De Marillac au Connétable, 2 avril 1539. (OpACu-p
mellement à l'ambassadeur si le roi de France « ne l’avoit chargé d’aulcune déclaration particulière touchant l’alliance contre l'Empereur! ». Et cette demande, le monarque y revint à plusieurs reprises, insistant chaque fois davantage € pour congnoistre le fons des intentions » de François I®.
La France, on le comprend, n’élait guère disposée à se laisser gagner à ces propositions ; et aussitôt qu'il en eut été informé par Marillac, François I‘ ordonna à son représentant d'y répondre par un refus formel?. Marillac n'avait point attendu celte injonction pour agir. Il avait déjà déclaré à Henry VIIT que rompre la trêve avec l'Empereur semblerait au roi de France « chose indigne et malséante”* » et que sous aucun prétexte 1l n’y consentirait. Au reçu des ordres de son maître, l'ambassadeur crut devoir revenir encore sur cette déclaration et il le fit en des termes tels que Cromwell put considérer comme définitivement compromis l'espoir de séparer la France de Charles-Quint.
C'était R un sérieux échec et de la plus haute importance, si l’on considérait la situation périlleuse où se trouvait le ministre. Son attitude belliqueuse et intransigeante, les préparatifs de guerre qu'il ordonnait exaspéraient singulièrement le pays. L'idée d’une lutte contre Charles- Quint soutenue au nom des principes luthériens devait suffire à mécontenter les partisans de l’orthodoxie et de l'Empereur, et ils étaient nombreux dans l'Ile, nous l'avons vu. Mais voici que par surcroît il était prouvé que cette lutte, l'Angleterre en supporterait seule tout le poids et que pas un allié n’y prendrait part. Il y avait RÀ un nou-
. De Marillac au Roi, 2 avril 1539. (Op. cit., p. 87.) Du Roi à Marillac, 18 avril 1539. (Zbid., p. 93.) 3. De Marillac au Roi, 2 avril 1539. (/bid, p. 87.)
veau grief à invoquer contre la politique d’un ministre odieux, et l'opposition ne manqua pas de se prévaloir des dernières déclarations de la France.
Au surplus, Marillac ne demeurait pas inactif, et, d’accord avec l’ambassadeur impérial”, il ne cessait d’encourager en secret les chefs du mouvement hostile à Cromwell. Il essayait avant tout de détacher de ce dernier Henry VIII qui flottait encore indécis entre les desseins de son ministre et les vœux de la nation. Peu à peu il y réussit. Le roi avait été particulièrement effrayé du refus de la France de se séparer de Charles-Quint. Depuis qu'il se sentait isolé et sans appui en Europe, ses idées se modifiaient profondément et il inclinait chaque jour davantage vers les plans de politique extérieure que lui suggéraient les adversaires de Cromwell. Et comme, d'autre part, ces plans de pacification, — avant tout de réconciliation avec l’Empereur, — élaient fondés sur le retour de l'Angleterre à l'orthodoxie, Henry VIIT se surprenait à ne plus considérer du même œil le rétablissement des doctrines catholiques dans le royaume. Les excès du luthéranisme protégé par Cromwell étaient bien faits du reste pour l’encourager dans ces sentiments. Soutenus par le gouvernement, les Réformés prenaient chaque jour plus de force et plus d’audace. Ils reconnaissaient la protection qui leur était donnée par de continuelles attaques contre l’ancienne Eglise et en arrivaient à la plus étrange insolence vis-à-vis du catholicisme. Les dogmes catholiques étaient ridieulisés dans d’odieuses chansons et les cérémonies du culte perpétuellement tournées en dérision dans de grotesques parodies *.
1. De Marillac au Connétable, 1er mai 1539. (/bid., p. 96.) 2. Green, Histoire du peuple anglais, t. I, p. 398.
AMBASSADE DE M. DE MARILLAC EN ANGLETERRE a7
Or Henry VIIT était toujours resté au fond du cœur fidèle à la cause d’une réforme modérée et ces attaques l’indisposaient très vivement contre celui qui les inspirait. Marillac ne perdait pas une occasion d’exciter ce mécontentement, en déclarant combien la France s’indignait de voir triompher l'hérésie en Angleterre. Si bien qu'en partie dans la crainte d’une attaque prochaine de la France et de l'Empereur, en partie par conviction personnelle, Henry VILLE se décide soudainement à donner satisfaction à la réaction. Le catholicisme, menacé par Cromwell, est officiellement rétabli dans l'Ile, € hors, il est vrai, l’obéissance au siège apostolique’ » et le roi insiste solennellement en plein Conseil privé sur la portée politique de ce retour à l'orthodoxie, qui prouve les sentiments pacifiques de l'Angleterre et combien elle désire participer à la concorde qui règne en ce moment entre les souverains de l'Europe. « Le principal propoz mis dernierement en avant par ce Roy en son Conseil Privé, écrit Marillac au mois de juillet 1539, a esté de se plaindre dusPape, qui s’efforçoit de révocquer l'Empereur et le Roy de France ses amys de son alliance et dévotion, pour lui faire la guerre, soubz prétexte de dire qu'ilz estoient icy tous héréticques et infidelles ; dont pour prouver le contraire, il requéroit que les oppinions qu'on avoit à tenir en la religion fussent déterminées, afin que ung chascun sceust à quoy s'en tenir et que les Princes congneussent par effect que ce que ledict Sainct-Père mettoit en avant contre lui ne contenoit vérité ?. »
Ainsi el grâce en partie, peut-on dire, aux efforts de la France, l'Angleterre semblait décidément gagnée à la paix.
1. De Marillac au Connétable, 13 juillet 1539. (Corr. pol., p. 115)
Son entière el complète réconciliation avec l'Empereur ne pouvait tarder et François [* paraissait devoir en être l'instrument.
Cependant les choses n'étaient pas près de se dénouer aussi heureusement. En dépit de la réaction, Cromwell était resté au pouvoir et tout en affectant une entière complaisance pour le roi et sa nouvelle politique, il méditait une revanche. Cette revanche. il ne tarda pas à l'obtenir.
Les excès de la réaction lui apparurent bientôt en effet comme tout à fait propres à lui faire regagner le terrain perdu. Le mouvement religieux, qui avait abouti au rétablissement du catholicisme, prenait chaque jour plus de force, trop de force même, car le parti victorieux se montrait impitoyable. Les Q articles d’union » étaient transformés par les évêques en ordonnances de persécution vindicative. Des comités de dénonciation étaient organisés et un grand nombre d’accusés mis en jugement. L'on pouvait craindre que l'Angleterre n’assistât bientôt à des perséculions dignes d’Alva et de Torquemada”.
Or, malgré son désir de rétablir l’ordre dans l'Église, Henry VIT demeurail toujours éloigné des partis extrêmes et Cromwell, reprenant son ascendant sur l'esprit du rot, sut l’indisposer si bien contre le parti catholique que Henry ne tarda pas à rendre sa confiance à son ancien favori. Les catholiques fanatiques sentirent alors de nouveau peser sur eux la lourde main de Cromwell. Les luthériens arrêtés furent bientôt mis en liberté sans jugement, les poursuites suspendues, les magistrats obligés bon gré mal gré de se relâcher de leur sévérité et un pardon géné-