Ibid., p
8. Cf: « Proposition faite par l'Empereur à la Diète d'Augsbourg. » (Druftel, t. I, p. 455.)
alors fait valoir, Comme le remarqua très justement Marillac, on les amenait ainsi à répondre à la proposition de Charles-Quint par un simple vote de confiance, sans qu'il leur parût nécessaire de poser de nouveau leurs réserves : ils devaient se figurer que l'Empereur y faisait tacitement droit et dès lors l’ambiguité des termes de la déclaration 1mpériale permettait d'affirmer que les Protestants venaient de se soumettre purement et simplement au concile a
On voit de quelles manœuvres l'Empereur espérait le succès et par quels expédients il prétendait obtenir la soumission des Luthériens. Au reste, Marillac apprit bientôt à la cour de France que toutes ces & fourberies » étaient démasquées.
Tout d’abord les États ne se laissèrent pas abuser par les termes équivoques de la proposition impériale. Et à cette occasion se révéla pour la première fois à l'Empereur l'hostilité redoutable d’un de ses anciens partisans, Maurice de Saxe. Après avoir combattu par ambition sous l'étendard impérial, par ambition encore le célèbre Électeur préparait sa défeclion ?. 11 voulait devenir maintenant le chef du part luthérien, et il vit dans l'affaire du concile l’occasion de se faire pardonner par les Protestants les succès qu'il avait remportés sur eux. Retenu dans le Nord de l'Allemagne, 1l avait envoyé à Augsbourg quatre représentants *, et dans une instruction spéciale, leur avait particulièrement enjoint de maintenir très fermement sur le fat du concile toutes les prétentions du Luthéranisme. Les
1. De Marillac au Roi, 19 août 1550. (/bid., p. 482-483.) — Proposition de l'Empereur à la Diète, 26 juillet 1550. (Zbid., p. 454-456.) — Sur les agissements de Charles à la Diète, voir Ranke, op. cit., t. V, p. 118.
2. Langenn, Moritz, Herzogz und Churfürst zu Sachsen, t. Ï, p. 435-
3. Nous savons le nom de trois d'entre eux. C'étaient Kôünneritz, Kneutlingen et Kram.
députés exécutèrent consciencieusement les volontés de leur maître. Avant même que la Diète eût fait sa réponse, ils répliquèrent à la proposition de l'Empereur, de manière à dissiper tout malentendu. Le concile auquel les protestants s'étaient soumis en 1548 allait se réunir. Étaient-ils toujours disposés à l’accepter ? Oui, répondaient les députés de l'Électeur, mais sous celle réserve formelle, que les conditions mises par les Luthériens, lors de la dernière diète d'Augsbourg, à leur acceptation du concile, fussent intégralement respectées. « L'Empereur avoit simplement dict en sa proposition que les Allemans s’estoient submiz au concile en 1548 et il avoit tu les conditions qui furent lors proposées par les Ellecteurs et par les villes franches baillées par escript". » Or, ces conditions étaient expresses et, pas plus maintenant qu'en 1548, les Luthériens n'entendaient s’en départr. Elles étaient, l'Empereur devait s’en souvenir, au nombre de quatre : 1° Le concile devait être d'abord franc et général, c’est-à-dire que tout le monde y devait être admis et ouï € jusques aux ravaudeurs et savaliers », € ce qui seroit, écrit Marillac, remettre la conclusion d’icelluy au jour du grand jugement de Dieu ». — ?° L'on exigeait ensuite € que le Pape se submist audict concile et n’y présidast point ny par luy, ny par ses Légats ». — 3° En troisième lieu, tous les évêques et prélats, prenant part aux délibérations, devaient être absous de leur serment de fidélité au Pape, & pour leur permettre d’opiner plus librement de l’authorité » de ce dernier. — 4° L'on demandait enfin que les « Prescheurs des Protesans » eussent au concile (oppinion non seulement consultative, mais aussi décisive * ».
1. De Marillac au Roi, 19 août 1550. (Druflel, t. I, p. 483.) 2. Ibid. — Pallavicim, Liv. XI, ch. xr, S 3. — Sarpi, t. II, p. 496.
