espoir de les ramener par des moyens pacifiques. Mais ce à quoi en revanche il poussait très vivement Charles et François, c'était à une croisade contre le Turc et l'Angleterre ‘. Un moment après

1: Maurenbrecher, Xarl V und die deutschen Protestanten (1535- 1555), p. 40.

la trêve de Nice, on put croire être à la veille d’une conflagration générale.

Mais en dépit des apparences contraires, ces graves questions du Turc, des Luthériens d'Allemagne et d’Angleterre semblèrent bientôt en voie d’être apaisées.

À la question d'Orient la France tente tout d’abord de donner une solution pacifique. François [*, usant de l’influence qu'il a acquise à Constantinople, réussit à négocier un accord entre la Porte et les Vénitiens et met ainsi pour un temps l'Italie à l’abri des Infidèles. Et l'Empereur se montrant, d'autre part, assez bien disposé à accepter une trêve, la France s’entremet comme médiatrice entre lui et le Grand-Seigneur. Les pourparlers qui s'engagent font espérer que notre intervention ne sera pas vaine ‘.

À l'abri de toute préoccupation du côté de l'Orient, Charles va-t-11 donc tourner ses armes contre l'Allemagne & pour y exterminer de fond en comble lhérésie luthé- « rienne »? On pourrait le croire, car la force semble lui rester à ce moment comme l'unique moyen de mettre un terme aux progrès du Luthéranisme. Il a essayé en 1530 de négocier avec les Réformés, mais ses tentatives de concihation sont demeurées infructueuses et les discussions de la Diète d’Augsbourg n’ont point abouti*. — Jusqu'en 1537, il a pu espérer du moins que d’un concile sortirait la solution de la question religieuse. Mais à cette date, les . Luthériens ont refusé catégoriquement de se soumettre au concile tel que Charles peut seulement le leur offrir, c'està-dire réuni par le Pape et placé sous sa direction *. Après

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