Le 10 mai
Ce qu'il voulait, c'était une réponse positive au sujet de Plaisance. Orsino arrivait chargé de documents authentiques qui prouvaient les droits du Saint-Siège sur celte ville. Il devait faire valoir ces preuves auprès de l’Empereur ’.
Un long débat s’engagea alors entre les ministres de Charles-Quint et ceux du Pape, un de ces interminables débats diplomatiques comme on les aimait au xvr° siècle. Marillac en envoya un compte rendu détaillé à son vernement.
gou-
Les ambassadeurs du Saint-Siège présentèrent successivement trois traités deligue de 1511, de 1515 et de 1521 où, affirmèrent-ils, Parme et Plaisance étaient reconnues comme possessions pontificales. Au traité de 1511, conclu contre Louis XIE, il avait été entendu entre les contractants, — Jules 11, Maximilien [*, le Roi Catholique et Venise, — que chacun d'eux reprendrait sur les conquêtes communes ce que la France lui avait enlevé. Or, le roi Louis XII avait précisément dépouillé le Saint-Siège de Parme et de Plaisance, et si ces deux villes n'étaient pas expressément mentionnées dans l'acte de 1511, 1l ressortait du moins claurement du texte du traité qu'on avait entendu les y indiquer. — En tous cas, lors de la ligue de 1515 entre Léon X et Maximilien, pouvait-on nier que ce dernier se fût expressément engagé à cedder et maintenir les deux citez à l’Eglize » ? — Enfin, en 1521, le Pape et Charles-Quint ne s'étaent-ils pas unis, (en vue de chasser les François d'Italie et de restituer Parme et Plaisance à l'Eglize, pour les tenir en mesme sorte que Pape Julles et ledict Léon les avoient tenues » ?
4. De Marillac au Roi, 12 mai 1549. (Bibl. Nat., fr. 3908, p. 238.) — Du même au même, 20 mai 4549. (Bibl. Nat., fr. 3099, p. 3.)
Les Impériaux ne firent pas attendre leur réponse. Ils ne reconnaissaient d’abord aucune valeur au premier acte, puisque Parme et Plaisance n’y étaient pas expressément désignées. — Le Pape n'ayant accompli aucune des conditions sous lesquelles l'Empereur lui avait promis Parme et Plaisance en 1515, on ne pouvait leur opposer le traité conclu à cette date. — Quant au troisième document, ils déclarèrent que « ce n’estoit pas là escripture authentique mais minute de la Ligue faite de la main de Sadolet et glosée de celle de Jean Matteo Gilbert ». Ils conclurent donc à l'impossibilité d'affirmer que la Papauté : eût jamais eu des droits sur Plaisance et sur Parme.
Vainement l’évêque de Fano fit valoir comme décisive l’'excommunicalion prononcée par Léon X, à la demande de l'Empereur, & contre tous ceulx qui vouldroyent maintenir que Parme et Plaisance n’estoient point du domaine de l'Eglise ». Vainement, demanda-t-1l à l'Empereur de céder au moins sous condition Plaisance ; Çune discussion de plus ample et solennel jugement » pourrait ensuite avoir lieu et une solution définitive en sorürait alors'. Tout fut inutile. Le dernier mot de l'Empereur, écrit Marillac, a été celui-ci : 1l ne donnera pas récompense de Plaisance, car cette ville n’a jamais, selon lui, appartenu justement à l'Église; mais il veut bien accorder, en échange, une graüfication, soit en terres, soit de 40,000 ducats de rente, à la condition toutefois qu’on lui livrera Parme *. Malgré
1. Le résumé de la discussion et les citations sont empruntées au « Drscours de la négociation qui s'est faicte entre les ministres du Pape et de l'Empereur, pour la restitution de Plaisance, » mémoire joint à la lettre de Marillac au Roi, du ? juillet 4549. (Bibl. Nat. fr. 3099, p- 63-69.)
2. De Marillac au Roi, 15 juin 1549. (Bibl. Nat., fr. 3099, p. 40.) — 22 juin 1549. (Zbid., p. 48.) — ? juillet 1549. (Zbid., p. 57.) — 6 juillet 1549. (/bid., p. 84.)— 2% août 1549. (Jbid., p. 124-125.) — Du cardinal de Ferrare à Henry 11, 26 juillet 1549. (Ribier, Lettres et mémoires d'Estat, tp 220%)
les protestations d'Orsino, que le Pape n’acceptera jamais ces propositions, le chargé d’affaires du Saint-Siège a été renvoyé à Rome, « pour essayer de faire gouster et trouver bon au Sainct Père ces dernières résolutions de l’'Empereur' ». L’ambassadeur est parti, du reste, gratifié par Charles de mille écus, d’une chaîne d’or de 300, et de la promesse d’une charge de colonel de la frontière italienne avec 2,000 écus de provision par an ?.
