‹ Charles de MarillacChapitre 35 sur 200 · De Marillac au Roi, 12 octobre 1541. (Zbid., p · texte numérisé non relu

De Marillac au Roi, 12 octobre 1541. (Zbid., p

plus cordiales, que ce pays entretenait avec la France, inquiétaient extrêmement l'Angleterre. Une entrevue du roi d'Écosse et d'Henry VIII ayant échoué, la rumeur publique mit naturellement sur le compte du roi de France l’insuccès de ce projet’. Aussi malgré les belles protestations d'amitié, que les ministres anglais prodiguaient à Marillac, ils se montraient toujours plus difficiles sur les conditions de l'alliance proposée par la France. Avant de déclarer & quel party 1lz voulloient faire à la Dame », les Anglais demandaient maintenant une commission du roi de France donnant pouvoir exprès et spécial à son ambassadeur € de.passer oultre en cest affaire” ». François [* comprit très bien les menées de la politique anglaise. Si le mariage, répondait à Marillac, venait à ne pas se conclure, (€ comme il y a quelque présomplion par cesle expresse demande de pouvoir », quel meilleur moyen l'Angleterre aurait-elle € de disyoindre totalement le Roy d'avecques l'Empereur », que de montrer à ce dernier le pouvoir donné par le roi de France *? Et lorsque les Anglais se plaignaient de ce que tout le monde € parloit à la vollée » de leurs négociations avec la France, étaient-ils davantage de bonne foi? N’étaient-ce pas eux qui divulguaient à dessein l'affaire ? Ne désiraientils pas prendre ainsi à l'avance € excuse sur aultruy de la déclaration qu'eux mesmes en vouloient faire, ... pour que la chose fut partout publyée, affin d’en faire leur prouffict ailleurs, comme il estoit à présumer » ?

Un événement inattendu vint à ce moment augmenter les inquiétudes de la France. Vers la fin de 1541, on

De Marillac au Roi, 12 octobre 1541. (/bid., p. 347-348.) Du mème au même, 14 novembre 1541. (/bid., p. 356.) Du Roi à Marillac, 23 novembre 1541. (Zbid., p. 368.) - Du même au même, 1er décembre 1541. (Jbid., p. 369.)

He Er. =

AMBASSADE DE M. DE MARILLAC EN ANGLETERRE Ha;

apprit en effet, presque coup sur coup, la déroute du roi des Romains, battu par les Tures sous les murs de Bude, et la défaite de Charles-Quint devant Alger. Certes François [* devait se réjouir de ce double désastre. Mais, d'autre part, quelle influence allaient avoir ces nouvelles sur la politique anglaise ? C’est la question que se pose avec anxiété le roi de France dans la même lettre où ils les annonce à Marillac. Si donc les Anglais € entrent en opinion » que le double échec de l'Empereur « pourroyt rendre le Roy de France plus fort et partant moins cherchant leur estroicte amytüé et alliance », Marillac les devra détromper et leur affirmer € la bonne volunté que leur porte » toujours François I**.

Les appréhensions de notre souverain n'élaient pas vaines. La @& piteuse » situation de l'Empereur allait en elfet fournir à l'Angleterre d’autres raisons de se rapprocher de lui et de s'éloigner décidément de la France. Ce sont évidemment « les nouvelles de l'Empereur, écrit Marillac, qui ont rendu toute ceste Court esbaye, le Roy peu joyeulx et ses ministres pensifs et mélancoliques ? ». Et notre ambassadeur aperçoit très bien les causes de cette inquiétude. & Il leur poise grandement, Sire, de veoir l'Empereur... contrainct d'entendre à l’ung de ces partys : ou de vous faire la raison, ou par nécessité de faire la guerre loing de vous : auxquelz cas, en l’ung vous auriez, Sire, ce que vous désirez, en l'aultre vostre ennemy se consumeroit sans que vous en travaillissiez aultrement. » En définitive, le roi de France reste « fraiz et fort » contre l'Empereur et € non moings suspect voisin » pour l’Angleterre. Et c’est pourquoi € ceulx-c1 ne se peuvent con-

1. Du même au même, 8 décembre 1541. (/bid., p. 372) 2. De Marillac au Roi, 1€' janvier 1542. (/bid., p. 377.)

tenir que avecques exclamation et regret, ilz ne mentionnent souvent la perte que l'Empereur et son frère ont ceste année soufferte * ».

Que faisait cependant l'Empereur? La politique incertaine de l'Angleterre, que la France essayait de se rendre favorable, n'avait pas laissé que de produire aussi sur Charles-Quint l'impression que les Anglais en espéraient. On en avait eu la preuve dès le milieu de 1541. Si l'Empereur ne fit pas à ce moment d’avances à l’Angleterre, les négociations entamées entre elle et la France l'inquiétèrent dès lors assez pour qu'il tentât de les rompre. Les Impériaux répandirent le bruit que l'Empereur et le roi de France étaient «en termes de se veoir et communiquer ensemble derechef pour prendre finable conclusion de tous les propoz qui avoient esté cy devant mis en termes entre eulx * ». Ensuite ils annoncèrent que François [°* n'avait point à espérer que son alliance avec Clèves lui procurât l'amitié de l'Allemagne, car ce pays se déclarait hostile à une intervention française au pays de Gueldres *.

Ces menées dénotaient des craintes assez vives. Et lorsque après les désastres de Bude et d'Alger, Charles- Quint put se croire menacé de la coalition du Turc et de la France, 1l reconnut qu'une seule alliance possible lui demeurait: celle de l'Angleterre. Vers la même date où les correspondances de Marillac font mention de la froideur de plus en plus prononcée des Anglais, notre ambassadeur signale avec inquiétude Le bon accueil fait à l'ambassadeur

2. Du même au même, 29 juillet 1541. (Zbid., p. 323-324.) Comme le dit Mariliac, c'était une habile manœuvre « pour mettre les Angloys en souspeçon... et leur baïller mauvais goust en tout ce que la France leur pourroyt mectre en avant ».

Page 1