‹ Charles de MarillacChapitre 61 sur 200 · Maurenbrecher, Æarl V, p · texte numérisé non relu

Maurenbrecher, Æarl V, p

Le Pape étant de bonne foi avait fait les premières avances. [l avait consenti à l'envoi à Bruxelles des légats. porteurs des dispenses désirées par l'Empereur. Mais si confiant que parût être le pontife, il n'avait pas néanmoins jugé inutile de prendre ses précautions pour n'être point trompé. Il envoya donc les @ facultés » et les commissaires chargés de leur exécution ‘, mais par un très habile calcul & ces facultez n’estoient point si amples que l’Emreur les avoit demandées » : elles ne confirmaient, qu'avec de très importantes réserves, les deux principales faveurs accordées par l’Intérim aux Luthériens : le mariage des prêtres et la communion des laïes sous les deux espèces. Ce n'était qu'au cas où Charles voudrait réellement exécuculer ses promesses touchant Plaisance, que devaient être faites de plus larges déclarations”.

Marillac tenait son gouvernement au courant de la situation des affaires et 1l lui signala aussitôt la très habile politique du Saint-Siège. @ Il semble, écrivait-il, que le Pape ayt voulu envoyer ces facultez pour complaire à l'Empereur et veoir ce qu'il pourra tyrer de luy et sellon qu'il verra ledict seigneur délibérer de luy faire quelque bien, luy envoyer aprez ampliation desdictes facultez es poincts où elles sont défectueuses ; affin que grattifiant en cest endroict l'Empereur, l'Empereur le grattifie en ung aultre et l'Empereur se retirant et le frustrant de son attente, Sa Saincteté puisse aussy se relirer, en luy refusant l’ampliation qui est requise pour l'entière autorisation de l'Intérim*. »

1. L'évêque de Fano avec le titre de nonce ct les évèques de Vérone et de Ferentino.

2, « Avis de la Cour romaine sur l'envoi des Légats. » 31 août 1548. (Druflel, Briefe und Akten, t. I, p. 146-150.)

3. De Marillac au Roi, 28 septembre 1548. (Druffel, Briefe und Akten, t. I, p. 162.)

L'événement prouva bientôt que le Pape avait eu raison de tout craindre. Lorsqu'il fallut en venir à réaliser les espérances qu'il avait données relativement à Plaisance, l'Empereur recula. Il proposa d’abord de « donner récompense » de la ville, qu'il détenait. Puis il déclara «qu'avant de passer oultre, il convenoit que celluy qui se disoit estre spolié fust d'accord avecques les Estatz de l'Eglize et de l'Empire, dont despendoit la souveraineté de Plaisance : aprez l’on discuteroyÿt à qui elle debvoit appartenir” ». Il accorda enfin qu'on pourrait en € disputer » immédiatement, mais € par voie d'arbitrage judiciaire ». En faisant ainsi de la question une question de procédure, l’on en ajournait indéfiniment la solution et l'Empereur espérait cependant que le Pape, confiant dans son bon droit, n’hésiterait pas à accepter cet arrangement. Peut-être même, en attendant un débat dont l’issue semblait devoir lui être favorable, consentirait-il à accorder de plus larges pouvoirs à ses légats.

Mais le Pape se montra inflexible. Il fit répondre « qu'il ne trouvoit pas bon l’appoinctement que l'Empereur avoit offert à ses ministres..., tant pour la longueur de la procédure, dont on pourroyt attendre la fin jusques à ce que l'Empereur eust faict toutes ses affaires en Allemagne, que pour la faveur des arbytres, qui pourroyent incliner au party dudict Empereur” ». Îl ajouta qu'il allait du reste envoyer à Bruxelles un nouvel ambassadeur, Giulio Orsino, gentilhomme romain, chargé de faire connaître à la cour impériale les dernières résolutions du Saint-Siège. « En ceste sorte, Sire, écrit Marillac au mois de janvier 1549, quant aux practiques entre le Pape et l'Empereur, le tout

1. Du même au même, 25 novembre 1548. (Bibl. Nat, fr. 3098, p. 82.) 2. De Marillac au Connétable, 23 janvier 1549. ({bid., p. 131-132.)

est suspendu jusques à l’arrivée du seigneur Julles Ürsin : ».

Au même moment où le Saint-Père paraissait si peu disposé à en venir à une entente, Charles recevait d’Allemagne les plus déplorables nouvelles. Malgré l'approbation donnée à ses projets par la Diète d’Augsbourg, les États d'Allemagne, encouragés à la résistance par l'absence de l'Empereur, refusaient presque tous d'introduire chez eux la doctrine religieuse formulée dans l’Intérim. Ils jugeaient insuffisantes les concessions qui leur étaient faites et réclamaient énergiquement € des permissions plus amples ».