C’est alors que le nonce Sebastiano Pighino, qui venait d'arriver à Augsbourg, reconnut toute la déloyauté dont l'Empereur avait usé vis-à-vis de la cour de Rome, en lui promettant la soumission sans réserves des Protestants au concile. Son étonnement et son indignation furent tels, qu’il refusa tout d’abord de croire à la bonne foi des députés protestataires. « L'Empereur n'avoit-il pas faict dire et maintenir à Rome qu'il avoit la soumission des Allemans?! » Marillac se chargea de lui prouver que les réclamations des représentants de Maurice de Saxe ne faisaient que reproduire expressément celles des États de 1548. « Je luy ay remonstré, écrit notre ambassadeur, que, dez la Diette passée, ces conditions susdictes avoient esté proposées.., luy laissant à penser comme le Pape avoit esté bien servy de n'avoir entendu ce que tout le monde savoit icy”. » Et comme Pighino hésitait encore, Marillac put lui donner la preuve formelle de ce qu'il avançait. Notre ambassadeur avait conservé le compte rendu des séances de la Diète de 1548; 1l le soumit au nonce et celui-ci, enfin éclairé, aflirma alors à Marillac que le Pape n’accorderait jamais le concile, € voire quant il n’y resteroit que la moindre desdictes conditions », et que l'Empereur pouvait être certain de € n'avoir riens de ce qu'il prétendoit* ».
À ce moment enfin les espérances de Charles se trouvèrent déçues sur un autre point : l'Allemagne était décidément informée des véritables intentions de la France touchant le concile. Notre gouvernement était en effet moins disposé que jamais à y prendre part. La question du concile s’offrait comme un terrain de résistance commun à tous les adversaires de Charles-Quint, et Henry Il avait
1. De Marillac au Roi, 19 août 1550. (Druffel, LT, p. 484.) 2. Ibid.
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au plus tôt averti l'opposition luthérienne de l'appui qu'il comptait lui prêter. Marillac devait avoir sa part dans les éloges que méritait cette politique. Après avoir tracé à notre diplomatie la voie qu'il Lui fallait suivre, il n'avait cessé de l’encourager à y persister. & Il seroyt soubz correction fort à propoz, Sire, écrivait-il au Roi le 29 juillet 1550, 1l seroyt fort à propoz de faire entendre tant aux villes maritimes par le moyen du sieur Danzay et au due Maurice par l'Italien que j'ai renvoyé, qui est congneu de ceste maison là, comme aussy à Strasbourg, que vous n'avez proposé aulcunement de vous résoudre sur le faict du concile, que vous n’ayiez sceu par avant leur intention, car s’ilz ne treuvent bon le party encore moings avez cause de vous en contenter, tant pour les grattifier, d’aultant qu'ilz sont anciens amys de vostire couronne, comme aussy pourestre le lieu de Trente trop lointain de vostre Royaulme et trop suspect, pour plusieurs raisons qui se pourroyent alléguer ‘. » Quant à la Diète, Marillac se chargeait de la renseigner sur les résolutions de la cour de France. « De mon costé, Sire, ajoutait-1l, j'ay moyen assez de faire mon office sans qu'on m'en puisse accuser directement, ainsy que desjà j'ay faict soubz main entendre que tout ce mistère de la Diète estoit seullement encheminé en faveur des affaires particuliers de l'Empereur, à la diminution de ceulx de l'Empire”.
pondu à Marillac qu'il se conformerait à ses bons avis, et « l'Empereur, déclarait1l, ne me trouvera point sy aysé à conduyre qu'il pense, ez choses que Je congnois seullement propres à sa grandeur et qu'il mène, comme 1l se
» Peu de jours après, le Roi avait ré-
peult veoir, soubz umbre de la religion *. »
De Marillac au Roi, 29 juillet 1550. (Druflel, t. I, p. 462.) Ibid.
. Du Roi à Marillac, 10 août 1550. (Zbid., p. 475.)
