‹ Charles de MarillacChapitre 88 sur 200 · Jbid · texte numérisé non relu

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ligue pour la défense de leur relligion, s’estoient assemblées prez de Magdebourg affin de délibérer sur leurs affaires et que le Roy de Danemark secrettement les confortoit et aydoit! ».

On comprend quelle satisfaction le roi de France devait éprouver à ces nouvelles. S'il était de son intérêt de mettre obstacle à la réunion du concile, il ne l'était pas moins d'encourager les soulèvements qui menaçaient l'Empereur. Par l'intermédiaire de son ambassadeur près des cours scandinaves, M. Danzay, il ne cessait de témoigner la plus grande sympathie aux révoltés. Lorsque Charles exigea de la Diète une déclaration et un vote de subsides contre les rebelles, la France résolut done de soutenir l'opposition, qui se manifesta aussitôt dans l'assemblée. Si, en effet, les États faisaient droit aux exigences de l'Empereur, l'ordre serait bientôt rétabli dans l'Empire, et la France perdrait du même coup le point d'appui que lui offraient en Allemagne les villes soulevées.

Dans sa proposition à la Diète, l'Empereur fit preuve de la plus grande habileté. Il affecta de considérer la résistance des villes du Nord comme une révolte politique. Si les États l’envisageaient comme une protestation contre l’Intérim, 1l était évident qu'hostiles eux-mêmes à l'acte de 1548, ils se refuseraient à condamner les rebelles. Charles s’efforça donc de représenter ceux-ci comme « des perturbateurs des loix et de la paix publique », contre lesquels 1l était urgent de sévir. Il n’espérait qu’ainsi obtenir de la Diète les contributions pécuniaires nécessaires à une entrée en campagne. Marillac porte même à cette occasion contre Charles-Quint de plus graves accusations. Dans «ces demandes de grosses sommes de deniers

1. De Marillac au Roi, 5 août 1550. (Druffel, t£. I, p. 470.)

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soubz coulleur de chastier les rebelles », 1l voit un véritable moyen « de ruiner la Germanie, de piller du tout les Allemans, ou bien de les battre de leurs propres armes ». Il imagine une véritable conspiration de la politique impériale contre l'Allemagne. Après la guerre de Schmalkalde, l'Empereur a dépouillé ses ennemis de leur artillerie; 1l veut maintenant les appauvrir € pour qu'il ne reste ung seul Prince ny estat qui osent ouvrir la bouche pour leur liberté ».

Notre ambassadeur ne perdait pas du reste une occasion d'éclairer les États sur les intentions secrètes de Charles- Quint. Il & faisoit entendre aux députez que l'Empereur, ayant une foys les finances en main, tourneroyt les armes | contre ceux qu'ilvoudroyt, soubz coulleur d’estre rebelles »; «€ qu'il desiroyt seullement remplir sa bourse et se faire grand en affaiblissant les Estatz », & car les deniers estant levez il en seroyt le dispensateur et les emploieroit à l’asservissement de la Germanie ». En même temps, il assurait la Diète des bonnes dispositions de la France : l'Allemagne révoltée trouverait toujours auprès d'Henry IE un très sûr appui. En un mot, il ne négligeait rien pour exciter € en soubz main » l'opposilion*.

D'ailleurs les États ne se laissèrent pas abuser par la proposition impériale. Aux demandes de subsides que Charles leur adressait contre les rebelles, les députés répondirent qu'il ne s'agissait pas là de soulèvements politiques, comme on prétendait le leur faire croire, mais seulement de réclamations religieuses. Il ÿ avait d’autres moyens que la force pour calmer ces troubles. Il ne tenait qu’à l'Empereur de leur enlever toute raison d’être en supprimant

1. De Marillac au Roi, 29 juillet 1550. (/bid., p. 462.) 2. Ibid.

l’Intérim, qui était la seule cause du mal'. Puisqu'il se faisait fort d’avoir maintenant un concile, pourquoi donc voulait-il contraindre l'Allemagne à l'observation de l’acte de 1548? Les Électeurs et la majorité des États furent finalement d'avis qu'il fallait envoyer un sauf-conduit aux prétendus rebelles pour les admettre à s’expliquer devant la Diète. Avant leur arrivée, aucune mesure de rigueur ne pouvait être prise contre eux ?.

Un pareil conseil n’était point pour satisfaire l’'Empereur. Si les rebelles comparaissaient à Augsbourg, ils confirmeraient le dire des États : la question religieuse apparaîtrait plus clairement dès lors comme le seul motif des soulèvements *.

Après plusieurs Jours d’hésitation, Charles se décida néanmoins à répondre aux États qu'il acceptait leurs propositions : € Touchant les rebelles, écrit Marillac, l'Empereur a déclairé estre content de procedder gracieusement pour veoir 81 lesdicts rebelles... se mettroient en debvoir de se réconcilier et rentrer en la deue obéissance à laquelle ilz estoient obligez*. » Mais Charles demandait en même temps quels moyens on pourrait employer contre eux, au ‘cas où ils persisteraient € en leur obstination * ».

Se fiant cependant aux promesses de Charles, les États entrèrent aussitôt en relations avec les révoltés. « Ilz leur ont envoyé, écrit Marillac, lettres signées de la main de l'Em-

1. « Tous les troubles... estoient par la tolluz et conséquemment s’en ensuivoit l'union et tranquillité des Estatz du païs, par quoy il n’estoit plus besoin de prendre les armes pour ce regard ny mettre sus deniers pour courir aux rebelles d’aultant qu'ilz n'y en restoient point aulcungs, car ceulx qu'on dict rebelles sont seullement pour le regard de la relligion. » De Marillac au Roi, 12 août 1550. (Bibl. Nat., fr. 15917, fol. 22 ro.)

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