‹ Charles de MarillacChapitre 58 sur 200 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

laquelle il seroyt bien aise d’excuser tout ce que cy aprez ilz vouldroyent faire en faveur des Angloys! ».

Les réponses catégoriques de Granvelle ne découragèrent pas néanmoins le gouvernement français, et Marillac reçut ordre de prolonger quand même les discussions. Les Écossais ont été désignés dans les deux mois par la France, pour être compris au traité de Crespy, et Charles-Quint n’a pu ni ne peut refuser de les y admettre, sans alléguer € cause valable et apparente ». La raison mise en avant par lui est en effet insuffisante à légitimer ses fins de non-recevoir. — Encore une fois, les déprédations et actes de violence, dont il se plaint, ont été commis (par personnes privées exerceant la piratique », et n’ont jamais reçu l’aveu de la cour d'Écosse. Le roi de France, dont les Écossais sont devenus les sujets par le mariage de la petite reine avec le Dauphin, y donnera bon ordre à l'avenir. Quel avantage pourra au reste retrer l'Empereur d’une nouvelle alliance avec l'Angleterre? Le Roi n’y voit pour sa part que des inconvénients dont le premier el le plus grave sera peut-être « de porter une diminubtion d'amitié » entre les deux souverains”.

Mais toutes représentations devaient demeurer inutiles. Granvelle jugeait inacceptable l'interprétation donnée par le roi de France du traité de Crespy. Bien avant le dittraité, déclara-t-1l, l'Empereur s'était engagé vis-à-vis du roi d’Angleterre à le soutenir contre les Écossais € comme leurs commungs ennemis ». Et à Crespy, l'Empereur avait déclaré ne se devoir jamais départir de ses conventions avec l'Angleterre. — Granvelle assura cependant à Marillac que ni son maître, ni lui ne méprisaient l'amitié du roi de

ITbid p.71.

2. Du Roi à Marillac, le 20 novembre 1548. (/bid., p. 75-76.)

France. Ils ne pouvaient faire de moins que de s'acquitter de leurs promesses vis-à-vis de l'Angleterre, « de quoy le Roy n’avoit bonnement cause de se plaindre ». Il était faux, du reste, que l'Empereur eût averti le duc de Somerset «qu’en toutes aultres commoditez qu'il désireroyt de ses païs, il lui en grattifieroyt bien volontiers” ».

Toutes ces raisons données par l'Empereur et ses ministres élaient sans doute fort belles et fort judicieuses allégations. Mais quelles étaient au fond les intentions réelles de Charles-Quint? Quels intérêts l’amenaient à soutenir l'Angleterre ? Tels sont les points qu'il esttemps d'éclairer.

Si Charles prêtait assistance à l’Angleterre, ce n’était pas qu'il eût plus de sympathie pour sa cause que pour celle de la France. Quant aux traités, 1l n’était pas prince à s'en embarrasser, n1'à se croire lié par eux sans retour. En réalité, il n'avait d'autre dessein que de prolonger la guerre d'Écosse. Les succès remportés jusqu'à ce Jour par l’armée franco-écossaise pouvaient décider le due de Somersel à accepter les conditions des vainqueurs et à mettre bas les armes, et c'était seulement pour l’en détourner que Charles lui accordait si libéralement son appui. Rien en eflet, à ce moment, ne devait davantage effrayer l’Empereur que la perspective d’une paix prochaine entre la France et l'Angleterre; rien ne devait lui sembler désirable comme la continuation des hostilités en Écosse?. Après la

1. De Marillac au Roi, le 25 novembre 1548. (Zbid., p. 79-81.)

2. « Vous aurez également soin, dit l'Empereur à son fils, dans l'instruction citée plus haut, de vous maintenir en bonne intelligence avec les Anglais et d'observer les traités conclus entre le père du roi actuel et moi parce que ainsi l’exige mon intérêt et celui des États que je vous laisserai. Une pareille conduite servira d’ailleurs à tenir dans l'hésitation les Français qui ont plusieurs démêlés avec l’Angleterre... Mais vous vous abstiendrez autant que possible de prendre part à ces différends, vous bornant à la stricte exécution des traités... » (Instruction de Charles V à Don Philippe, Augsbourg, janvier 1518. — Papiers d'État de Granvelle, &. I, p. 307.)

Diète d’Augshourg, son vœu le plus ardent était d'assurer le rétablissement de l’ordre en Allemagne, sa crainte la plus vive était d'y voir surgir de nouvelles complications. Dans ces conditions, n’était-ce pas un heureux hasard que celui qui mettait aux prises et tenait occupées les deux puissances européennes les plus susceptibles de lui créer de sérieuses difficultés dans la tâche de pacification qu'il avait entreprise? Quant à la France, en effet, il semblait bien difficile d'admettre que, libre, elle ne cherchât aussitôt à encourager à la résistance les vaincus de Schmalkalde. Sa politique antérieure était faite du moins pour légitimer pareille supposition. Et il était à craindre que l'Angleterre ne se laissât, elle aussi, entraîner aux mêmes errements. Sous la régence de Somerset, le protestantisme avait de nouveau triomphé dans l'Ile, et le Protecteur lui avait de bonne heure assuré un très ferme appui. Somerset dissimulait sans doute encore les sympathies que lui inspiraient la cause luthérienne, dans le but intéressé de se concilier les faveurs de Charles-Quint contre l'alliance franco-écossaise. Mais 1l était très vraisemblable que, la guerre d'Écosse une fois terminée, 1l n’hésiterait pas à répondre aux appels que lui avaient adressés déjà ses coreligionnaires d'Allemagne‘. Ainsi soutenue par la France et l'Angleterre, l'opposition renaîtrait dans l'Empire, les plans de Cromwell et de François [* se réaliseraient peutêtre et les fruits des victoires de la guerre de Schmalkalde seraient en tout cas irrémédiablement perdus. IL y avait à de quoi expliquer et justifier les manœuvres de la politique impériale.

Vaincue cependant sur le terrain du débat diplomatique qu'elle avait soulevé, la France ne crut alors pouvoir

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