Ibid
magne”. » Mais ces courriers apportèrent bientôt des nouvelles qui ne «plurent guères » à la cour de Londres. Ses avances n'avaient cerlainement pas dû être accueillies avec beaucoup d’empressement par l'Empereur, car € tous firent contenance d’estre bien peu contens », et Le retour de Winchester ne tarda pas.
Au même moment Charles-Quint obtenait de la Diète de Ratisbonne la reconnaissance de la suprématie du Pape &« comme chief de l'Eglise” ». Cela ne répondait guère aux vues d'Henry VITE. Parlant & avecques visaige d'homme indigné » du résultat de la Diète, 1l disait à Marillac « que ces choses lui estoient de trop dure digestion et qu'il mourroit plus tost que d’y prester son consentement * ».
L'échec de la mission de Winchester, tout en restant pour elle inexplicable, rendit du moins quelque confiance à notre politique. Et le gouvernement anglais ayant abandonné à ce moment l'attitude nettement hosüle des derniers mois, lui ayant même fait quelques avances, François [* y répondit avec empressement. Il pria son ambassadeur d'assurer au roi d'Angleterre € qu'un des plus grans désirs qu'il avoit en ce monde » était de vivre avec lui Çen bonne et perpétuelle amytié ». € Un mariage luy paraissant le plus seur lien qu'on pust trouver pour fortifier ceste amytié », 1l chargea même bientôt Marillac de mettre en avant «comme de luy mesme » la proposition d’une union entre Marie Tudor et le duc d'Orléans.
Mais l'Angleterre ne comptait point aller aussi vite en besogne. Ses avances avaient trouvé, 1l est vrai, assez peu
1. De Marillac au Roi, er avril 1541. (Corr. pol., p. 284.) 2. Maurenbrecher, Xarl V..., p. 49-50.
3. De Marillac au Roi, 19 avril 1541. (Corr. pol., p. 291.) 4. Du Roi à Marillac, 2 juin 1541. (/bid., p. 311-312.)
d’écho auprès de Charles-Quint. Elle avait pris alors une situation indécise entre l'Empereur et le roi de France. Elle cherchait maintenant par des manœuvres habiles à se faire présenter des offres avantageuses par l’un pour en obtenir de plus avantageuses de la part de l’autre. Elle essayait de mettre en guerre les deux rivaux pour voir son alliance plus appréciée et mieux récompensée.
Et du reste en dépit de cette attitude incertaine, la méfiance de l'Ile vis-à-vis de la France n'avait pas disparu. L'amitié de François [* avec le Pape et le duc de Clèves, ses bons rapports avec l'Écosse devaient toujours inquiéter Henry VIII et le pousser vers Charles-Quint. C'était, 1l faut l'avouer d’ulleurs, une singulière politique que nous poursuivions, en voulant faire participer l'Angleterre à une union avec ses pires ennemis.
Si donc la cour de Londres encourageait la France par de belles paroles, elle n’était en réalité nullement pressée de conclure. 11 fallait attendre, lui semblait1l, les proposiions que l'Empereur, inquiet des négociations francoanglaises, ne pouvait manquer de faire à Henry VII. Marillac vit bientôt au surplus à quoi tendait la politique anglaise. Un entretien qu’il eut avec Norfolk éveilla sa méfiance. N'y avait-il pas & en la façon de faire » de ce ministre € une grande dissimulation et soubz ses doulces parolles beaucoup de venyn » ? Le duc faisait semblant de le venir trouver « comme à la desrobée », à l'insu de son maître et des autres membres du Conseil. Marillac ne peut croire que « telles visitations faictes en une ville de Londres, deux heures après midy, en compaignie de plus de cent hommes puissent estre celées! ». IL sait d’ailleurs que cette visite de Norfolk a été décidée en conseil des ministres.