Maurenbrecher, Karl V..., p
2. Du Roi à Marillac, 23 novembre 1541. (Corr. pol., p. 368.)
AMBASSADE DE M. DE MARILLAC EN ANGLETERRE o9
donc les conseillers de Henry « de trouver quelque honneste moyen pour parvenir à la réconciliation de ce marage et à ce que ladicte Dame Anne fust remise en son premier estat de Royne ».
Les ministres du roi répondirent par un refus formel. & La séparation avoit esté faicte pour si juste et légitime cause », que le duc ne devait plus insister € sur la proposilion et requeste », dont il avait chargé son représentant. Et comme celui-ci, € pour mieulx entendre ceste responce, requéroit ceulx du Conseil luy dire une aultre foys ce qu'il auroyt à escripre audict seigneur Duc, son maistre, l’evesque de Winchestre avec visaige d'homme indigné et parolle fort haultène, luy dict comme en collère que le Roy tant qu'il vivroÿt ne seroyt pour reprendre ladicte Dame à femme et que ce qu'ilz avoient faict estoit fondé sur grande raison, quelque chose que tout le monde voulust alléguer au contraire” ».
Les espérances de la cour de France se trouvaient par cette réponse singulièrement compromises. Dans une lettre à la reine de Navarre, qui s'était occupée très activement des projets du gouvernement français, Marillac, revenant sur l’échec de l’ambassadeur de Clèves, estime que pour le momeni le mieux qu'on ait à faire est « d’entretenir les choses en l’estat où elles sont, plus tost que les aygrir et hazarder en insistant davantage * ». [Test d'avis d'attendre que le Parlement, qui vient de s'ouvrir, ait prononcé sur le sort de Catherine Howard, avant de renouveler aucune proposition.
Le désir de voir réussir les desseins de la France ame-
1. De Marillac au Roi, 16 décembre 1541. (/bid., p. 375, pour cette citation et les précédentes.)
2. De Marillac à la reine de Navarre (Marguerite de Valois), 17 janvier 1542. ({bid., p. 382.)
nait du reste Marillac à juger Anne de Clèves beaucoup plus favorablement qu'il ne l'avait fait au moment de l’arrivée de cette princesse en Angleterre. Maintenant que la politique française élait intéressée au sort d'Anne, il Jui accordait toutes les qualités y compris la beauté. € L'on dict, écrit-l, qu'elle s’est faicte plus belle de la moytié despuys le temps qu’elle partist de la Court... Tous ceulx qui la hantent s’esmerveillent de son honnesteté et les aultres, qui en oyent parler, la louent et prisent fort et tous ensemble la plaignent et regrettent beaucoup plus que ne fust la Royne Catherine”. »
Malgré tout, le roi d'Angleterre refusa l’avantageux parti qu'on lui offrait, et 1l ne demeura plus à la France d'autre alternative que de reprendre les négociations relatives au mariage du duc d'Orléans.
Là encore on se heurta de nouveau à mille difficultés. Une entrevue fut projetée entre François [* et Henry VIT : mais ce dernier ne consentait pas à y admettre le roi d'Écosse que la France voulait y voir au moins représenté. — L'on ne pouvait, d'autre part, parvenir à s’accorder sur les conditions de la prochaine union. C’est que les Anglais € n’avoient pas si grande volunté qu’ilz disoient avoir que cest affaire fust conduict à bonne fin ». Ne veulent-ils pas seulement, écrit Marillac, «se prévalloir à l’advenir d'avoir gaigné ce poinct qu'on seroyt entré en propoz et traictez de bailler à ung filz de France une fille d’Angleterre illégitime ? » ? Et ces mauvaises dispositions s’expliquaient assez bien. Après la défaite de l'Empereur devant Alger, l'Angleterre avait été très disposée à une alliance