‹ Charles de MarillacChapitre 75 sur 200 · Sur cette révolte, voir Froude, t, IV, p · texte numérisé non relu

Sur cette révolte, voir Froude, t, IV, p

4. De Marillac au Roi, 17 octobre 1549. (Bibl. Nat., fr. 3099, p. 177- 178.)

vu à un programme politique, s’affirmèrent d’une manière tout à fait extraordinaire. L’évêque de Londres, dans la chaire de l’église cathédrale de Saint-Paul, se fit sur ce point l'interprète de la réaction. En présence du maire, des shériffs et conseillers de Londres, 1l réprouva toutes les nouvelles ordonnances religieuses et conclut «au restablissement de la messe et des aultres cérémonies, qui estoient au tems du feu Roy Henry dernier‘ ». Ce qu'il demanda en somme nettement, ce fut l'introduction en Angleterre de l’Intérim de l'Empereur.

Les troubles intérieurs de l'Angleterre avaient été suivis jusqu'alors avec la plus vive satisfaction par le gouvernement français. Mais les déclarations de la noblesse et de l’évêque de Londres firent bientôt soupçonner à Marillac quelles allaient être les suites des changements qui se préparaent. L'évêque de Londres était bon impérial. Marillac l'avait connu en Angleterre et savait ses tendances. Son discours était tout à fait significatif. Notre ambassadeur à Bruxelles reconnut bientôt qu'il allait s’opérer en Angleterre une révolution analogue à celle dont il avait été témoin pendant son séjour à Londres, après la chute de Cromwell. Revenir à des opinions religieuses modérées avait presque toujours à ce moment en Angleterre une signification politique et indiquait un désir ou un besoin de se rapprocher de l'Empereur. & Ilz veullent en somme, écrivait Marillac, mettre en avant l’Intérim dudict Empereur, tant pour aulcunement contenter le peuple que pour complaire audict seigneur Empereur, qu'ilz scavent n'avoir pour agréable leur façon de vivre sellon les nouvelles doctrines”. »

1. Du même au même, 16 septembre 1549. (/bid., p. 144.) 2. Du même au même, 26 octobre 1549, (/bid., p. 198.)

La France fixa dès lors ses regards avec inquiétude sur les troubles qui agitaient l'Angleterre, Elle se prit à redouter le triomphe d’un parti dont le plan était de se rendre Charles-Quint favorable. Les craintes qu'avait suscitées l'ambassade de Paget à Bruxelles furent presque renouvelées. Non pas qu’on püt redouter maintenant une déclaration de guerre de la part de Charles. L'insuccès de la négociation de Paget avait calmé sur ce point les plus vives appréhensions du roi de France. Mais l'Empereur n’allait-il pas se croire obligé d'accorder au moins « ayde plus importante » qu'il ne l'avait fait jusqu'ici à l'Angleterre redevenue catholique? Le souvenir du funeste traité de 1543 était toujours présent à la pensée de notre gouvernement.

Cependant les événements se précipitaient dans l'Ile. L'évêque de Londres fut bien emprisonné à la Tour. Mais les défaites continuelles des Anglais en Écosse et sur le continent hâtèrent le dénouement, en exaspérant le parti hostile au Protecteur. Au commencement d'octobre 1549, la guerre civile éclatait en Angleterre. Le Régent, ne se jugeant plus en sûreté à Londres, « se saisit de la personne du Roy et ayant en sa compaignie quattre mil hommes s’absenta de la ville et veint à vingt milles de là en ung lieu qu'on estime estre Windsor! ». Aussitôt le comte de Warwick assemble le Conseil de Londres, fait déclarer le Protecteur traître à la couronne et met la cité en état de siège. Et l’on fait courir le bruit, ajoute Marillac, « qu'il est dans l'intention de restablir bientost la messe et d’édicter deffenses de manger chair les jours prohibez*? ».

