Moberly, The earlÿ Tudors, p
AMBASSADE DE M. DE MARILLAG EN ANGLETERRE 29 ral débarrassa les prisons des hérétiques incarcérés depuis la nouvelle loi’.
C'était à un premier succès; mais il importait de le rendre définitif et d'assurer une fois pour toutes le triomphe du luthéranisme en Angleterre. Dans ce but il fallait chercher un appui à l'extérieur contre l'ennemi le plus redoutable de la Réforme, c’est-à-dire contre Charles- Quint. Les derniers événements n'avaient fait qu'accroître la haine de Cromwell à l'égard de « l'Espagnol » ; ilrêvait d’affranchir son pays et l’Europe même de la terreur superslüilieuse que leur inspirait l'Empereur, et c’est ainsi qu'il en vint à concevoir le plan d'attaque le plus audacieux qui ait été formé au xvr° siècle contre la maison d’Autriche. Dès le milieu de 1539, Cromwell a ressaisi toute son influence sur Henry VIIT; l’œuvre de pacification à laquelle la France vient de donner ses soins est de nouveau et gravement compromise.
Unir dans une action commune contre l'Empereur, la France, les Luthériens d'Allemagne et l'Angleterre, tel est en deux mots le plan de Cromwell. Le ministre, toujours sceptique sur la récente réconciliation de l'Empereur et de François I‘, se flatte de l'espoir d’en amener la rupture. Élargissant en même temps ses desseins, 1l s'efforce d’entraîner à l'offensive les plus sérieux adversaires de Charles- Quint: les protestants d'Allemagne. Une triple alliance doit ainsi être constituée qui forcera la maison d'Autriche à abandonner ses prétentions de suprématie universelle, et l'obligera à renoncer pour longtemps à ses entreprises de perpétuelle ingérence dans les affaires de l'étranger.
C'est du côté de l'Allemagne que se tournèrent tout d’abord les eflorts de Cromwell. Dès la fin de juillet en
1 Gréen Op: cit., 11, p.399:
elfet, Marillac était informé des menées très actives de la politique anglaise dans l'Empire. L’ambassadeur soupçonnait « les choses d’estre surtout conduites chaudement aux cartiers de Clèves » et ces suppositions étaient fondées. Là en effet les événements avaient paru à Cromwell tout à fait propres à favoriser ses projets. Le duc de Clèves, membre de la ligue de Schmalkalde, soutenait à ce moment contre l'Empereur une très âpre querelle au sujet de la principauté de Gueldres, dont. Charles lui contestait la souveraineté. Le différend allait s’aggravant tous les jours et une occasion unique s’offrait à au ministre d’Henry VIII de faire échee comme il Le souhaitait à la politique impériale. Pour que cette question de Gueldres, comme le remarquait Marillac, devint le point central d’une conflagration générale en Allemagne, il suffisait d’envenimer les rapports déjà très tendus de l'Empereur et du duc, d’exciter € en soubz main » l'irritation qui se manifestait en Germanie, d'offrir enfin l'appui de l'Angleterre à Clèves et à ses confédérés de Schmalkalde contre Charles-Quint ‘. Ce programme fut bientôt arrêté et Cromwell ne perdit pas un instant pour le réaliser, car, au mois d'août 1539, Marillac apprenait le prochain mariage de Henry VIII, — veuf de sa seconde femme Anne Boleyn, — avec la sœur du duc de Clèves, Anne. Le 1* septembre, l'ambassadeur affirme à François [* « scavoir au vray comme un painctre excellent en son art que ce Roy avoit envoyé en Allemaigne, pour luy rapporter le pourtraict au vif dela sœur du duc de Clèves, est en ces jours arrivé à la Cour? ». Et l’on annonce, continue--1l, € qu’ambassadeurs sont par-
1. Froude, Op. cit., t. II, p. 249. — Moberly, The early Tudors, p. 208-209.
2. De Marillac au Roi, 4er septembre 1589, (Corr. pol., p. 125.)
AMBASSADE DE M. DE MARILLAC EN ANGLETERRE sul
tiz de la part dudict Seigneur Duc pour venir traicter et conclure mariaige d’entre ce Roy et ladicte Dame’ ». Dans la même lettre, il signale l’arrivée de représentants du duc de Saxe. « Tant y a, Sire, à ce que je puys veoir, pour establyr la seureté de ses Estatz, ce Roy cherche à faire amytié avecques tous ceulx qu'il luy est possible, en montrant d’allieurs, par toutes les contenances et propoz, qu'il n’a chose autant à cueur que de persévérer en vostre amytié et allance, en laquelle il désyreroit encore se resserrer plus estroictement s’il lui estoit possible? »
Et en effet Cromwell appelait de tous ses vœux à ce moment une umion avec la France. Pour la seconde fois Marillac se vit adresser à ce sujet les demandes les plus pressantes. Le rot et le ministre tenaient à l'ambassadeur & les mesmes propoz d’amytié, donnant assez à entendre qu'ilz vouloient entrer en nouvelle capitulacion * ». La prétendue proposition d’un seigneur milanais au roi d’Angleterre de lui livrer le duché de Milan futun des premiers moyens mis en œuvre par le gouvernement anglais pour influer sur la politique française. Renonçant pour lui aux avantages qu’on lui proposait, le roi d'Angleterre déclarait à Marillac qu'il était prêt à céder sa place à François I‘ et qu'il se chargeait de faire consentir le seigneur milanais à cette substitution“.
Ce n’était point sans intention que Cromwell soulevait à ce moment la question de Milan. La dernière entente de François I* et de Charles-Quint était fondée, on se le rappelle, sur la cession que l'Empereur devait faire à la France du Milanais. Pourtant, jusqu'à ce jour, Charles
Ibid.
Ibid.
Ibid.
De Marillac au Roi, 12 août 1539. (Zbid., p. 121.)