Maurenbrecher, Xarl V, p
dernier avantage. Il voulait profiter de la présence à Augsbourg de son frère Ferdinand et des Électeurs, pour leur faire approuver un nouveau règlement de la succession à l'Empire, au profit de la branche espagnole de la maison impériale. Charles avait fait décerner, en 1530, à son frère Ferdinand le titre de roi des Romains, avec succession future à l'Empire, et n'avait réservé alors à son frère Ph1lippe que la couronne d'Espagne. Regrettant à cette heure de voir ce dernier dépouillé de l'héritage intpérial, il souhaïtait le lui assurer, soit aux dépens de Ferdinand luimême, soit au détriment du fils aîné de Ferdinand, Maximulien.
L'Empereur quitta Bruxelles le 31 mai 1550. Marillac, maintenu comme ambassadeur auprès de lui, l’accompagnait. La cour impériale était à Cologne le 11 juin : elle arriva à Augsbourg les premiers jours de juillet. L’ouverture de la Diète, d’abord fixée au 25 juin, fut reculée à diverses reprises. On annonça finalement qu’elle commencerait ses travaux le 10 août.
Cependant la politique française, libre maintenant de toute inquiétude du côté de l'Angleterre, — depuis le traité du 20 mars 1550, — se préparait à résister aux desseins de l'Empereur. Mettre obstacle à la réunion du concile, soutenir la rébellion des révoltés d'Allemagne, empêcher la reconstitution au profit du prince Philippe de la puissance formidable qui opprimait l’Europe depuis trente années, tel fut durant la Diète le triple but des efforts de la France. Ses projets s’opposaient un à un, on le voit, à ceux de Charles-Quint. Pendant les sept mois que dura la Diète d’Augsbourg, notre diplomatie fut vraiment admirable d'activité et de persévérance. Nous verrons quelle part Marillac doit avoir à ces éloges. Son habileté n'avait servi jusqu'alors qu'à nous épargner des revers. L'occasion
se présentait maintenant de rendre à son pays des services plus positifs. Il ne faillit pas à la tâche. Exposer en détail à son gouvernement les agissements de l'Empereur, le renseigner sur les dispositions des États, encourager secrètement ceux-c1 à la résistance en leur promettant l'appui du roi de France, voilà quelle fut l’œuvre de notre ambassadeur. C’est à ses excellents avis, à sa perspicacité, à sa prudence, que la France dut, en 1550, en Allemagne, une bonne partie de ses succès.
La première affaire, qui devait venir en discussion à la Diète, était, nous l'avons dit, celle du concile. Cette question préoccupait depuis près de six mois la diplomatie européenne. Cédant aux instances de l'Empereur, le nouveau pape. Jules IIE, avait consenti à réunir le concile à Trente. Agir autrement eût été, 1l le comprenait, s’attirer la désapprobation d’une grande partie de la chrétienté. Le pontife ne se dissimulait pas d’ailleurs le réel danger auquel l’exposait la concession qu'il venait de faire. Il n'ignorait pas que l'Empereur s’elforcerait de devenir le maître de l’assemblée et que sa puissance, déjà excessive, en serait accrue. Pour parer au moins en parlie à cette éventualité, le Pape avait alors voulu s'assurer de la participation de la France au concile. Il espérait que l'influence française contrebalancerait au sein du synode l'ambition impériale et s’opposerait aux excès de pouvoir qui étaient à craindre de la part de Charles-Quint. Au mois de février 1550, il accrédita l’abbé de Rosetto comme ambassadeur extraordinaire auprès de la cour de France. Rosetto était chargé d’annoncer au Roi la résolution que le Pape avait prise de con-
voquer le concile. Le Saint-Père n’y avait point été poussé, comme on le prétendait, par le désir de se ménager la faveur impériale. Non, le zèle religieux avait suffi à l'y décider. Quelle responsabilité n’aurait-il pas encourue, s'il avait refusé de satisfaire aux réclamations du monde catholique ? Le Pape demandait donc à Henry Il de lui promettre son concours pour l’œuvre sainte qu'il avait entrepris de mener à bien. C’est ainsi que la France avait été amenée à prendre position dans l'affaire du concile. Devait-elle, oui ou non, y participer? Sur cette question les avis de nos diplomates s'étaient trouvés partagés. Marillac, représentant une première opinion, tenait pour l’abstention. Il estimait que la France devait s’opposer à l'ouverture du futur synode et les raisons qu'il faisait valoir étaient graves. Le désir manifesté par Charles de voir au plus tôt se réunir l'assemblée provenait surtout d’après Marillac de son excessive ambition. Il prétendait faire du concile l’instrument de sa politique. € L'Empereur, écrivait notre ambassadeur, veult avoir le Concile pour entretenir son nom de catholique et refformateur des mauvaises doctrines, ... mais en effet c’est pour sa grandeur, parce qu'il luy semble qu'il tirera mieulx des Allemans et du Pape ce qui servira au bien de ses affaires*. » Charles voyait très clairement de quelle importance un concile, dirigé et conduit par lui, devait être pour le maintien de la suprématie impériale en Europe. & Estonner les Allemans afin qu'ilz soyent plus à son commandement”, » telles
1. Instruction à l'abbé de Rosetto, ambassadeur auprès d’'Henry II, 20 février 1550. (Druffel, Briefe und Akten, t. I, p. 368-369.) — Pallavicini, Istoria del concilio di Trento, liv. XI, chap. var, $ 1-5.
2. « Sommaire de l'ambassade en Allemagne de M. de Marillac, » p. dans Ranke, Deutsche Geschichte im Zeitalter der Reformation, t. VI, p. 498-499.