Les habiles manœuvres dont Charles espérait le succès étaient ainsi dévoilées, et il semblait bien difficile qu'il püt sortir d'embarras. Il le tenta cependant.
Très peu de temps après les députés de Maurice de Saxe, les États firent leur réponse à la proposition impériale, mais d’une manière un peu différente. Ils étaient reconnaissants à l'Empereur de ses offres touchant le concile; « 1z le prioient seullement, comme le dit Marillac, leur esclaireir et déclairer, en quelle sorte ce Concile seroyt tenu pour savoir si cela s’accorderoyÿt à la soubzmission qu'ilz avoient faicte à la dernière Diette ; 1lz estoient bien recors d’avoir mis plusieurs conditions à leur soubzmission et désiroient scavoir avant toutes choses si elles leur seroyent accordées par ledict Seigneur ? ».
C'était en dire en réalité autant que les députés de Maurice, puisque ceux-ci n'avaient fat que rappeler expressément les conditions auxquelles les États se référaient tacitement; mais c'était le dire sous une forme un peu vague, en des termes très modérés. La Diète n’énumérait pas formellement les restrictions énoncées en 1548 par les Luthériens ; elle ne sommait pas l'Empereur d’y faire droit. Elle le priait seulement de vouloir bien lui fournir des explications à ce sujet.
Charles vit aussitôt le parti avantageux qu'il pouvait ürer de cette réponse. Bien que les représentants de Maurice eussent fait enregistrer leurs déclarations, il affecta done de considérer celles des États comme seules officielles. « Répliquer » à la protestation de Maurice eût été dangereux, Car il aurait fallu fournir des explications catégo-
1. Extraict de la réponse des Estatz joint à la lettre de Marillac du 26 août 1550. (Bibl. Nat., coll. Brienne, vol. 89, fol. 23 vo.) (BYE Réponse des Etats à la proposition impériale, 20 août 1550. (Druffel, t. I, p. 485.)
riques à des questions aussi précises que celles de l'Électeur. Au contraire, le ton général de la demande de la Diète, les termes assez larges dans lesquels elle était conçue devaient permettre à l'Empereur de répondre en même sorte aux interrogations qui lui étaient posées. Charles s’eforça donc de formuler sa € réplique » de la manière la plus vague. Les États s’inquiétaient de savoir en quelle forme serait célébré le concile? IL leur affirma qu'il en serail sur ce point comme ils le souhaitaient. & IL estoit aprez négocier avec le Nunce du Pape. leur a-tl dit, écrit Marillac, tout ce qui estoit requis et expédient en cest endroict, y adjoustant qu'il y voyoit Sa Saincteté si bien disposée qu'il n'y pourroyt ÿ avoir aulcung retardement, synon du tems qu'il estoit convenable employer à s’apprester'. » Les États n'avaient qu'à accepter purement et simplement le concile; pas n'était besoin de réitérer les conditions qu'ils y avaient mises : l'Empereur se chargeait d’aplanir toutes les difficultés : 11 demandait seulement un vote de confiance. & Il fait tous ses efforts envers ces Princes de l'Empire, écrivait Marillac, pour obtenir d’eulx que sans mettre aulcunes conditions, qui soient pour le présent, et sans discuter, 11z accordent le Concile soubz parolles générales et qui se pourroyent aprez interpretter comme chascung vouldroyt*. » Sachant qu'aussitôt ses affaires terminées, l'Empereur quittera l'Allemagne, les Allemands, ajoutait notre ambassadeur, lui accorderont peut-être ce qu'il demande € pour l’envye qu'ilz pourront avoir de l'envoyer hors de leur païs * ». Après avoir ainsi
1. De Marillac au Roi, 9 septembre 1550. (Mémoires-journaux du duc Fr. de Guise, publiés dans Michaud et Poujoulat, Nouvelle collection de Mémoires relatifs à l’histoire de France, t. VI, p. 51.)
2. Du même au même, 30 septembre 1550. (Bibl. Nat. fr. 15917. fol. 44 ro.)