bid., p
élaient avant tout, affirmait Marillac, les préoccupations de l'Empereur. Et, ajoute l'ambassadeur, «le respect, qu'il a à l’advancement de ses affaires, le mène plus en celle-cy que le zèle et affection qu'il porte à la relligion ‘. » Si en effet le premier devoir de l’assemblée de Trente était de traiter tout d’abord « de la doctrine et des mœurs », il s’occuperait aussi, disait-on « de l’estat des Princes », formule très compréhensive, qui pouvait vraiment dissimuler beaucoup de projets politiques.
Il fallait donc à tout prix que la France empêchât ou retardât du moins le plus longtemps possible la réunion du prochain concile. Notre gouvernement devait déclarer son intention formelle de ne point s’y faire représenter. Ainsi seulement on ferait échec aux plans de Charles-Quint. Il ne suffisait pas en effet que l'Empereur eût obtenu le concile du Pape ; il Tui fallait maintenant le faire accepter aux Luthériens. Or, un concile, assemblé par le Saint-Siège, placé sous la haute direction de la cour de Rome, devait répondre assez peu aux vœux des Réformés. € J’ay ci-devant entendu, écrivait Marillac, et entends encore de divers lieux que leur volunté est de refuser la continuation dudict concile de Trente *. » Il était pour la France de bonne politique d'encourager cette opposition. De là naîtraient peutêtre des complications qui ajourneraient indéfiniment la réunion de l'assemblée et ruineraient les desseins de Charles-Quint.
Au contraire, comme Marillac le faisait remarquer au Roi, « la plus grande gehenne que l'Empereur scauroyt bailler aux Allemans, pour les ranger à l'acceptation de ce concile, seroyt de leur mettre en avant vostre consen-
1. De Marillac au Roi, 5 juillet 1550. (Bibl. Nat., fr. 15917, fol. % vo.) 2. De Marillac au Roi, 22 juillet 1550. (Drulfel, £. [, p. 452.)
tement, Sire, et de vostre Eglize, disant qu'ilz sont seuls de la chrestienté qui reculent à une chose si saincte, au moyen de quoy ilz se pourroyent laisser couller comme désespérez, ce qui seroyt d’aultant plus advancer et faciliter les projectz dudict seigneur Empereur.»
Mais d’autres diplomates étaient d’un avis contraire à celui de M. de Marillac. Dans un long mémoire adressé à Henry Il, le cardinal de Tournon et l’évêque de Mirepoix, ministres de France à Rome, exposèrent les raisons qui leur semblaient militer en faveur de la participation de la France au concile. Ils n’accordaient pas à la future assemblée l'importance que lui attribuait Marillac et n’en redoutaient nullement les conséquences. Il est vraisemblable, écrivaient-ils, Çqu'il né se fera riens audict Concile, ... car prenant train ladicte affaire, avant qu'il soyt peu de temps, Sa Sancteté et l'Empereur seront aux poings et 1l ne se concluera riens ». En admettant du reste € que ce qui debvoit se traiter à Trente fust d'importance », ne valait-il pas mieux pour le gouvernement français y avoir des représentants qui pussent défendre ses intérêts et protester contre toute usurpation de l'Empereur? « Si le Roy, disaient nos ambassadeurs, si le Roy n’envoye point audict Concile et que encores moins les Protestans y aillent ou envoyent, Sadicte Saincteté et l'Empereur auront meilleur moyen de poursuivre ledict concile à leur mode... De plus le Roy y envoyant l'on ne pourra rejecter la faulte sur luy d'avoir esté cause d’empescher ung si bon œuvre... Et pour ce que le Roy pourroyt faire, pour le regard des Protestans, quelques difficultez d'envoyer audict Concile, ledict Seigneur pourroyt pour commencer se contenter d'y envoyer quelques prélats, lesquelz iroyent comme