Marillac avait pu du reste, dès son départ d'Allemagne, se rendre compte des mauvaises dispositions avec lesquelles on avait généralement accueilli l'Intérim. A son passage à Cologne, il avait assisté à un événement tout à fait significaüf et l'avait signalé à son gouvernement. Le jour où Charles, allant d'Augsbourg à Bruxelles, était entré à Cologne, Jacques Sturm, «conseiller de Strasbourg et ambassadeur pour ceux de sa ville », avait pris l'initiative des premières protestations. Il avait longuement exposé à l'Empereur qu'au moment de la dernière guerre Strasbourg et d’autres villes protestantes avaient aisément accepté de mettre bas les armes, mais seulement après (avoir entendu que l'Empereur, sans avoir volunté d'innover leur relligion, avoit seullement proposé de réduyre à son obéissance des princes qu'il disoit lui estre rebelles ». Elles s'étaient donc réconciliées avec l'Empereur à la condition & qu'il les lairroyt vivre tant en leurs hibertez et privilèges anciens, qu’en l’estat de la religion qu'elles suyvoient ». Et maintenant

1. « Adviz de la Court de l'Empereur... » Joints à la lettre de Marillac au Connétable du 3 février 1549. (Zbid., p. 148.)

leur seigneur voulait leur imposer Q une façon de vivre en la religion, qui n’estoit ny ordonnée par concile de l’eglize, ny trouvée bonne par les docteurs de la Germanie les plus versez en théologie ». Sturm suppliait donc l'Empereur, au nom de ses concitoyens, de leur permettre de ne pas recevoir l'Intérim, & tant pour les esgards de leur conscience, que des tumultes, séditions et dangiers qui ensuyvroyent ». Charles s'était montré inflexible : les États de l'Empire ayant consenti à ses propositions, il lui était impossible de les retirer sans un nouveau vote des mêmes États. Les Strasbourgeois n'avaient donc qu'à se soumettre et au plus iote

Peu de temps après, cette opposition, qui se laissait prévoir, avait éclaté sur tous les points de l'Empire. Marillac en fut bientôt informé. Il s'était créé de nombreuses relations pendant son voyage en Allemagne et les lettres de ses correspondants le renseignaient fréquemment sur les affaires de la Germanie. Il savait d’ailleurs se tenir merveilleusement au courant de toutes les nouvelles qui arrivaient à la cour impériale. Faisant un choix judicieux des € advis » parvenus à sa connaissance, 1l excellait à en bien € esclaircir la matière » par les appréciations les plus nettes et les réflexions les plus sûres.

La cour de France connut bientôt par lui l'agitation générale qui renaissait en Allemagne contre Charles- Quint. Les Électeurs, les princes et les villes, qui, (pour complaire à l'Empereur, » avaient voté l’Intérim à Augsbourg, n’hésitaient pas à y apporter les premiers les plus graves réserves. € Par une résolution des Estaiz qui ont

1. Sur ce fait et pour les citations précédentes voir la lettre de Marillac au Roi, du 19 septembre 1548. (Druffel, Briefe und Akten, t. 1, p. 158- 159.) \

esté tenuz despuys ung moys, écrit Marillac, au pays du comte Palatin, marquis Ellecteur de Brandebourg et de George aussy de Brandebourg,.… il appert comme 1lz rejettent les poinctz qui sont plus speciffiez par l’Intérim, comme touchant l'obligation de la confession, les cérémonies du baptesme et dernière unction et canon de la messe’. » Tout aussi apparente est la soumission des villes d’Augsbourg, d’Ulm, de Nüremberg, de Francfort et d'autres encore aux ordonnances qu'elles ont approuvées à Augsbourg. On permet en quelques églises de « cellebrer l'office sellon l’ancienne institution »: on fait fermer les boutiques les jours de fête, et l'on y « défend la vente de chair les jours prohibez ». &« Mais au demourant les habitans ont dans leurs temples leur façon de chanter, dire pseaulmes et sermons tout ainsy qu'ils avoient et où ilz se monstrent si obstinez qu'aux eglizes des ecclésiastiques il y a plus de prebstres et ministres que d’aultres gens qui assistent aux services qu 1lz font?. »

Quant aux États, qui ont protesté dès la Diète d'Augsbourg, continue Marillac; 1ls ne veulent sous aucun prétexte se soumettre à l'Intérim. « Toutes les villes et noblesse du pays de Saxe » en ont refusé l'exécution, à l'exception du premier article € touchant la justification par la foy, qui est en termes si ambigus qu'on le peult entendre et interpréter sans contrevenir à leur doctrines * ». Les habitants de Magdebourg ont, en vue d’une attaque de l'Empereur, fortifié leur ville et l'ont mise en état de supporter un siège. Puis les villes de Saxe ont conclu une union, qui à été bientôt suivie d’une confédération géné-

1. De Marillac au Roi, 3 février 1549. (Bibl. Nat., fr. 3098, p. 134.) 2. Ibid., p. 134-135.

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