‹ Charles de MarillacChapitre 82 sur 200 · bid · texte numérisé non relu

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amené les Protestants à accepter le concile « en termes généraulx et sans aultrement spécifier les conditions d'icelluy' », l'Empereur comptait alors faire valoir auprès du Pape toute l'importance des termes de cette déclaration. Il voulait lui persuader ainsi que les Luthériens n'avaient jamais été animés de sentiments irréconciliables, que l’entente était près de se réaliser et que les bonnes dispositions des hérétiques permettaient de publier la bulle de convocation du concile.

Dès lors il arrivait à ses fins, le concile se réunissait. Charles ne doutait pas, du reste, qu'à l'ouverture de l’assemblée, les discussions ne reprissent plus violentes qu'auparavant. Mais à ce moment il n'aurait plus à se mêler à ces différends : 1} n'aurait qu'à en profiter. Avec l’expérience qu'il avait acquise au cours de son ambassade, Marillac voyait très nettement où voulait en arriver l’'Empereur. € L’advantaige qu'il prétend ürer de l'ouverture de ce Concile, écrivait notre représentant, est la division de l'Allemagne: car les ungs y voullans venir et les aultres non, il üirera tousjours quelque chose à son prouffict des deux costez, ... comme il faisoyt aprez la guerre des Protestans, quand :il exigeoit deniers des Catholicques soubz coulleur de voulloir opprimer les Protestans et des Protestans pour ne consentir du tout à l'appétit des Catholicques” ». Ensuite que les partis en vinssent ou non à une entente, € le Concile seroyt néantmoings ouvert sans qu'on le pust honnestement révocquer ou clorre* », et Charles aurait ainsi réussi à obtenir du Pape l’assemblée qui devait être, dans sa pensée, le puissant auxiliaire de sa politique.

Ces projets semblèrent destinés à réussir. L'Empereur

1PN70/de 2. De Marillac au Roi, 27 novembre 1550. (Druffel, t. 1, p.533.) 3. Du mème au même, le 30 septembre 1550. (/bid., p. 509.)

parvint à arracher à la Diète la déclaration générale et vague qu'il souhaitait. Les États, espérant le bon résultat final de l'affaire du concile, déclaraient placer en l’Empereur toute leur confiance: ils décidaient de s’en remettre sur celte question du concile au recès de la dernière Diète’. € À ce recez, écrit Marillac, il y a clause générale que l'Empereur promect faire en sorte que pour le regard d'aulcunes condilions, — qui ne sont aultrement speciffiées, lesquelles néanmoings ont esté mises sur l’article du concile, — il feraen sorte que lout le monde sera content? ».Mais, remarque l'ambassadeur, les conditions tacitement com prises «sous cette clause générale» sont précisément celles qui ont été récemment et de nouveau posées par les députés de Maurice de Saxe, et en conséquence les Protestants pourront toujours interpréter leur réponse comme ils l’entendront.

Cependant le Saint-Siège allait se trouver placé dans la situation la plus difficile. Le nonce Sebastiano Pighino, diplomate d’une rare intelligence, comprenait aussi bien que Marillac à quoi voulait en venir la politique impériale. Depuis que notre ambassadeur lui avait prouvé, pièces en mains, la déloyauté de l'Empereur, 1l était & en perpétuelle défiance ». Un autre fait avait contribué du reste à lui ouvrir les yeux sur les agissements de Charles. L’Empereur lui avait fait remettre une traduction de la première réponse des États. Or, il confia à Marillac qu'ayant comparé cet extrait à l’original en allemand il l'avait trouvé « deffectueux en quelques endroits et faux évidemment en aultres * ». Il s'était ainsi aperçu qu’on voulait lui déguiser la vérité, comme on l'avait fait à son maître.

1. Réponse des États à la réplique impériale, 8 octobre 1550. ({bid., 512-513.)

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