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d’eulx mesmes et pourroyt ledict Seigneur faire entendre à ceulx qu'il luy sembleroyt ne les y avoir envoyez, — ou bien les ÿ avoir envoyez de peur qu’il ne se fist quelque chose à son desadvantaige et qu’en leur absence luy fust faict aulcun tort’. »
Malgré cet avis, le roi de France adopta la manière de voir de Marillac qui, inspirée par une extrême prudence, convenait mieux aux circonstances très délicates où l’on se trouvait. Il fut décidé que la France n’enverrait point ses prélats à Trente. Le Saint-Siège essaya vainement de faire revenir notre gouvernement sur cette décision. Un nouvel ambassadeur pontfical, l’évêque de Toulon, fut envoyé en France pour tenter de rompre les résolutions du Roi. Il élait chargé de représenter à Henry IT « que le Pape faisoit principalement fonds sur l'assistance de Sa Majesté très chrestienne et l'intervention des évesques de son royaume ; qu'il espéroit cela du Roy comme protecteur de la foy et imitateur de ses ancestres, qui ne s’estoient Jamais écartés des sentimens des Papes® »; qu'enfin on ne s’attacherait dans le concile qu'à la déclaration et à la réformation des dogmes et des mœurs, sans toucher à rien de ce qui intéressait les États ou les privilèges particuliers de la couronne de France”. Tout fut inutile. Henry IT informa Marillac que les intentions de la Cour étaient conformes aux avis qu'il avait donnés. Le Roi chargeait son ambassadeur de le faire savoir autant qu'il lui serait possible en Allemagne*.
1. Mémoire du cardinal de Tournon et de l’évèque de Mirepoix au roi Henry Il, 8 avril 1551. (Ribier, Lettres et mémoires d'Estat, t. IE, p. 319.)
2. Sarpi, /storia del concilio tridentino (trad. fr. par Le Courrayer), t. IT, p. 493. — Pallavicini, liv. XI, ch. var, $ 6 ; ch. 1x, $ 1-2.
3. Instruction à l’évêque de Toulon, ambassadeur extraordinaire du Saint- Siège auprès de Henry IT, 5 juillet 1550. (Druffel, t. 1, p. 434-438.) — Du roi Henry Il à M. d'Urfé, 5 août 1550. (Ribier, t. IT, p. 279.)
4, Du Roi à Marillac, 5 juillet 1550. (Drufel, t. I, p. 432-433.)
Mais avant que la décision de notre gouvernement fût connue et tenue pour certaine en Germanie, un événement imprévu menaça de tout compromettre. L'ouverture de la Diète avait été, on le sait, fixée au 10 août. Le 26 juillet, sans même attendre l’arrivée de tous les députés, contre l'opinion générale, l'Empereur fit sa proposition aux États. La première question qu'il leur soumit fut celle du concile. Au même moment, le bruit se répandait par ses soins que la France approuvait la réunion du concile et sy ferait représenter. « Au regard des persuasions par lesquelles on veult attirer les Allemans, Sire, écrivait Marillac, — dans la même lettre où 1l annonçait l'ouverture imprévue de la Diète, — l’on a publyé 1cy et ne faiz aulcung doubte qu'on n’en ayt faict aultant partout que oultre le consentement du Pape, vous, Sire, aviez offert celluy de vostre Eglize, de sorte qu'il ne reste plus qu’auxdictz Allemans à faire ce que le surplus de la chrestienté a desjà accordé, qui est la chose du monde qui plus les doibt estonner ‘. » En somme, les prévisions de notre ambassadeur se trouvaient réalisées. Charles avait compris que l’adhésion de la France au concile devait amener les Protestants d'Allemagne à donner la leur : il voulait donc profiter de l'incertitude où ils étaient encore des intentions de Henry IL pour les abuser sur les véritables desseins de ce dernier et obtenir ainsi d'eux plus aisément un vote favorable. Il avait avancé l'ouverture de la Diète dans la crainte qu'une déclaration formelle de la cour de France ne vint bientôt éclairer l'opposition.
La précipitation de l'Empereur était d’ailleurs justifiée, au dire de Marillac, par un autre motif. Ce moûf, c'était la situation très embarrassée où la politique impériale pou-