De Marillac au Roi, 14 juin 1541. (Corr. pol., p
« Tous ces propoz, écrivait-l, avant que le Roi l’eût chargé d'avancer la proposition de mariage de Marie Tudor et du duc d'Orléans, tous ces propoz n’auroyent-ils pas pour but d’eschauffer les matières pour avoir de vostre costé, Sire, quelque ouverture... et pour estre mieulx venuz envers l'Empereur, quand 1lz allégueroient n'avoir voulu entendre aux ouvertures que vous, Sire, leur auriez offertes”". » Aussi l'ambassadeur reste-t-11 toujours soupçonneux sur les intentions des Anglais. Bientôt les allées et venues du représentant de l'Empereur à la cour d'Henry VIII l'inquiètent. «& Là ont esté, écrit-1l à propos d’un conciliabule tenu entre Norfolk et l'ambassadeur impérial, là ont esté respectivement proposées aulcunes choses qui ont dû donner beaucoup à penser à l’une part et à l’autre *. » Ce qui & poise » le plus aux Anglais, continue-tl, c’est l'alliance du Roi et du duc de Clèves, « doubtans que quelque jour ne leur en advienne de l’ennuy à cause de l'injure qu'ilz ont faicte à madame sa sœur ;... et pour aultant que de toutes partz les amyüés de leurs voysins leur sont suspectes et qu'ilz n’ont plus de fiance aux intelligences qu'ils avoient ez Allemaigne, il est vraysemblable qu'ilz pourchasseront de se restraindre plus avant avecques l'Empereur, pour luy faire oublier l'injure qu'il pourroyt prétendre luy avoir esté faicte en la personne de la Royne Catherine sa tante; ou bien, s’il leur est aulcunement possible, 11z trouveront moyen de faire entrer ledict seigneur Empereur en guerre à l'encontre de vous, Sire, affin que cependant 1ilz vivent en seureté et soyent plus requis d’une part et d’aultre* ».
Malgré tout la cour de France ne se laissait pas décou- . Ibid., p. 318.
. De Marillac au Roi, 30 juin 1541. (Zbid., p. 319.)
rager par les craintes de Marillac. L'on recommanda seulement à notre ambassadeur & de tenir les projets de mariaige et party si dextrement et prudemment qu'on ne congnoisse Jamais que la chose vienne du Roy’ ». Marillac dut donc entamer de longues discussions avec Norfolk. Mais & il convenoit d’aultant plus meurement y proccéder » qu'on avait à négocier avec ( une nation assez cauteleuse, souspeçonneuse en toute extrémité et qui souvent se monstre aussy froide à joindre qu’on l’a congneue eschauflée aux premières approches” ». C'est que les Anglais n'avaient d'autre désir que de faire traîner les choses en longueur. Marie Tudor « sera-t-elle nommée fille de la Royne Catherine et confessera-t-on que sa mère a esté Royne » ? Sera-t-elle désignée comme « légitimée par la grâce de son père » ? Recevra-t-elle ou non comme dot l'énorme créance du gouvernement anglais sur la France? Toutes ces questions, Marillac les pose comme autant de difficultés probables. Son maître envisageait les choses sous un jour plus favorable. Il demandait déjà à l'ambassadeur de & veoir ladicte Dame Marye, regarder et considérer la stature et proportion de son corps, sa beauté et aultres choses par lesquelles on peut juger qu’elle soyt pour avoir enfans * ».
Sur l’objet des négociations Marillac est moins pessimiste que sur les négociations même. La fille d'Henry VIII est digne à ses yeux d'entrer dans la maison de France. Il faut lire le curieux portrait qu'il a laissé de Marie Tudor. « Pour commencer, dit-il, à ce que tout le monde en peult veoir, madicte Dame Marie est de stature moyenne,