Mais avant que les protestations du Pape, protestations qui étaient certaines, fussent arrivées, l'évêque de Fano, comprenant enfin la déloyauté de l'Empereur, se chargea de répondre à ses incroyables exigences. Si l'Empereur avait Plaisance, la Papauté avait, elle, le pouvoir d’accorder sans réserves ou non son approbation à l’Intérim. L'Empereur réclamait des facultés plus larges »? Il ne les aurait pas. Et c’est alors que le nonce, reprenant la bulle pontificale, se décida à donner l'interprétation la plus rigoureuse aux deux articles dont Charles demandait précisément @lampliation ». L’Intérim autorisait le mariage des prêtres et la communion des laïcs sous les deux espèces. Charles désirait que le Pape confirmât sans restrictions ces deux points. Eh bien! la dernière résolution du Saunt-Siège était celle-ci: les prêtres mariés seront absous, mais à la condition formelle qu'ils répudieront immédiatement leurs femmes : la communion sous les deux espèces sera permise aux laïcs, mais à la condition qu'ils confesseront tout d’abord que la communion sous une seule espèce est suffisante. L'Empereur ne doit pas compter obtenir jamais des & facultés plus amples * ».
. De Marillac au Roi, 24 août 1549. (Bibl. Nat., fr. 3099, p. 12%.) . Du même au même, 6 juillet 1549. (Zbid., p. 84.) . Du même au même, ? juillet 1549. (/bid., p. 57-58.)
La cour de France informa aussitôt ses ambassadeurs à Rome de ces événements, qu'elle pouvait considérer comme un des premiers succès de sa nouvelle politique. MM. du Bellay et d'Urfé reçurent en même temps l'ordre de tout faire pour maintenir le Pape dans ses résolutions. « Vous direz au Sainct Père, leur écrit le Roi, que, pour le présent, il ne scauroyÿt prendre meilleure revenche de l'Empereur que de ne luy accorder une seule chose de ce dont il le faict requérir et chercher pour le faict de la Germanie, quant à ce qui despend de la relligion”. »
Bientôt après, d'Urtfé répondait à Henry IT que le cardinal et lui avaient exécuté ses ordres et que le Pape avait fort bien accueilli leurs conseils *.
Au même moment où la France pouvait espérer voir décidément rompues les négociations de Charles-Quint et du Saint-Siège, les affaires impériales se compliquaient singulièrement en Allemagne. Notre politique n’y était pas étrangère. De même qu'elle intriguait à Rome, elle intervenait secrètement dans l'Empire, pour € y tenir Charles- Quint le plus enveloppé d’affaires », qu'elle le pouvait et hâter ainsi son départ de Bruxelles. « Il est en vous, Sire, écrivait Marillac à Henry IT, en donnant s’il est possible à l'Empereur l’occasion de s'attacher tousjours en Allemagne de rapporter la victoire, sans aultrement vous armer et sans riens hazarder, sur plus grant ennemy, quelque contenance qu'il porte, et plus puissant pour l'heure, qu'ayt jamais eu la Maison de France *. »
Le Roi suivit en tous points les avis de son ambassadeur.
1. Du Roi au cardinal du Bellay et à d'Urfé, 8 juif 1549. (Druffel, Pre und Akten, t, I, p. 241.) . De d'Urfé au Roi, 5 août 1549. (bid., p. 276.) De Marillac au Roi, 3 février 1549. (Bibl. Nat., fr. 3098, p. 140.)
Il'avait dans les principales villes de l’Empire des pensionnaires ou des chargés d’affaires qui reçurent l’ordre de ne rien épargner pour exciter en secret à la résistance les villes où ils résidaient. Nous savons du reste très peu de chose sur les agissements de la France en Allemagne à ce moment. Ces intrigues étaient menées fort secrètement, et nous ne les connaissons guère que par les plaintes continuelles de la cour impériale. Dans l'instruction donnée par l'Empereur à Simon Renard, envoyé comme ambassadeur en France au mois de janvier 1549, il lui est recommandé « d’estre vigilant à enfoncer, si du costé de France il se fera aulcunes suspectes practiques en la Germanie, par le moyen des pencionnaires du Roy ». L'ambassadeur devait s'informer s’il y avait à la cour de France & Cappitaines italiens ou allemans » et savoir au juste l'objet de leurs négociations et & avecques quelz 1lz hantent * ». On signalait l’arrivée à Paris d’un envoyé de la ville de Hambourg, la présence d’un secrétaire du comte Palatin et celle d’un ambassadeur du duc Christophe de Wirtemberg *.
Cependant l'opposition augmentait de jour en jour en Allemagne. De toutes les villes d'Empire, € qui ont receu l'Intérim », écrit Marillac, 1l n’y en a pas une seule qui l'ait exécuté selon l'intention de l'Empereur. Dans certaines villes & les habitans sont sy durs et injurieux aux ministres de l’Eglize, qu'iln'est possible que les Catolicques puissent plus vivre parmy eulx, s’ilz ne sont les plus fortz; car ceulx d’Augsbourg disent que le peuple vient de nuict à rompre toutes les verrières et à faire plusieurs insol-
1. Instruction à Simon Renard, janvier 4549. (Papiers d'État de Granvelle, t. II, p. 343.)