À cette audacieuse révolte de la noblesse anglaise le Ré-

1. Du même au même, 13 octobre 1549. (Zbid., p. 175.) 2. 1bid.

gent opposa un sang-froid et une énergie remarquables. De Windsor, il lança une proclamation invitant le peuple de Londres à prendre les armes pour la sûreté du roi; par des mandements répandus dans toute l'Angleterre il rappelait à la nation & qu’il l’avoit tousjours favorizée contre les grans, lesquelz vouloient entiérement tiranniser les petitz ». En même temps, ayant le roi en sa puissance, Gil luy faisoit escripre tout ce qui tournoit à son prouffict, Jusques à luy faire dire qu'il ne vouloit aultre gouverneur que le Protecteur son oncle, lequel luy avoit esté ordonné par le feu Roy son père, et où 1l y auroit homme qui voulust contrevenir, que luy mesme prendroit les armes en faveur de son dict oncle’ ».

Pendant ce temps Warwick occupait Londres, se saisissait de la Tour, des trésors et des munitions qu'elle contenait et déclarait résolument la guerre au Régent. « Par ses faulses et détestables procédures, disait la proclamation de Warwick, envoyée par Marillac à Paris, le duc de Somersel a suborné et corrompu les loix de justice et bonnes ordonnances du Royaulme: ... davantaige par son mauvais gouvernement, négligence et faute de prévision s’en sont ensuivies de grandes pertes oultre la mer?. » Cinq mille chevaliers se réunissaient à cet appel, et le 26 octobre 1549, Marillac annonçait à la cour de France la défaite et l’emprisonnement du despote, auquel l’Angleterre avait obéi en tremblant pendant trois ans.

Quelques jours après, le nouveau gouvernement proclamait l'introduction de l’Intérim d’Augsbourg en Angleterre, et sans plus tarder envoyait un nouvel ambassadeur à Charles-Quint. Sir Thomas Cheyne et un autre grand

1. Du même au même, 17 octobre 1549. (/bcd., p. 178.) 2. Proclamation faite par les révoltés. (/bid., p. 192-19%.)

personnage, écrit Marillac, sont députés ici pour venir négocier avec l'Empereur et lui offrir Boulogne pour prix de son alliance’.

Mais cette seconde tentative de l'Angleterre devait échouer. Certes, c'était un succès pour l'Empereur de voir une nation officiellement protestante adopter cet Intérim, qu'il essayait depuis plus d’un an d'imposer comme une conciliation à l'Allemagne. « Par la réception de cest Intérim, écrit Marillac, l'Empereur pourra monstrer aux Allemans qu'il a pouvoir non seullement de leur donner la loy et de leur faire recepvoir ledict Intérim, mais aussy qu'il a eu cest advantaige que les aultres nations l’ont trouvé sy raisonnable, que se despartissant des doctrines qu'ilz avoient introduites, conformes à celles des Allemans, ilz se sont maintenant de leur volunté réduictz à vivre selon son Intérim?. » N'’était-ce pas en effet un beau triomphe pour Charles-Quint que « d’estre recongneu comme conciliateur et arbytre propre à réduyre tous les différendz de la foy à la voye moyenne* », à un moment où 1l ne pouvait s’accorder avec le Pape sur les moyens à employer pour préserver la chrétienté de l’hérésie luthérienne |

Mais en dépit de la satisfaction que lui causait l’attitude du gouvernement anglais, il jugea impossible d'écouter les demandes de ses ambassadeurs. L'on sut bientôt qu’il avait répondu aux députés anglais & qu'il ne vouloit prendre Boulogne ny en sa main, ny en sa protection ».

1. Instruction à Sir Thomas Cheyne, 22 octobre 1549. (Turnhbull, Calendar of state Papers during the reign of Edward VI, p. 47.) — De Marillac au Roi, 12 novembre 1549. (Bibl. Nat., fr. 3099, p. 219.) — Burnet, Op. cit., t. IT, p. 211.

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