Du Roi à Marillac, 25 août 1539. ({bid., p
de rêver le bouleversement de l'Europe? Ne devait-elle pas préférer participer aux avantages d’une paix dont tous se réjouissaient? Pendant près de vingt ans, des luttes incessantes avaient désolé le monde chrétien; qui donc pouvait désirer les voir renaître? Mais à toutes ces représentations Henry VIII répondait en des termes incertains qui dissimulaient mal ses intentions. Il n’engageait point, disat-il un jour à Marillac, «le Roy son frère à recommencer la guerre », 1l lui conseillait seulement « de faire semblant de faire quelques alliances nouvelles et confirmer les anciennes pour faire condescendre l'Empereur à luy bailler ce qu'il luy avoit si souvent promis! ». Mais après avoir ainsi fait profession de ses sentiments pacifiques, le souverain oubliait bientôt son rôle et dans un autre entreüen vantait à notre ambassadeur sur un ton qui n’avait plus rien de pacifique les excellentes relations que l’Angleterre entretenait en ce moment avec le duc de Clèves et ses alliés de Schmalkalde. Et Marillac comprenait aisément que, par ces belles paroles, le monarque voulait surtout faire impression sur la cour de France et lui prouver « l'excellence du parti auquel il désyroit l’entraîner ».
Henry VIIT ne s’avançait pas trop cependant, Marillac dut le reconnaitre, lorsqu'il célébrait la bonne entente qui se préparait entre lui et les protestants d'Allemagne. Au mois de septembre 1539, notre ambassadeur signale l'arrivée à Londres des envoyés des ducs de Saxe et de Clèves et de la ville de Nüremberg, venus celui de Clèves pour le mariage projeté et tous € pour faire ligue et capituler avecques ce Roy qui ne cherche pour l'heure qu'à faire alliance là où il peut? ».
1. De Marillac au Connétable, 15 septembre 1539. (Zbid., p. 128-129.) 2. De Marillac au Connétable, 26 septembre 1539. (Zbid., p. 132.)
Cette menace d’une entente avec ses adversaires effrayait cependant à juste titre la cour impériale. L'union intime avec le duc de Clèves que se ménageait le gouvernement anglais était surtout inquiétante. Sur les ordres de son maître, l'ambassadeur impérial à Londres travaillait avec autant d'activité que Marillac à ramener Henry VII à de plus sages résolutions. En présence même de l’imminence du danger, le duc Frédéric, frère du Comte Palatin, fut chargé par l'Empereur de partir pour l'Angleterre & afin d'y reprendre le propoz, qui avoit si longtemps trayné, du mariaige de la duchesse de Milan » avec Henry VIEIL". Un moment l'entente de la cour de Londres avec le duc sembla possible à Marillac, car, écrivaitl, @ il est vraisemblable que ce seigneur Duc Frédéric par tous moyens à luy possiblés” s'il est” tell que tousiours il a esté, et qu'il se monstre estre vray serviteur de l'Empereur, cherchera à rompre ceste menée, aflin que le Duc de Clèves ne se puisse renforcer de l’argent d'Angleterre pour résister à ce que l'Empereur pourroyt dessaigner à l'encontre de luy au moyen de Gueldres* ».
Mais l'ambassadeur de France comprit bientôt que Henry VIIT obéirait aux inspirations de son premier ministre el que son mariage avec Anne de Clèves était décidé. L'équipement de dix navires en vue probablement « d’aller trouver ladicte Dame et de la conduire en ceste court », € les réparations et ornemens faitz de nouveau à la maison principalle du Roy », «le peu de compte que l’on tenoyt du Duc Frédéric* » avaient permis à Marillac de pressentir la nouvelle du mariage royal, que Cromwell lui annonça le 30 octobre 1539. Henry VII la lui confirma
. Du même au même, 15 septembre 1539. (Ibid, p. 128.) + Du même au même, 26 septembre 1539. (/bid., p. 132.) . De Marillac au Roi, 3 octobre 1539. (Zbid., p.133.)
quelques jours plus tard. Il lui exposa longuement les raisons € qui l’avoient meu à ce faire ». L'alliance avec le duc de Clèves entraînait celle du duc de Saxe son beaufrère et € conséquemment celle de tous les confédérez de Schmalkalde ». Si donc un des ennemis du roi d'Angleterre lui voulait nuire, € il auroyt prompt et aysé secours par la voye d'Allemagne, par laquelle il pourroyt faire que l’effortqu'on auroyt dessaigné à l'encontre deluy seroyt beaucoup moindre pour l’empeschement que de ce costé R 1l pourroyt estre baillé ». Le roi avait d’ailleurs des vues moins égoïstes : € c'est sur le faict de la relligion, dit Marillac, où par intercession du Duc de Clèves et la sienne il espère faire adoulcir beaucoup de choses qu’on a innovées en Allemagne, qui sont trop aspres ou aigres, pour trouver quelque honneste moyen de composer tant de troubles et différentz ». Enfin n'ayant qu'un fils, le désir d'assurer la perpéluation de sa race n’était pas étrangère à la décision du monarque. Le roi termina l'entretien avec notre ambassadeur en faisant l'éloge de sa fiancée, « de sa stature élégante et de ses aultres grâces de nature’ ». Mais il ne l'avait pas encore vue et allait être bientôt désabusé sur ses charmes.
Anne de Clèves et sa suite arrivèrent le 3 janvier 1540 à Greenwich. I faut lire le portrait curieux que Marillac a laissé de la princesse et les quelques pages où 1l raconte avec humour le désappointement des Anglais à la vue de leur nouvelle souveraine. — « En effet, écrit l’ambassadeur, selon le jugement de plusieurs qui l'ont veue de prez, elle ne s’est trouvée si jeune qu’on pensoyt ny de si grande beauté que tout le monde affermoit; ...…. elle est de aaige d'environ trente ans, estant de stature de corps haulte et