‹ Charles de MarillacChapitre 80 sur 200 · De Marillac au Roi, 29 juillet 1550. (Zbid., p · texte numérisé non relu

De Marillac au Roi, 29 juillet 1550. (Zbid., p

vait incessamment se trouver placée vis-à-vis de la Papauté. Après avoir en effet obtenu du Saint-Siège la promesse d'un concile, Charles redoutait de voir surgir du côté de Rome des complications inattendues et il avait dessein de les prévenir, € en menant au plus tost l'affaire de Trente à sa conclusion ».

Lorsqu'au moment de l’avènement du nouveau Pape, l'Empereur avait sollicité de lui la convocation du concile, il savait parfaitement qu'à la dernière diète d'Augsbourg, en 1548, les Protestants avaient déclaré mettre à leur reconnaissance du futur synode des réserves formelles. Néanmoins, au commencement de 1550, pour amener plus facilement le pontife à faire droit à sa demande, 1l s'était eflorcé de lui persuader € qu'il ne pouvoit y avoir retardement que du costé de la cour de Rome, veues les bonnes dispositions des Estats de l’Empire ». Ceux-ci s'étaient, disait-:l, soumis au concile dès la dernière Diète. Quant aux conditions de cette soumission, Charles les avait passées sous silence et avait seulement affirmé au Pape que sur ce point «les Ellecteurs et principaux seigneurs de l'Empire estoient par nécessité obligez de se conformer à sa volonté ! ».

Se fiant à ces déclarations, Jules IT avait alors très largement promis le concile, et avait même, grave imprudence, jugé inutile de fixer immédiatement les conditions de réouverture de l’assemblée. Charles avait cru à ce moment sa victoire complète : le Pape accordait le concile, l’accordait sans restriction d'aucun genre. Les Luthériens repousseraient-ils le moyen d'entente qui leur était si Hihéralement offert ?

1. De Marillac au Roi, 29 juillet 1550. (Druffel, t. 1, p. 460-461.) — Du même au même, 26 août 1550. (Zbid., p. 493.)

Mais cette satisfaction de l'Empereur avait été de courte durée. Quelques jours seulement après son arrivée à Augsbourg, il avait appris en effet que le Saint-Siège n’était point disposé à une aussi entière condescendance qu'il l'avait pensé. Le nonce Sebastiano Pighino devait, au commencement du mois d'août, apporter à Augsbourg les dernières résolutions de la cour de Rome‘. Il était chargé de faire connaître à l'Allemagne assemblée en quelle forme le Pape allait décidément réunir le concile et quelle ligne de conduite il avait intention de tracer à ses membres.

C'étaient ces nouvelles, aussi bien que la crainte des déclarations de la France, qui avaient engagé Charles à l'ouverture immédiate de la Diète. Quelles allaient être les prétentions émises par Pighino ? On nele savaitencore, mais il était à craindre qu'elles ne vinssent singulièrement compliquer les affaires. Des exigences inattendues de la part du Pape n'allauent-elles pas déterminer les Luthériens à résister aux volontés de l'Empereur? C’est pourquoi Charles s'élait décidé à brusquer les choses. Avant l'arrivée du nonce et aussi longtemps que les derniers desseins du Pape ne seraient pas connus à Augsbourg, 1l pouvait offrir le concile aux Protestants, tel que le pontife le lui avait à lui-même accordé en principe, c’est-à-dire sans conditions. Il fallait profiter au plus tôt de cette faculté, et sans hésitation l'Empereur s’y était décidé. Si l'Empereur, écrit Marillac, a fait aussi inopinément sa proposition aux États, c’est quil veut se hâter d'user avant l’arrivée de Pighino à Augsbourg «des très amples déclarations que le Pape luy a faictes jadis touchant le concile », pour le faire accepter

1. Instruction de Sebastiano Pighino, archevêque de Siponto, 4er juillet 1550. (Jbid., p. 423-429.) — Pallavicini, liv. XI, ch. LRNS ES CCh ES

plus aisément et peut-être sans discussion aux Luthériens". Si d’ailleurs une fois le vote des États obtenu, le nonce venait à mettre en avant « chose qui fust pour retarder ce desseing du concile », les arguments ne devaient pas manquer pour légitimer le fait acquis. L'on alléguerait que les réserves tardives mises par le Pape à ses engagements étaient imprévues, que ses déclarations antérieures n’avaient point permis de supposer pareille rétractation, qu'enfin « l’on n’estimoit point qu'en chose si saincte que celle qui s’agitoit, 1l fust pour faire le resuif* » et mettre obstacle à la conciliation qui venait de s’opérer. C'était là, en somme, impudemmentsurprendre la bonne foi pontificale.

Après avoir ainsi déloyalement écarté la France et la cour de Rome du débat qui allait s'engager à Augsbourg, il ne restait plus à l'Empereur pour couronner son œuvre qu'à user vis-à-vis de la Diète de la même duplicité. Il n'y manqua pas el prétendit tromper les États par un grossier subterfuge. Dans sa proposition, écrit Marillac, 1l a annoncé simplement € que le concile auquel les Protestants s’estoient soubmiz en 1548 leur estoit maintenant accordé * ». Dans la pensée de Charles, la forme très large de cette ouverture pouvait faire naître une équivoque. Les Luthériens devaient croire que, par ces mots : ( le concile auquel ils s'étaient soumis », l'Empereur voulait désigner non pas le concile d’une manière générale, mais bien le concile tel qu'ils l'avaient accepté à la dernière diète d’Augsbourg, avec les conditions expresses qu'ils avaient

1. De Marillac au Roi, 29 juillet 1550. (Zbid., p. 459.) — Lorsque Pighino arriva, « l'on avoit desjà publyé partout que le Pape accordoit le Concile libre et sans aulcune exception ». De Marillac au Roï, 5 août 1550. (Druflel, t. I, p. 469.)

Page 1